BRITANNIA HOSPITAL
Royaume-Uni - 1982
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Image de « Britannia Hospital »
Genre : Comédie
Réalisateur : Lindsay Anderson
Musique : Alan Price
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais Stéréo
Sous-titre : Français
Durée : 116 minutes
Distributeur : Doriane Films
Date de sortie : 25 février 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Britannia Hospital »
portoflio
LE PITCH
Pour le jour de son 500ème anniversaire, le Britannia Hospital se prépare à recevoir la Reine Mère ainsi que plusieurs représentants officiels. Mais une série de grèves du personnel, de manifestations et d'incidents divers plongent l'établissement dans le chaos …
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L'hôpital en folie

Marquant le grand retour au cinéma de Lindsay Anderson après un break de près de 7 ans, Britannia Hospital propose une satire féroce du monde hospitalier, de la science, du syndicalisme, des médias, de la royauté et d'à peu près tout ce qui lui tombe sous la main. Drôle, grinçant et visionnaire.

C'est un article de 1975 sur une action syndicale tonitruante s'opposant à la prise en charge de patients « privés » (autrement dit « payants ») par le Charing Cross Hospital à Londres qui donne à Lindsey Anderson l'idée de Britannia Hospital. Au nom du principe d'égalité, des grévistes bloquent donc l'accès aux ambulances et aux soins pour ceux qui auraient décidé de se passer du National Health System (l'équivalent britannique de la Sécurité Sociale) et de payer de leur poche une médecine de plus haute qualité. La situation est bien évidemment absurde et dresse déjà un constat terrible sur les limites de la lutte qui oppose les tenants du libéralisme à tout crin et la gauche dite radicale. Le réalisateur de If ... y voie une fuite en avant dangereuse et le symbole d'une société qui n'a de cesse de se diviser et de s'autodétruire. Une véritable apocalypse sociétale.

Dès la scène d'ouverture, Lindsay Anderson rebondit sur son inspiration initiale. Une ambulance transportant un vieil homme atteint d'une pneumonie sévère est stoppée par des manifestants au mépris de l'urgence d'une telle situation. Tractations et compromis se succèdent tandis que le malade suffoque. Finalement admis, le patient est posé sur un brancard dans la salle d'attente mais le personnel de l'hôpital s'en détourne pour partir en pause thé et le laisse mourir sans même un regard. Dans un mouvement de grue, le réalisateur met en évidence d'autres quidams en attente de soins, immobiles et silencieux, tournant le dos au mort. Pour Anderson, c'est toute la société, égoïste et mesquine qui renonce à son humanité. Point de salut en ce monde. Le constat est effarant de noirceur et pessimisme tout en restant irrigué d'un humour aussi noir et flegmatique que profondément lucide. Le ton est donné pour un film choral dans lequel tout un microcosme on ne peut plus représentatif de nos dérives va se précipiter dans chaos dont il est le seul architecte.

Anarchy in the UK


À sa sortie en 1982, alors que la politique menée par Margaret Thatcher divise le Royaume-Uni, le discours corrosif de Britannia Hospital passe mal, le film d'Anderson ayant à cœur de n'épargner personne. Presque quarante ans plus tard et à l'heure où la pandémie de COVID-19 révèle les failles de systèmes hospitaliers mis à mal par trois décennies de course à la rentabilité ainsi que l'incapacité des nations à s'unir dans un but commun, Britannia Hospital apparaît comme tristement visionnaire et totalement d'actualité. La mécanique du scénario, implacable, rend compte de tous les contretemps, de toutes les improvisations, de toutes les erreurs et de tous les coups de sang qui transforment une visite royale potentiellement stressante en fiasco absolu. Chaque personnage fait office de caillou venu se nicher dans une vieille pantoufle mal rapiécée. Il serait facile de comparer Britannia Hospital au M*A*S*H* de Robert Altman mais les deux films, s'ils jouent la carte du pamphlet en blouse blanche, n'ont en réalité que peu de choses en commun. Sur un temps long, Altman affiche sa sympathie pour des médecins franc-tireurs et dénoncent avec ironie les horreurs de la guerre. M*A*S*H* est une comédie humaniste. Lindsay Anderson n'offre aucune échappatoire à une galerie d'abrutis tous plus dangereux les uns que les autres. Altman aimait sans doute les Beatles et le groupe Love. Anderson préfère de toute évidence les Sex Pistols.
S'inspirant à la fois de Carry On, de Fawlty Towers, de Douglas Adams et des pages caustiques du magazine Punch, Britannia Hospital n'a pour seul « défaut » qu'une facture très télévisuelle mais qui colle finalement à ce refus absolu du glamour ou de la belle image. Anderson reste fidèle à son passé de documentariste et à sa passion pour le théâtre (où il fut de toute façon plus actif que sur grand écran). Dirigé de main de maître, le casting réunit des pointures (Leonard Rossiter, Graham Crowden, John Moffatt), une vieille connaissance (Malcolm McDowell, reprenant une troisième et dernière fois le rôle de Mick Travis) et même un jeune Jedi (Mark Hamill) dans la peau d'un reporter adepte du cannabis et des champignons hallucinogènes.

Ultime bras d'honneur, Britannia Hospital se termine sur une mise en boîte nonsensique du transhumanisme et de ses promesses à la con, une conférence semblable à une keynote d'Apple au cours de laquelle un savant fou qui boit du jus de cerveau et se prend pour Frankenstein le temps d'une scène très gore (que Stuart Gordon lui piquera pour son Re-Animator) vante à un auditoire anesthésié les mérites d'une humanité évoluant vers un gigantesque cerveau translucide qui balance des réflexions absconses.

Alan Wilson








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Image :
Avec entre les mains un master fourni par Studiocanal, l'éditeur Doriane Films fait du mieux qu'il peut pour nous offrir ce film rare dans des conditions optimales. Malgré une détinition très en retrait et un peu de bruit vidéo, les couleurs demeurent vibrantes, essentiellement dans les scènes se déroulant dans le laboratoire ultra-perfectionné du savant incarné du Graham Crowden où les verts et les rouges dominent sans jamais baver. Plus ternes, les scènes en extérieur déçoivent nettement. Il faudra faire avec.

 


Son :
Une bonne vieille stéréo qui ne prend en compte que la musique et les dialogues et laissent sur le bas côté les ambiances et la dynamiques. Rien de bien surprenant en soi tant le film se prête peu aux excès. Un peu de cafouillage sur le dernier quart d'heure incite à baisser le volume.

 


Interactivité :
Les anglais bénéficient depuis l'année dernière d'un très beau blu-ray signé Powerhouse Films, dans la collection Indicator. Une exclusivité dont les passionnants bonus n'ont malheureusement pas traversé la Manche et il faudra faire une croix sur les interviews d'archive de Lindsay Anderson et d'autres entretiens plus récents avec une partie du casting. Doriane Films opte pour le document d'archive, sans lien réel avec le programme présenté. Choisi au hasard, les deux courts-métrages documentaires de Lindsay Anderson, l'un sur une fête foraine, l'autre sur le marché de Covent Garden proposent certes de se replonger dans les œuvres de jeunesse d'Anderson mais ne présentent en fin de compte que peu de valeur ajoutée. Dommage.

Liste des bonus : 2 courts métrages documentaires de Lindsay Anderson : « O Dreamland » (1953, 13') et « Everyday Except Christmas » (1957, 41')

 
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