LA HAINE
France - 1995
Image plateforme « Bluray 4K »
Image de « La Haine »
Réalisateur : Mathieu Kassovitz
Musique : Assassin
Image : 1.85 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titre : Anglais
Durée : 98 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 25 novembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Haine »
portoflio
LE PITCH
Un jeune arabe de seize ans est entre la vie et la mort, passé à tabac par un inspecteur de police lors d’un interrogatoire. Une émeute oppose les jeunes d’une cité HLM aux forces de l’ordre. Pour trois d’entre eux, ces heures vont marquer un tournant dans leur vie.
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Regarde ta jeunesse dans les yeux

La Haine a 25 ans. Un quart de siècle, déjà. Un anniv' célébré en grande pompe avec cette solide restauration 4K. Le meilleur moyen de se replonger dans un film phénomène qui fit l'effet déflagrateur d'une grenade de désencerclement. Une œuvre polémique, parfois clivante et mal perçue. Mais dont la maestria cinématographique demeure intacte.

Au premier abord, c'est du cinoche rentre-dedans. Un sujet sensible : la banlieue. Associé à un autre sujet explosif : les violences policières. Le tout dans un contexte assez manichéen. Du moins, en apparence. Lors de sa sortie, La Haine a fait couler beaucoup d'encre. Malgré un immense succès public et critique, certains reprochèrent à Mathieu Kassovitz de dresser un constat maladroit du quotidien des quartiers difficiles. Voire de jeter de l'huile sur le feu en désignant les flics comme les seules cibles à abattre. D'autres l'accusèrent de traiter de thèmes qu'il ne connaissait pas ; lui le citadin privilégié, fils d'artistes bourgeois-bohème. Et pourtant, le long-métrage fut le déclencheur d'une nouvelle vague à l'attitude frondeuse. Héritière des années « black-blanc-beur », d'une culture hip-hop alors en plein essor et de cette illustre « fracture sociale » chère à Jacques Chirac. Soutenu par une bande-son puisant parmi la fine fleur de la scène rap hexagonale et tourné en immersion au cœur d'une ville-dortoir des Yvelines (en l'occurrence Chanteloup-les-Vignes), le film nous embarque auprès de trois potes pris dans la tourmente d'un lendemain d'émeute : un mec vener' (Vincent Cassel), un mec plus sage (Hubert Koundé) et un petit rigolo (Saïd Taghmaoui). Trois lascars qui fuguent vers Paris, revolver en poche, afin de rétablir la balance « en shootant un keuf ». Comme de bien entendu, rien ne se déroule comme prévu.

 

nique la police


25 ans après, La Haine tient encore parfaitement la route. Alerte, percutant, le film fait écho aux récentes exactions des forces de l'ordre, à l'affaire Benalla ainsi qu'aux matraquages calibrés des CRS lors des rassemblements de « gilets jaunes ». Tout comme il semble annoncer certaines mesures gouvernementales plus que discutables en termes de liberté d'expression. À l'époque, le long-métrage évoquait lui-même un fait-divers sordide survenu dix ans plus tôt : l'assassinat par la police de Malik Oussekine lors d'une manifestation étudiante. Plus tard, ce fut une succession d'embrasements et d'affrontements tendus à travers la France. Bref, La Haine met à jour pas mal de dysfonctionnements qui prêtent à réflexion. Et sa dénonciation de l'injustice cogne là où ça fait mal. Notamment lors de la scène d'interrogatoire. Ou avec ce plan-séquence toujours aussi pétrifiant qui clôt le film dans un silence assourdissant. Alors oui, comme symbole d'un cinéma dit « de banlieue », les esprits critiques lui préféreront peut-être le délicat Un thé au harem d'Archimède de Mehdi Charef, les brûlots politisés de Jean-François Richet (État des lieux & Ma 6-T va crack-er) ou le plus nuancé Les Misérables, fraîchement césarisé.

