FERNANDO DI LEO : LA TRILOGIE DU MILIEU
Milano Calibro 9, La Mala Ordina, Il Boss - Italie - 1972, 1973
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Genre : Policier
Réalisateur : Fernando Di Leo
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 302 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 16 mars 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Violence, argent et trahison dans l'Italie des années 70 : voici la fameuse " Trilogie du milieu", sommet du "Poliziottesco", le néo-polar italien, influence majeure de Quentin Tarantino, Robert Rodriguez ou Jim Jarmusch. Avec Milan Calibre 9 (1971), Passeport pour deux tueurs (1972) et Le Boss (1973), Fernando Di Leo révolutionne le genre dans un geste qui n'a d'égal que celui de Sergio Leone avec la "trilogie du dollar", qu'il a contribué à écrire. Une plongée unique dans les arcanes d...
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Au coeur du grand banditisme

Près de 50 ans après sa sortie en salles, la Trilogie du milieu de Fernando Di Leo, considérée à juste titre comme une référence du polar italien, nous est proposée en France dans une superbe édition Elephant Films. Une injustice enfin réparée !

Souffrant d'une distribution française chaotique et de doublages médiocres, encore aujourd'hui très sous-estimé, le Poliziottesco sort enfin de l'ombre depuis quelques années, avec en particulier une accélération des sorties ces derniers mois. Citons notamment les emblématiques Le Témoin à abattre de Castellari, chez Studio Canal, ou encore Société anonyme anti-crime, chez Artus. Une aubaine pour les amoureux de polar et de films italiens en général, tant ce genre recèle de films cultes comme ceux proposés ici : Milan calibre 9, Passeport pour deux tueurs et Il Boss. Sortis entre 1972 et 1973, années charnières et fondatrices de ce sous-genre, ces polars restent des références pour les auteurs contemporains. Quentin Tarantino en tête, qui a d'ailleurs œuvré pour la sortie de la trilogie en 2013 chez Raro Video.
Ce dernier n'a jamais caché son admiration pour Di Leo, assurant s'être inspiré du duo Woody Strode-Henry Silva de La mala ordina pour former la paire mythique Samuel L. Jackson-John Travolta dans Pulp Fiction en 1994. Amoureux du Poliziottesco, le réalisateur américain avait aussi utilisé une séquence du film Ultime Violence de Sergio Grieco dans Jackie Brown ou encore la B.O. du Grand kidnapping, de Roberto Infascelli dans Boulevard de la mort, parmi d'autres clins d'œil au genre.

 

Fernando DI Leo à l'honneur


Sur les 17 opus que compte la filmographie de Di Leo, seule une poignée a été éditée en France, avec la prochaine sortie de Avoir vingt ans chez Artus et une vieille édition des Insatisfaites poupées érotiques. Tout cela est bien pauvre au regard de la carrière de celui qui roula sa bosse en tant que scénariste dans les années 1960, plus particulièrement dans le western italien avec des collaborations sur des chefs d'œuvre du genre : Pour une poignée de dollars et Et pour quelques dollars de plus de Sergio Leone, Django et Navajo Joe de Sergio Corbucci, Un pistolet pour Ringo et Le Retour de Ringo de Duccio Tessari, Le Temps du massacre de Lucio Fulci ou encore Chacun pour soi de Giorgio Capitani...
Espérons que ces sorties en appellent d'autres, car même si la Trilogie du milieu constitue l'apogée de sa carrière, d'autres films mériteraient de sortir de l'anonymat comme l'engagé La Jeunesse du massacre (tirée du livre de Giorgio Scerbanenco, grand auteur de polars italien, comme Milan calibre 9 et La mala ordina), les polars Colère noire (remake de Entre le ciel et l'enfer de Akira Kurosawa) et Salut les pourris (sur la corruption dans la police) ou encore Ursula l'anti-gang avec Ursulla Andress...
Les films proposés ici sont paradoxalement des emblèmes du Poliziottescco reprenant les codes du genre (violence exacerbée et sexe, course poursuite, fusillades...) tout en étant quelque peu à contre-courant, Di Leo ne mettant pas en avant des policiers incorruptibles mais plutôt des gangsters solitaires engloutis dans les méandres de la mafia italienne. Son cinéma s'oriente finalement plutôt vers les films noirs, notamment ceux de Jean-Pierre Melville.

 

Des samouraïs melvilliens et super mario !


Le réalisateur transalpin n'a jamais caché son goût pour le cinéma de Melville, et on retrouve effectivement des éléments rapprochant les deux cinéastes. Ainsi le scénario de Milan calibre 9 n'est pas sans rappeler Le Deuxième souffle, et les interprétations de Gastone Moschin et d'Henry Silva, dans Il boss, font songer à Lino Ventura et à Alain Delon dans Le Samouraï.
Maître dans l'art du prologue, notamment celui de Milan calibre 9, Di Leo se révèle être un excellent conteur posant d'emblée les enjeux de ses films. Sa réalisation des courses-poursuite est également une plus-value, comment ne pas mentionner celle dans La mala Ordina où un super Mario Adorf s'accroche par tous les moyens à sa proie.
Plutôt classé à gauche, tendance anarchiste, Di Leo fait également passer des messages pour le moins pessimistes : la vraie mafia n'existe plus, remplacée par des gangs sans code d'honneur. La police est corrompue (voire l'extraordinaire prestation de Gianni Garko en policier dévoué à la mafia dans Il boss), et sert les riches... A ce sujet, le policier joué par Luigi Pistilli dans le premier volet semble être une sorte de double du réalisateur, défiant son collègue droitier Frank Wolff durant tout le film avec notamment cette fameuse phrase : « La police a-t-elle déjà passé à tabac un riche ? »
Dotée d'un casting impressionnant, ces trois opus sont aussi des films d'acteurs. L'interprétation de Mario Adorf, présent dans les deux premiers films, est tout simplement énorme. Gastone Moschin, spécialisé dans les comédies, est ici parfait en gangster bourru. Woody Strode et Henry Silva forment un duo « so cool », qui nous donne le sourire. Ce dernier signe sans doute l'une des plus grandes compositions de sa carrière dans le 3ème volet en homme de main taiseux et déterminé. Le reste de la distribution est de grande qualité : Adolfo Celli en Don de pacotille, une Barbara Bouchet incandescente, un Philippe Leroy très classe, Pier Paolo Capponi en mafieux « violentissimo », Richard Conte et Corrado Gaipa transfuges du Parrain de Coppola dans l'anti-Parrain qu'est Il Boss...

