DOCTEUR PETIOT
France - 1990
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Image de « Docteur Petiot »
Genre : Drame, Policier
Réalisateur : Christian de Chalonge
Musique : Michel Portal
Image : 1.85 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français pour Sourds et malentendants
Durée : 102 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 5 mars 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Docteur Petiot »
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LE PITCH
Évocation de quelques jours de la vie du docteur Petiot qui pendant l'occupation soignait le jour et tuait la nuit. "Un personnage terrible, qui, curieusement, possédait un certain charme", déclare Michel Serrault qui interprète le personnage du docteur.
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Mister Serrault

Bien loin d'une adaptation réaliste de la vie mystérieuse du Docteur Petiot, Christian de Chalonge réalise ici un film surréaliste et expressionniste sur l'un des plus grands « serial-killer » français...

Dès 1984, Michel Serrault souhaitait réaliser un long-métrage sur celui qu'on surnomma « Docteur Satan », ou encore « le vampire de l'Étoile », puisqu'il donnait rendez-vous à ses futures victimes sur cette fameuse place parisienne. Mais les producteurs étaient peu emballés, craignant que l'acteur rende cet assassin sympathique aux yeux du public...
Entre-temps, le célèbre acteur de La Cage aux folles créera sa propre maison de production et il choisira son ami Christian de Chalonge, avec lequel il avait collaboré sur L'argent des autres ou Malevil, pour sortir en 1990 cette « libre adaptation de la vie de Marcel Petiot », comme nous l'annonce d'emblée un carton au début du film. A l'image de sa superbe interprétation dans Les Fantômes du chapelier de Claude Chabrol, Serrault prouve une fois encore son admirable faculté à jouer des personnages déments ! Amaigri, maquillé tel un Docteur Mabuse, une coiffure à la Mephistophélès, une démarche et une parole saccadées : il campe ici un Docteur Petiot plus vrai que nature, parfois à la limite du cabotinage, parvenant même à lui ressembler physiquement. Son extraordinaire composition lui vaudra d'ailleurs une nomination au César du meilleur acteur.

Bien que guillotiné en 1946 (on entendra régulièrement au cours du film des bruits de lames qu'on aiguise), le Docteur Marcel Petiot reste de nos jours une énigme. Accusé de 27 meurtres, il sera finalement condamné pour 24 d'entre eux mais il en revendiquait 63 ! Ses crimes se déroulèrent entre 1941 et 1944 et concernaient des juifs, résistants, bandits, marginaux... Le docteur, qui fût également maire d'une commune de l'Yonne et conseiller général dans les années 1930, promettait à ses futures victimes de les faire passer en Amérique du sud pour fuir les persécution nazies...mais en fait les tuait pour les spolier de leurs biens. Kleptomane depuis sa jeunesse, il accumula ainsi de nombreuses richesses dans son hôtel particulier du 21 rue le Sueur dans le 16ème arrondissement. Endroit où on trouvera son charnier après intervention des pompiers le 11 mars 1944. Depuis quelques jours, une fumée noire et irrespirable sortait des cheminées du docteur... qui était en train de brûler les corps des malheureux. La presse de l'époque titra alors « Satan habite au 21. »... Passé maître dans l'art de la dissimulation (il possédait plusieurs cartes d'identités), Petiot deviendra à la Libération membre de la Résistance avant d'être confondu par son écriture suite à une lettre envoyée à un journal.

Un biopic surréaliste


Face à un dossier aussi mystérieux que terrible, Serrault et de Chalonge refusent l'approche réaliste ou documentaire. Le réalisateur, qui avait déjà montré son goût pour l'étrange et le fantastique dans Malevil ou L'Alliance, opte vers une peinture expressionniste de ce monstre à visage humain. Dès le départ, il joue avec la réalité et la fiction, faisant rentrer littéralement Petiot dans un écran de cinéma projetant un film sur un pseudo-Nosferatu, et multiplie les clins d'œil à Friedrich Murnau, Orson Welles et Fritz Lang. D'ailleurs cette séquence d'ouverture est tournée en noir et blanc, avant de passer en couleur lorsque le docteur rentre dans son cabinet démarrer sa journée de travail : le passage de la fiction à la réalité. Ce film à échelle humaine nous montre aussi un homme aux deux visages, aux deux personnalités, bon samaritain le jour (il soigne gratuitement une jeune fille gravement malade à qui il ramène des bonbons, montre aux pauvres comment trafiquer les compteurs d'électricité, fait des faux certificats d'inaptitude au STO, père et mari aimant) puis vampire la nuit. Les séquences où on le voit voguer dans Paris sur sa bicyclette, avec sa cape prise dans le vent nous ferait songer à une chauve-souris en route vers ses proies. Bien que le sujet du film aurait pu l'y amener, de Chalonge refuse le « gore », préférant jouer sur cette ambiance très particulière symbolisée par la musique de Michel Portal (avec ce fameux tango utilisé par Petiot lors de ses exécutions), les décors (des friches industrielles, un hôtel particulier transformé en brocante gothique, le fameux passage Choiseul où habita un certain Louis-Ferdinand Celine...) et la sublime image de Patrick Blossier, le film étant comme englouti dans un brouillard épais, évocation d'une période troublée et folle qui accoucha de personnages comme ce Marcel Petiot.

Enfin, ce Docteur Petiot parvient à ne pas tomber dans la complaisance, grâce notamment à un final nous rappelant la réalité destructrice de cet homme qui profita des malheurs des autres pour donner cours à sa folie et à sa volonté de richesse. La dernière séquence où les proches viennent retrouver des objets des disparus nous renvoie à ces images tournées à la sortie des camps d'extermination : amoncellement de vêtements, bijoux, et ces valises entassées sur lesquelles se termine le film avec en voix off les derniers mots de Petiot au procès : « Je suis un voyageur qui part avec ses valises »...et ses nombreux secrets inavouables.

Samuel Bouvet










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Image :
Un beau Master HD rendant hommage au travail de de Chalonge et surtout de son directeur de la photographie Patrick Blossier, qui travailla entre autres avec Costa-Gavras ou Andrzej Zulawski. L'image est parfaitement nette, et le travail de clair-obscur, nombre de scènes ont lieu la nuit, est remarquable. On découvre avec plaisir les décors atypiques, comme les passages couverts parisiens, la friche d'une usine, ou ces rues parisiennes désertées.

 


Son :
Beau boulot encore de Studio Canal, la très bonne et très particulière musique de Michel Portal est superbement servie par la stéréo. Voir notamment les scènes où Petiot utilise son gramophone, ambiance et tension sonore au sommet ! Les dialogues sont également parfaitement rendus, et on appréciera fortement la contine chantée par Michel Serrault : « Moi, je dis que les bonbons valent mieux que la raison! »

 


Interactivité :
Un seul bonus... Mais comme toujours, le passionnant et passionné critique de cinéma Philippe Rouyer nous apprend plein de choses et partage son enthousiasme. Une belle occasion d'en savoir plus sur la filmographie de Christian de Chalonge, réalisateur plutôt oublié désormais. Ou sur le travail de Patrick Brossier, directeur de la photographie de renom. Des anecdotes aussi sur la volonté de Serrault de faire ce long-métrage malgré les refus des producteurs. Il semblerait d'ailleurs qu'il ait créé sa maison de production, M.S.Productions, uniquement pour ce film...

Liste des bonus : Présentation du film par Philippe Rouyer (32')

 
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