JEANNE D’ARC (1935)
Das Mädchen Johanna - Allemagne - 1935
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Genre : Historique
Réalisateur : Gustav Ucicky
Musique : Peter Kreuder
Image : 1.33 4/3
Son : Allemand DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 85 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 2 février 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
A la fin de la Guerre de Cent ans, la France va de défaites en défaites face aux Anglais. Seule la ville d’Orléans résiste, défendue par La Trémoille, Dunois, et d’Alençon. A Domrémy, en Lorraine, une jeune fille de 17 ans, Jeanne, entend la voix de l’archange Michel. Il lui dit d’aller retrouver le dauphin Charles pour le faire couronner à Reims. Après le sacre, lui seul pourra bouter les Anglais hors de France.
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Au bûché !

Symbole fier et tragique de l'héroïsme et de la fougue française, notre chère Jeanne D'arc aura même séduit les esprits hors de nos frontières. Même les voisins allemand qui dès 1935 en faisant la porte étendard d'un renouveau patriotique, d'une jeunesse prête à défendre cet empire naissant : l'Allemagne nazi.

Autrefois maison des plus grands cinéastes et technicien allemands, siège d'une créativité impressionnante qui fit rayonner le cinéma allemand dans le monde entier, la UFA est devenu rapidement, après l'ascension d'Adolf Hitler au poste de chancelier, un outil de propagande contrôlé par l'esprit malade (mais malin) de Joseph Goebbels. Si des productions comme Juif Süss ou les documentaires de Leni Riefenstahl ne font pas de mystères de leurs intentions, d'autres répondent plus timidement d'une logique générale, d'une demande de renouer avec les modèles d'antan, de célébrer la reprise des armes contres les vieux ennemis et le sens du sacrifice ultime, tout en rappelant, comme ça en passant, le lourd poids qui pèse sur les épaules d'un authentique leader. S'ouvrant sur un carton évoquant sans mystère l'Allemagne diminuée des lendemain du Traité de Versailles, Das Mädchen Johanna, va décrire tout du long des pays d'Europe, en l'occurrence l'Angleterre et la France, déliquescents, où les grands seigneurs pleutres, manipulateurs, cupides et fainéants, massacrent et appauvrissent les peuples sans état d'âmes.

 

déflorée


Face à eux ce n'est pas vraiment la trop jeune et illuminée Jeanne d'Arc qui va se dresser (elle n'apparaît d'ailleurs qu'au bout d'un bon tiers), mais bien ce « pauvre » dauphin Charles VII (Gustaf Gründgens, fameux Faust du film de Peter Gorski) leader malmené par les puissants qui devra sacrifier dans la douleur sa porte-étendard pour redresser son pays et réussir l'unité nationale. Tout une allégorie pour les foules allemandes d'alors qui devaient sans soucis capter les lourdes allusions et ne pas s'outrager, loin de là, des nombreux arrangements et raccourcis avec les faits historiques. Écrit par un Gerhard Menzel, écrivain acquis au nazisme, mais réalisé par un Gustav Ucicky plus intéressé que convaincu, cette version de Jeanne d'Arc ne peut cependant que ce résumer à cela. Car si l'on efface un temps (sans l'écarter bien entendu) le contexte de fabrication du film et les intentions placées là par les éminences du régime, l'essai est plus qu'intéressant et méritant. Plutôt chiche en grandes séquences épique Das Mädchen Johanna est une tragédie du pouvoir où le théâtrale et le grotesque affirmé cohabite avec une mise en scène subtile s'efforçant de retrouver les compositions et les enluminures des peintures XVe siècle. Un esprit médiéval largement célébré par la sublime photographie en clair-obscure de Günther Krampf (Les Mains d'Orlac, Loulou) et les puissants décors à la lisière de l'expressionnisme signés Walter Röhrig (Le Cabinet du docteur Caligari, Le Dernier des hommes...). Derrière le filtre fasciste, il y a quand même de très beaux restes de la grandeur de l'âge d'or du cinéma allemand.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Longtemps on l'avait cru perdu, ce Jeanne d'Arc fut enfin retrouvé durant les années 70 et à tout récemment eu les honneurs d'une restauration sous l'égide de la Fondation Murnau. Reste que les négatifs originaux sont depuis longtemps évaporés et que les techniciens ont dû travailler à partir d'une copie de troisième génération et quelques éléments d'un montage anglais plus complet. On n'atteint donc pas ici les sommets observés sur Metropolis ou Le Cabinet du Dr Caligari, mais le rendu reste assez miraculeux au vu de l'âge et des origines du film. Les cadres sont incroyablement propres, la définition est dans la grande majorité des cas impeccable permettant alors de faire apparaître des constructions en profondeur jusque-là tout juste devinables. Bien entendu certains plans semblent plus lisses, les matières tremblent un peu parfois et quelques photogrammes sont manquants, mais cela reste anecdotique.

 


Son :
Toujours plus compliqué de sauver les pistes son, surtout lorsqu'elles datent de l'ère pionnière et qu'en plus les acteurs ont tendance à légèrement s'emporter. Bon malgré les efforts évidents la piste mono allemande crache, sature, crépite, mais heureusement reste toujours audible (quitte à baisser un peu le son). Et puis il y a les sous-titres.

 


Interactivité :
Pas de présentation vidéo ou de quelconque documentaire pour venir analyser le film. Petite déception soit, mais parfois il suffit de lire un peu. En l'occurrence l'édition est proposée sous la forme d'un Mediabook bien élégant comprenant un livret de 80 pages piqué dans la reliure.
Loin des habituelles filmographies à rallonges, ce « J'ai nom Jeanne la pucelle » est ni plus ni moins qu'un véritable essai autour de la figure de Jeanne. Les faits historiques, ses multiples évocations à l'écran, mais constamment observées par le biais de la symbolique mouvante du personnage, de sa constante récupération par les différents bords idéologiques, souvent bien à droite, et de sa place toute particulière dans l'identité française. Comme toujours rédigé avec une plume légère, mais précise, par un David Didelot passionné, le petit ouvrage est une somme d'informations et une analyse brillante de la destinée postmortem pas toujours heureuse de l'héroïne d'Orléans avec en point d'orge cet opus de Gustav Ucicky, à la fois symptomatique des récupérations et des procès d'intentions qui l'entoure.

Liste des bonus : Livret 80 pages rédigé par David Didelot : « J'ai nom Jeanne la pucelle », Diaporama d'affiches et de photos.

 
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