MADE IN HONG KONG
Hong-Kong - 1997
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Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Fruit Chan
Musique : Wah-Chuen Lam
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonnais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 109 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 1 janvier 1970
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Mi-Août est collecteur de dettes pour un certain M. Wing, proche des triades locales. Son quotidien va se trouver bouleversé par deux événements : la découverte par Jacky, petit voyou handicapé mental qu’il a pris sous son aile, de deux lettres d’adieux laissées par une jeune suicidée, et sa rencontre avec la jolie Ah Ping dont il tombe rapidement amoureux. Or cette dernière est atteinte d’une maladie incurable…
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Nouveau monde

Projeté en 1998 en France, Made in Hong Kong fut un choc pour les spectateurs plus habitués aux spectacles pyrotechniques et virtuoses en provenance de la péninsule, centre névralgique des décennies durant d'un cinéma fougueux et populaire. Une chronique amère aux airs de lendemain de cuite.

Réalisateur d'une petite comédie romantique (Five Lonely Hearts) et d'un film d'horreur (Finale in Blood), Fruit Chan restait assez insatisfait de ses premiers essais, lorsqu'il se découvrit l'ambition de produire un film sur cette inquiétante rétrocession de Hong Kong à la Chine continentale qui se profilait. Un tournant dans l'histoire de cette ancienne colonie Britannique dont finalement l'avenir était plus incertain que jamais et l'indépendance sérieusement remise en question. Une tension palpable dans le cinéma hongkongais depuis des années, mais jamais abordée de front, ce que ne va d'ailleurs pas tout à fait faire Fruit Chan. De la rétrocession il n'y est ici question que par allusions, par quelques détails, et surtout par la description d'une réalité sociétale peu reluisante, s'attardant sur quelques quartiers très modestes de la ville, occupés par des usuriers qui fondent littéralement sur les familles comme des vautours. Ici la rétrocession est aussi un horizon bouché, écrasés, presque un mur que personne ne semble plus capable de franchir. Désenchanté, Made in Hong Kong l'est assurément lorsqu'il présente un monde adulte ayant déjà baissé les bras, refourguant à la jeune génération toutes leurs dettes, financières mais aussi morales et culturelles.

 

amputation à la hache


Si on y suit la quête de reconnaissance de l'ado Mi-Août (excellent Sam Lee revu dans Bio Zombie), petit frappe sympathique se rêvant vaguement grand truand, se partageant entre une amitié curieuse pour un orphelin limité et une amourette sincère pour l'espiègle Ah Ping en attente d'une transplantation, les parenthèses enchantées se font de plus en plus rares que le film avance vers l'inexorable. Comme si la violence constamment présente en toile de fond se devait de les rattraper, comme si surtout cette mort omniprésente se devait de les contaminer. Le film s'ouvre sur une gamine qui se jette du haut d'un immeuble, et elle semblera venir hanter tout le reste du film aussi bien de manière truculente (Mi-août est persuadé qu'elle est à l'origine de ses pollutions nocturnes) que profondément pessimiste. Le récit d'une jeunesse condamnée, mais capable encore de philosopher sur sa condition en voix off, qui est constamment nourrie par une envie de cinéma communicative. En descendant des déconstruction de Wong Kar Wai (Chunking Express), Fruit Chan et sa toute petite équipe de tournage expérimente sur des restes de pellicules de la société de production d'Andy Lau, affichant une rage de survivre et une passion pour un cinéma moderne, vive et vibrante. Ralentis, arrêts sur images, dézooms, variations photographiques, les détails les plus sombres du film sont souvent emportés par ce besoin de laisser coûte que coûte une trace gravée sur le celluloïd. Sans atteindre les même rives nihilistes, Made in Hong Kong par son sujet, son grain de pellicule et un retour dans le spectaculaire cimetière de Pok Fu Lam, n'est pas sans rappeler le cultissime L'Enfer des armes du seigneur Tsui Hark. En 20 ans l'horizon ne s'est pas dégagé pour la jeunesse hongkongaise et la vengeance armée, le suicide romantique, reste l'ultime cri avant la chute.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Pas forcément le film le plus aisé à transposer sur un master HD de dernière génération tant le tournage, la captation, les recherches esthétiques et le support pellicule abîmé et fluctuant a dû rendre la restauration particulièrement ardue. Effectué par L'Immagine Ritrovata à partir d'un scan 4K du négatif original et sous la surveillance du réalisateur, cette dernière a opéré un considérable travail de fond autant dans le nettoyage nécessaire des cadres que dans la stabilisation des cadres et le rééquilibrage des couleurs. Si certaines matières se percutent encore, que le piqué est fluctuant (mais toujours appréciable) et que les teintes peuvent varier violemment, cela n'est plus lié à une économie limitée mais a une volonté du film. Un résultat des plus impressionnants pour qui se souvient de la première sortie, qui délivre au passage quelques séquences ultra pointue, pleine de relief et de douceurs argentiques. Comme quoi.

 


Son :

Autrefois directement imprimé sur la pellicule d'origine, la piste a dû être reproduite avec les bandes retrouvées dans les archives du réalisateur. Le DTS HD Master Audio 2.0 mono reste alors très limité dans son rendu distant, voilé, et plat, voir nasillard par moments. On ne peut pas toujours faire des miracles.

 


Interactivité :
Toutes les interviews proposées sur l'édition ont été enregistrés à l'occasion du Far East Festival et reprennent ainsi la même scénographie sobre avec l'intervenant posté sur une chaise devant un angle de mur blanc. C'est tout logiquement Fruit Chan qui profite du plus long temps de parole avec quasiment une cinquantaine de minutes dans lesquels il décrit son état d'esprit de l'époque, les méthodes de tournages, la réception surprise du film et son statut actuel. Très intéressant et plutôt franc, mais peut-être pas autant que ses deux producteurs, Doris Yang et Daniel Yu, qui se permettent justement de signer un portait amicale, mais donc pas idéalisé, du cinéaste et de son caractère. L'occasion aussi de revenir sur un tournage à l'arrache avec une équipe réduite et débrouillarde. La dernière intervention, celle de Marco Müller directeur du festival de Locarno en 1997, se concentre sur la découverte du film à l'international.

Liste des bonus : Entretien avec Fruit Chan (47'), Entretien avec Doris Yang (7'), Entretien avec Daniel Yu (13'), Entretien avec Marco Müller (5'), Bande annonce.

 
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