EUROPE 51
Europa 51 - Italie - 1952
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Genre : Drame
Réalisateur : Roberto Rossellini
Musique : Renzo Rossellini
Image : 1.33 4/3
Son : Italien 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 109 minutes
Distributeur : Tamasa
Date de sortie : 10 mars 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Une jeune femme riche et futile est bouleversée par le suicide de son enfant, dont elle se sent responsable. Son drame personnel lui fait découvrir la misère et les souffrances des autres, à qui elle se dévouera désormais.
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Ingrid la sainte

Initiée en 1950 avec Stromboli, la collaboration entre le réalisateur italien Roberto Rossellini, fondateur du « néo-réalisme », et Ingrid Bergman, vedette hollywoodienne mondialement connue, accoucha de films cultes dont cet Europe 51, le film le plus politique et le plus courageux de son réalisateur.

Il s'agit aussi sans doute d'une des plus belles interprétations de l'actrice suédoise (elle devait recevoir le prix d'interprétation de Venise en 1952 mais le règlement interdisait de récompenser une personne doublée en italien. Les règles changèrent ensuite et elle reçut le prix posthume en 1992), totalement investie ici dans ce rôle de mère dévastée par le chagrin après le suicide de son fils. Une mère qui subira dès lors une métamorphose, la bourgeoise mondaine insensible se transformant en une sorte de Sainte moderne, après avoir pris conscience de la misère du peuple grâce à un militant communiste, cousin de son mari, représentant d'une grande firme américaine... « Mon amour pour les autres naît de la haine que j'ai pour moi-même et pour tout ce que j'ai possédé. » Cette phrase prononcée par Ingrid Bergman durant le film résume assez bien les actions de cette femme qui consacre sa vie aux perdus de la société. On la verra ainsi rester au chevet d'une prostituée mourante pendant des jours, aller travailler à l'usine pour aider une mère de famille, inciter un jeune voleur à se rendre à la police, donner des médicaments à une famille nécessiteuse....tout en abandonnant peu à peu son foyer et son milieu dans lesquels elle ne se reconnaît plus...
Souvent filmée en gros plan, avec une lumière très claire, le personnage joué par l'actrice de Casablanca irradie, console et soulage les pauvres. Mais inquiète sa famille et les autorités, qui la prennent pour folle, ou pire révolutionnaire ! Notre Sainte Ingrid se retrouvera donc enfermée en institut psychiatrique. Un peu comme le personnage de Angelina Jolie dans L'échange de Clint Eastwood. Une manière de rappeler qu'à cette époque, ce sont encore les maris qui décident du sort de leurs femmes... Une façon aussi de souligner que si Jésus ou n'importe quel prophète venait au jour à cette époque, on les considérerait comme des fous...

 

La conscience sociale


Malgré un sujet mélodramatique, Europe 51 bifurque peu à peu vers un véritable drame social, un film politique où le regard documentaire de Rossellini met à jour les inégalités et le délabrement de l'Italie d'après-guerre. Il convient de noter qu'il s'agit d'un des rares films de l'époque à faire rentrer l'usine au cinéma, la classe ouvrière étant souvent oubliée par le néo-réalisme. Toutefois son regard acerbe sur le travail, le personnage de Bergman le considérant comme une condamnation ou un esclavage, lui vaudra les critiques des communistes qui voient dans le travail un moyen d'émancipation.
Le film parvient également à s'attirer les foudres de l'Église et du pouvoir, avec ce personnage féminin quasi-christique et qui pourtant se verra condamné par les autorités d'alors (l'Église, la justice, la médecine, la famille...). Ni communiste, ni chrétienne, Sainte Ingrid ne rentre dans aucune case et c'est en cela qu'elle est « dangereuse » aux yeux des autorités. Dans un monde binaire, en pleine guerre froide et idéologique entre communistes et démocrates chrétiens, Rosselini signe en quelques sorte un film autobiographique. En effet, comme à cette pauvre mère, on lui reprochait de ne pas s'aligner à un camp ou à un autre. Europe 51 chante donc les louanges du droit à la diversité, à l'autonomie et à un certain anticonformisme.

Bien que lauréat du Grand Prix du festival de Venise en 1952, le film fut ensuite découpé en de nombreuses versions (l'édition Tamasa présentée ici est la plus complète) et fut un échec à l'époque de sa sortie. Il faut dire que cette vision d'une Italie pauvre et inégalitaire ne pouvait plaire à tout le monde, et les films de Rosselini, dès lors, ne seront plus invités dans les festivals italiens... Il faudra attendre les années 1968 et la contestation estudiantine, pour que Europe 51 soit alors réévalué et considéré comme un film précurseur.

Samuel Bouvet








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Image :
Version restaurée 2K à partir du négatif original. A part quelques sauts d'images marginaux, l'image est lisse, claire ne présentant quasiment aucun défaut. Sans doute la meilleure version possible d'un film tourné il y a près de 70 ans...

 


Son :
Un master très propre rendant hommage à la belle composition de Renzo Rosselini. Un son très homogène et immersif notamment lors de la séquence « ouvrière » où le bruit des machines accentue l'aliénation d'Irène... et la nôtre !

 


Interactivité :

Outre le livret de Jean A.Gili, cette édition ne propose qu'un seul bonus avec le commentaire de Elena Dagrada, enseignante en cinéma à l'Université de Milan. Un peu difficile d'accès, ce bonus est néanmoins très intéressant permettant de replacer le film dans son contexte (guerre froide, élections en Italie en 1953 avec le Parti Communiste le plus important d'Europe), évoquer ses origines (à la base il s'agit d'une coproduction franco-italienne, mais la France se retirera considérant le projet de Rossellini trop idéologique...) et ses nombreuses versions. Toujours utile de rappeler à quel point la censure italienne de l'époque, représentée par un certain Giulio Andreotti (Il Divo), était immersive et cherchait le Diable dans les moindres détails...

Liste des bonus : "Europe 51, le film aux X versions" (45 minutes)

 
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