LE PAYS DE LA VIOLENCE
I Walk The Line - Etats-Unis - 1970
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Genre : Drame
Réalisateur : John Frankenheimer
Musique : Johnny Cash
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Anglais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 96 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 5 décembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Shérif vieillissant d’une petite bourgade du Tennessee, Henry Tawes mène une existence monotone et triste. Jusqu’au jour où il croise la route d’Alma McCain, une jeune femme séduisante pour qui il accepte de se compromettre…
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La vie sur un fil

Dans la droite ligne de la très belle édition consacrée en mai dernier à La Poursuite impitoyable d'Arthur Penn, Sidonis Calysta déroule cette fois le tapis rouge à une authentique rareté : I Walk The Line de John Frankenheimer, drame rural poignant qui nous plonge dans le Sud profond des Etats-Unis, sa pauvreté et ses rêves brisés.

Adaptation d'un roman de Madison Jones publié en 1967 sous le titre « An Exile », I Walk The Line représente à la fois un aboutissement et un tournant dans la carrière de John Frankenheimer, l'un des cinéastes américains les plus talentueux des années 60. Sa filmographie d'alors parle pour lui : Le Prisonnier d'Alcatraz, L'Ange de la violence, Un Crime dans la tête, Sept jours en mai, Le Train, Grand Prix, L'Opération diabolique. Des œuvres fortes où la paranoïa, une conscience politique aigue et l'existentialisme s'expriment au travers d'un formalisme très étudié et qui ne rechigne pas à verser dans l'expérimental, notamment dans l'usage du grand angle et du noir et blanc et dans des compositions de cadre uniques et anxiogènes. Cette glorieuse décennie s'achève pourtant sur une tragédie personnelle avec l'assassinat du candidat démocrate Robert F. Kennedy, son ami, le 6 juin 1968, et l'échec en salles totalement injustifié du très beau Les Parachutistes arrivent, très mal distribué par la MGM. La mise en chantier d'I Walk The Line lui permet donc à la fois de rebondir sur des thèmes déjà explorés dans Les parachutistes arrivent (et même auparavant) et d'aborder les années 70 avec une nouvelle vision, sans doute plus pessimiste et de toute évidence naturaliste, avec le besoin viscéral de braquer ses caméras sur les oubliés du rêve américain.
Pour le rôle du shérif Henry Tawes, Frankenheimer voulait Gene Hackman mais la Columbia lui impose sa vedette maison, Gregory Peck. Le cinéaste n'y perd pas vraiment au change tant la rectitude morale et l'image conservatrice, patriarcale et quasi-monolithique que véhiculent la star conviennent à merveille à ce personnage figé, mutique et insatisfait et dont la vie va chavirer pour le cœur d'une jeune fille au sourire désarmant. C'est l'incroyable Tuesday Weld qui incarne la troublante Alma McCain, l'unique choix du cinéaste et sans elle, le film n'aurait pas été le même. Il n'aurait d'ailleurs sans doute pas été du tout.

 

Les Fantômes du tennessee


I Walk The Line. Ce titre, emprunté à l'une des chansons les plus populaires de Johnny Cash (lequel compose d'ailleurs la musique du film), peut s'interpréter de plusieurs façons. On peut y voir l'histoire d'un homme qui file droit, un homme qui suit la loi et les traditions et qui ne s'écarte jamais du chemin que la vie a tracé pour lui. On peut également en déduire une attitude plus ambiguë, le même homme hésitant entre la loi et le crime, entre la morale et le désir, entre son mariage et l'adultère. Une ligne droite et un chemin tortueux. Ces deux interprétations conviennent autant l'une que l'autre à l'existence du shérif Tawes et aux tourments causés par sa rencontre avec Alma. Mais ce n'est pas tout. Plus inattendue est la possibilité que John Frankenheimer ait eu l'intention de flirter avec le fantastique.
Lorsqu'il filme les habitants de la petite ville du Tennessee où officie le shérif Tawes, le cinéaste s'attarde longuement sur les visages des habitants, des gens du coin, authentiques. Mais il ne garde au montage que des regards vides, perdus. Les figurants semblent déambuler dans un décor figé dans le temps, pourrissant, comme des spectres. La nature automnale envahit tout. Et le personnage de Gregory Peck d'être sur le point de rejoindre ces légions de morts avant qu'il ne s'accroche à un espoir de vie, à un rayon de vitalité, Alma et sa famille. En pure perte. En mettant en parallèle la famille Tawes et la famille McCain, l'une marquée par la perte et la décrépitude, l'autre pleine de joie malgré la fuite en avant et l'illégalité, et en multipliant les images de ponts, de passerelles, de frontières et de bicoques abandonnées comme autant de points de passage entre deux mondes, Frankenheimer signe un pur chef d'œuvre du southern gothic, une histoire d'amour désespérée qui mélange film noir, western rustique, constat social mortifère et film de fantômes. On ose le dire, I Walk The Line est un film hanté.

Alan Wilson






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Image :
Une copie propre et joliment restaurée comme peuvent en témoigner des couleurs champêtres très vivantes et qui restituent à merveille les teintes de la très belle photo de David M. Walsh. Le respect du grain originel prédomine même si quelques plans ont manifestement abusé du lissage numérique tandis que d'autres, à la limite du flou, mettent à rude épreuve une compression parfois faiblarde. L'impression générale reste néanmoins plus que satisfaisante et l'expérience naturaliste voulue par John Frankenheimer est intacte.

 


Son :
On passe sur la version française aussi plate qu'un dessous de table en papier à tabac et on se concentre sur une piste originale en 2.0 qui donne une vraie profondeur aux nombreux silences qui parsèment le métrage. Montant lentement en puissance, les chansons de Johnny Cash bénéficient d'une belle stéréo qui respecte leur rigueur acoustique.

 


Interactivité :
Au sein d'un médiabook soigné, on découvre d'abord le livre concocté par Olivier Père où une analyse de l'œuvre se conjugue à une longue interview d'époque de John Frankenheimer menée par Michel Ciment et Bertrand Tavernier et tirée des pages de la revue Positif. Du bel ouvrage complété par une interactivité plutôt cossue. Petit coup de gueule en passant : il est dommage que Sidonis n'ait pas jugé utile d'inclure la scène coupée (pour la sortie vidéo au début des années 2000) où Charles Durning tente de violer Tuesday Weld avant d'être froidement abattu d'un coup de fusil ou de rétablir le dernier plan dans sa forme originelle, c'est-à-dire sans le gros plan qui se fige sur le visage de Gregory Peck. Une histoire de droits, sans nul doute. Cela étant dit, on ne manquera pas de dévorer la présentation du film par Thierry Frémeaux aux accents très personnels ou l'excellent module animé par Jean-Baptiste Thoret sous le titre un peu trompeur de « commentaire audio ». On peut également profiter d'un making-of d'époque riche en images de tournages et qui appuie sur l'authenticité du film et la participation de Johnny Cash. Johnny Cash toujours, avec trois chansons en guise de sucreries. Deux captations en live de « I Walk The Line » et « Flesh & Blood » mais aussi un clip très ferroviaire où l'homme en noir chante l'Amérique dans un train qui fonce vers la Nouvelle-Orléans. Savoureux.

Liste des bonus : Présentation du film par Thierry Frémeaux, Making-of du film, Commentaire audio de Jean-Baptiste Thoret, 3 chansons de Johnny Cash, Livre

 
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