EMMANUELLE
France - 1974
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Image de « Emmanuelle »
Genre : Erotique
Réalisateur : Just Jaeckin
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titre : Aucun
Durée : 94 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 6 janvier 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Emmanuelle »
portoflio
LE PITCH
Emmanuelle rejoint son mari Jean à Bangkok et débute son initiation sexuelle entre les mains de Marie-Ange, une adolescente délurée, et Mario, un homme âgé et maître du libertinage …
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L'objet du cul(te)

Du roman au film. Du film au phénomène culturel. Profitant d'une parenthèse enchantée, Emmanuelle s'est imposé dans le patrimoine érotique français. Aujourd'hui comme hier, il est permis de douter de la valeur d'une telle « œuvre ».

Dès son arrivée au pouvoir en mai 1974, Valérie Giscard d'Estaing réduit considérablement la voilure en terme de censure au cinéma, sous estimant le raz de marée à venir du porno. Anticipant cette vague de permissivité, le producteur Yves Rousset-Rouard, ancien magnat du vin, lance l'adaptation d'Emmanuelle, le roman libertaire et érotique signé Emmanuelle Arsan, nom de plume de Marayat Bibidh, thaïlandaise de naissance, brièvement aperçue dans La Canonnière du Yang-Tse avec Steve McQueen, et épouse du diplomate français Louis-Jacques Rollet-Andriane. Un temps vendu sous le manteau comme ce fut le cas pour Histoire d'Ô de Pauline Réage, Emmanuelle est un objet de fantasme avant même de devenir un film, un titre que l'on prononce en rougissant sans forcément l'avoir lu.
Scénariste de François Truffaut pour quatre films, de La Peau douce à La Nuit américaine, Jean-Louis Richard se voit confié la lourde tâche de transformer le roman d'Emmanuelle Arsan en film. Il en reprend les grandes lignes mais l'adoucit également pour un faire une sorte de produit d'appel, un manifeste érotique apte à ne choquer personne, le prototype même du long-métrage où l'on s'encanaille sans risques. Photographe réputé, Just Jaeckin y fait ses débuts de metteur en scène et le choix de Sylvia Kristel dans le rôle-titre convainc tout le monde. Tourné avec un budget réduit et à toute vitesse en Thaïlande, Emmanuelle est accompagnée d'une campagne promo habile et redoutable. Le film cartonne, reste à l'affiche près de onze ans dans un cinéma parisien, s'intègre aux circuits touristiques (!) et génère une franchise à la longévité incompréhensible.

 

Le fruit défendu


Foncièrement mécanique dans sa narration, Emmanuelle est un film bien difficile à défendre de nos jours. Mais avant de parler de recul, on peut s'intéresser à ce qui clochait déjà en 1974. Au lendemain de mai 1968, il est surprenant de voir avec quelle perversité le film de Just Jaeckin récupère le discours de la libération sexuelle pour mieux le détourner et faire passer des idées condamnables. Avec un haussement d'épaules constant, Emmanuelle est à deux doigts de légitimer le viol et l'attrait des hommes d'âge mur pour les (très) jeunes filles. Prétextant du libre arbitre de ses personnages féminins, le film agite des tabous sans vraiment les explorer, la promesse pour le spectateur (pour les spectatrices, on peut en douter) d'être excité sans la moindre remise en cause. Les clichés sur la Thaïlande et l'Asie en général font aussi basculer le film dans un exotisme de pacotille déjà périmé en 1970.
Ennuyeux mais très joliment filmé, pas forcément bien joué mais dominé par la sensualité irrésistible et particulièrement mise en valeur de la débutante Sylvia Kristel, Emmanuelle n'est pas seulement une relique de l'érotisme « bon ton » des 70's, c'est aussi et surtout le témoignage d'un patriarcat qui s'empare du féminisme pour en faire sa chose et d'une cohorte de libertaires profitant de l'aura d'un produit pour s'abriter de la critique. Comment ne pas bondir en 2021 devant la prestation d'Alain Cuny dans le rôle de Mario, sorte de DSK avant l'heure (n'hésitez pas à faire le parallèle entre le phrasé et la stature du personnage et l'ex-patron du FMI, vous verrez, c'est frappant), d'autant plus lorsque l'on se souvient du soutien du comédien à Gabriel Matzneff et ses pétitions pro-pédophiles ? S'il est utile de (re)découvrir Emmanuelle de nos jours, que cela puisse servir à faire descendre le film d'un piédestal qu'il n'a jamais mérité.

Alan Wilson






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Image :
Supervisée par le réalisateur en personne, la restauration du film en 4K ravive la beauté d'une photographie très stylisée et offre aux couleurs une seconde jeunesse. Pour autant, la définition n'est pas plus éclatante que sur les précédentes éditions et le grain est parfois très envahissant. Une expérience mi-figue, mi-raisin.

 


Son :
Les dialogues semblent souvent en retrait dans un mixage qui fait la part belle aux compositions de Pierre Bachelet et de Francis Lai avec des basses rondes et sensuelles. La clarté est toutefois de mise avec des ambiances discrètes mais très convaincantes sur la durée.

 


Interactivité :
Un seul bonus mais il est de taille. Journaliste et écrivaine féministe, Camille Emmanuelle s'aventure avec une argumentation solide dans une analyse du film et du phénomène qui l'entoure, pointant avec un mélange de sévérité et d'amusement ces dérives qui ne passent plus de nos jours. Une trentaine de minutes bien remplies mais qui ne mettent pas forcément les points sur tous les i, laissant de côté le destin de l'actrice principale et les prises de position troubles d'Alain Cuny. Quant à la mention director's cut de cette nouvelle édition, jamais totalement expliquée, elle ne concerne en réalité que le remontage de la scène d'amour lesbienne entre Sylvia Kristel et Marika Green, parfois évincée, parfois écourtée.

Liste des bonus : « La Révolution du désir féminin à l'écran, comment aborder le film avec le regard d'aujourd'hui » : le film vu par la journaliste et auteure Camille Emmanuelle (31')

 
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