Signalons enfin les sublimes compositions musicales de cette trilogie composées par deux grands noms de la musique de films italiens, Luis Enriquez Bacalov, avec le groupe de rock Osanna sur Milan Calibre 9, et Armando Trovajoli. Une qualité de plus à ce monument du cinéma de genre italien qu'est cette trilogie.

Samuel Bouvet












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Image :
Les nouvelles copies 1080p proposées ici sont de très belles qualités. Comparées à l'image, plus brute et « abîmée », de l'édition italienne Raro Video de 2013, nous sommes clairement un niveau au-dessus. Malgré quelques « défauts » inhérents à ce genre de bobines (image parfois granuleuse, quelques sauts d'images), tout est ici très clair, admirablement défini et permet d'apprécier la qualité de la photographie de Franco Villa.

 


Son :

Rien à redire sur ces DTS HD Master Audio 2.0 mono qui proposent un son de qualité permettant de mettre en lumière les superbes B.O. de ces films. Nous ne pouvons que vous conseiller les VOST, les doublages français étant assez caricaturaux... Bonne initiative d'ailleurs de proposer la version italienne non censurée et la version courte française. Une occasion de constater les coupes souvent injustifiées des distributeurs d'alors (près de 20 minutes en moins sur Il boss).

 


Interactivité :
Outre un coffret au packaging et au graphisme affriolant, Elephant parachève son excellente édition en proposant moult bonus, dont un joli livret de Alain Petit revenant sur le genre et la trilogie. On a droit également à une abondance de bonus vidéos, avec sur chaque film des analyses, pertinentes et documentées, par René Marx.
Quant à Laurent Aknin, il revient en profondeur sur la carrière de Di Leo mise en perspective par rapport au cinéma Bis italien de l'époque. Et rappelle que malgré des budgets faméliques, des tournages en 2-3 semaines, Di Leo n'était pas un tâcheron, au contraire de nombre de ses collègues d'alors, et parvenait à réaliser de véritables morceaux de cinéma. Il revient aussi sur la baisse de la qualité de ses films à partir du milieu des années 1970, un phénomène général à l'époque avec l'avènement d'un comique outrancier, de l'érotisme, des films d'horreur et des productions encore plus fauchées qu'avant...
Pour en apprendre plus sur le réalisateur, "La morale du genre" remplit parfaitement son rôle avec un long entretien de Di Leo, des interventions d'acteurs (Garko, Castenuovo, Bouchet, Mernda, Capponi...) et collaborateurs (Villa directeur de la photographie, Amedeo Giomini monteur...). Di Leo rappelle son attachement aux films noirs, ceux de John Huston et Melville en tête. Étant fils d'avocat et ancien étudiant en droit, il affirme que ce parcours a joué dans sa vision des films, beaucoup plus réalistes que la plupart des autres poliziottesci mettant en vedette des policiers héroïques : « Des flics comme Merli, Testi ou Nero, ça n'existe pas dans la vraie vie ! ».
Les documentaires consacrés aux films laissent la parole aux protagonistes (Di Leo, les acteurs, monteurs,producteurs...). De nombreuses anecdotes sur le tournage (de l'avis général, il y avait un esprit de famille, une très bonne ambiance avec un Di Leo humble et sympa) la censure (la scène finale du premier volet a été amputée, Adorf torturant deux fois plus longtemps le pauvre Salvatore Arico!), sur les clichés « volés » de la fameuse scène de danse de Barbara Bouchet (le producteur Novelli a fait exprès de sortir la photo pendant le tournage pour faire monter la sauce ! Pari réussi!).
Le documentaire sur le romancier Scerbanenco, quasi inconnu en France, nous en apprend plus sur cet auteur de roman noir qui montrait la face sombre des années 1960 italiennes marquées par le Boom économique : « le reflet noir du Fanfaron de Risi. Il savait combiner l'atroce et le sublime. »selon le romancier Gianni Canava. On y apprend aussi que son œuvre comprend près de 1400 récits et qu'il rédigea sous une trentaine de pseudos différents.
Même la mini-interview de Gastone Moschin vaut le coup d'œil, celui-ci rappelant que le budget était bien maigre et que la scène finale s'est mal déroulée pour lui car les décharges étaient trop puissantes, et ce malgré une protection en bois dans son dos !
En conclusion, une édition indispensable pour les amateurs du genre !

Liste des bonus : Milan calibre 9 par René Marx (23'), Milan calibre 9 : un documentaire (29'), La morale du genre (sur Fernando Di Leo) (39'), Giorgio Scerbanenco : le maître du polar italien (26'), Galerie de photos commentée par Gastone Moschin (3'), Passeport pour deux tueurs par René Marx (21'), Fernando Di Leo par Laurent Aknin (22'), Passeport pour deux tueurs : un documentaire (19'), Il boss par René Marx (17'), Histoires de mafia (sur Il boss) (23').

 

 

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