ASPHALTE
France - 1981
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Asphalte »
Réalisateur : Denis Amar
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 89 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 24 mars 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Asphalte »
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LE PITCH
Les vacances : des millions de citadins prennent la route du soleil. Beaucoup n’arriveront jamais. À l’hôpital, le professeur Kalendarian attend, blasé, les victimes de la ruée automobile. Il sauvera quelques vies mais nombre des accidentés périront sur le billard.
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« On est heureux Nationale 7 »

Étrange objet apparu sur les écrans français au tout début de l'année 1981, Asphalte est un film français comme on en faisait peu et comme on en fait plus. Une chronique angoissante et onirique de cette fameuse route des vacances, qui était resté quasiment invisible depuis 40 ans.

Film longtemps perdu et donc largement fantasmé, Asphalte avait laissé forcément un arrière goût curieux dans la mémoire de ceux qui avaient eu la chance de le voir à l'époque, et ne cessait depuis d'attiser la curiosité des cinéphiles aventureux intrigués forcément par cette évocation baroque des départs enjoués sur la route ensoleillé des vacances d'été. Descendant direct du délirant Week-end de Jean-Luc Godard et quasi-contemporain de la comédie à l'italienne Le Grand Embouteillage de Luigi Comencini, Asphalte est aussi le premier film de Denis Amar, ancien assistant de Pierre Granier-Deferre sur La Horse, réalisateur de publicités et futur metteur en scène du très scolaire et académique Hiver 54, l'abbé Pierre. Sans doute parce-qu'on est encore loin de la biographie encenseuse et qu'Amar est encore nourri de l'énergie de sa jeunesse, de sa folie envie d'expérimentation et de liberté, Asphalte est justement un film qui ne repose volontairement sur aucune structure figée, sur aucun scénario classique et structuré. Ici quelques personnages se croisent, ou pas, au cours des 24h d'un juillet caniculaire, lancé sur un départ trop précipité, trop arrosé, trop énervé, en direction des inévitables catastrophes à venir.

 

"c'est quand qu'on arrive ?"


En coulisses les chirurgiens des urgences, rendus cyniques par les morts qui s'accumulent, et le gérant de la casse proche, blasés par les carcasses qui s'accumulent, comptent les points. Un papa oublie sa famille à moitié morte sur le bac coté, ne pensant qu'à rejoindre des beaux-parents qui ne lui pardonneraient pas d'arriver en retard. Un beau gros beauf français signé Jean-Pierre Marielle préfère jouer des coudes et de la gueule avec les potes plutôt que de vérifier les freins de sa grosse carlingue. Une belle demoiselle, sublime Carole Laure, en talons trop hauts, et en espérances trop naïves, pense retrouver son amant au bout du voyage... et finira sans les bras d'un Jean Yanne qui roulera sur ses valises. Pas vraiment un film choral mais presque. Plutôt une succession de scénettes qui dépeignent constamment un décor uniquement constitué de béton, d'hôtels interchangeables, de cantines à touristes cradingues et d'airs d'autoroutes recouvertes par les classes populaires en short et en sueur. Une journée normalement enjouée, qui semble constamment prête à sombrer dans le cauchemar collectif annoncés par les infos à la radio ou à la télé (on est parfois pas loin des annonces apocalyptiques), baignée dans une curieuse torpeur onirique , une atmosphère décalée et angoissante marquée par les compositions en contrepoint de Laurent Petitgirard (La Nuit de la mort!). Un tableau chaotique, parfois errant, essoufflant ou trop lourd dans ses bizarreries, mais ponctué avec régularité par des crashs automobiles particulièrement impressionnants (merci Remi Julienne), capturés dans des ralentis aussi hypnotiques que morbides, et qui soulignent admirablement le regard terrorisé d'Asphalte sur le tourisme de masse et ses excroissances motorisées.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Studio Canal ne communique jamais vraiment sur l'origine de ses sources vidéos, même lorsque le résultat est aussi réjouissant qu'ici. Car le film a manifestement profité d'une restauration soignée et approfondie, livrant des cadres d'une très grande propreté, parfaitement stables et rehaussés par un étalonnage plus tranché et contrasté qu'autrefois. Les couleurs sont superbes, malgré l'opulence évidente de gris en tous genres, et la définition précise et maîtrisée sans jamais égratigner le grain de pellicule. Belle réussite.

 


Son :
Même travail admirable pour la piste sonore, toujours en simple mono mais profitant désormais d'une restitution DTS HD Master Audio 2.0 assurant à la fois un confort d'écoute évident et une clarté nouvelle.

 


Interactivité :
33ème volet de la collection Make My Day ! concoctée par Jean-Baptiste Thoret, Asphalte se prête plutôt bien à son designs si particulier, et se loge donc comme attendu dans un digipack cartonné avec fourreau comprenant le disque Bluray et son homologue DVD. Question bonus proprement dit, Thoret se fend d'une nouvelle présentation, soulignant la rareté de l'objet, sa place très particulière dans un cinéma français assez frileux en bizarrerie, tout en passant poliment et rapidement sur les autres essais de Denis Amar. Ce dernier a heureusement de quoi se défendre avec une longue interview de presque une heure. Il s'y remémore la naissance du projet, sa difficulté à trouver le financement et des producteurs durables, un tournage agréable et formateur et n'hésite pas à évoquer quelques regrets (questions de casting, scènes coupées ou jamais tournées...). Bien entendu la durée lui permet aussi d'évoquer plus largement son métier et sa vision de la réalisation.

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (7'), « Asphalte » revu par Denis Amar (54').

 
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