 

mais pas que


Pour autant, la force du film se trouve ailleurs. Elle réside du côté du cinéma pur. Tourné dans un puissant noir et blanc, structuré comme un compte-à-rebours à l'issue irréversible, La Haine impose une efficacité brute. Mathieu Kassovitz est un réalisateur cinéphile. Et le film puise dans plein d'influences. On retrouve Spielberg pour le sens du cadre. Scorsese pour le montage, le recours à la musique (sublime ouverture au rythme du « Burnin' and lootin' » de Bob Marley) et une interprétation d'ensemble carrément fébrile : l'épisode du miroir est une référence directe à Taxi Driver et Raging Bull. Mieux, elle a littéralement lancé la carrière d'un Vincent Cassel aujourd'hui incontournable. On pense aussi à Spike Lee à qui on a souvent comparé Kassovitz. Autant Métisse, son premier essai, était une revisite de Nola Darling n'en fait qu'à sa tête. Autant La Haine rappelle clairement Do the right Thing. Dans sa manière de pointer du doigt les sujets qui fâchent. Et sa façon de mêler le drame à la comédie. Parce qu'attention, on se marre beaucoup à l'écoute des vannes misérables de Saïd, alias « la racaille d'or ». La séance de coiffure à domicile, la tentative foireuse du vol de voiture, la visite mouvementée au vernissage d'art contemporain... Autant de moments d'anthologie qui révèlent le véritable visage des protagonistes. Rien à voir avec des caïds sans foi ni loi. Non, Vinz et sa bande évoquent plutôt une belle brochette de branquignoles. Fragiles, rigolards, incertains. Humains quoi. D'ailleurs, l'autre référence masquée de La Haine, c'est le cinéma italien. Fellini pour le traitement proche de la fable et les envolées oniriques (cf. l'épisode de la vache). Et Le Pigeon de Monicelli pour l'ode à l'amitié, au verbe haut et à la dérision tragi-comique.

Depuis, le Kasso cinéaste n'a jamais fait mieux. Malgré une habilité avérée pour la mise-en-scène, il s'est égaré dans des projets inégaux (Assassin(s), Les Rivières pourpres, L'ordre et la morale) et des productions hollywoodiennes juste désastreuses (Gothika, Babylon A.D.). Et puis sa personnalité peut agacer. Difficile en interview, sur la défensive, provocateur et n'hésitant à cracher au visage du cinéma français, il est néanmoins sauvé par ses talents d'acteur. C'est un comédien attachant. Intense, juste, précis. Comme il l'a prouvé chez Audiard, Jeunet, Spielberg ou plus récemment dans la série Le Bureau des légendes. Mais pour beaucoup, Mathieu Kassovitz reste à tout jamais associé à La Haine. Son apogée et sa propre malédiction.

Gabriel Repettati












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Image :
25 ans et clairement toutes ses dents, La Haine se prête parfaitement à une restauration 4K. D'autant plus intéressant que les disques UHD consacrés à des films noir et blanc, même récents, sont encore excessivement rares. Si forcement les outils de recolorisation vivace n'ont pas lieu ici, la définition explosive, la profondeur accrue et les matières plus présentes que jamais, viennent offrir une première partie en banlieue plus impressionnante que jamais. Les contrastes sont à tomber et la définition une vraie merveille. La partie parisienne, jouant sur des longues focales écrasant les arrières plans et jouant donc plus largement sur une netteté moins prononcée était jusque-là le petit perdant des disques DVD et Bluray précédents. Avec la 4K, même si la différence est toujours notable, elle est largement moins tranchée et frappante, et donne à voir une photographie habile et maîtrisée.

 


Son :
Le mixage dynamique et vif désormais en DTS HD Master Audio 5.1 est largement connu des amateurs du film, avec ses jeux constants avec l'enveloppement urbain et les distances entre les premiers et arrières plans. L'éditeur a au passage jugé bon de proposer à nouveau, une piste plus sobre en DTS HD Master Audio 2.0 pour satisfaire les malchanceux qui n'ont pas de Home Cinéma.

 


Interactivité :
Sortie évènement à l'image du coffret A Bout de souffle du même éditeur, La Haine n'est pour l'instant disponible dans cette édition UHD que sous la forme d'un box assez coûteux contenant essentiellement en goodies un imposant livre comprenant le scénario original annoté par le réalisateur.

Du bel ouvrage mais qui cache un peu malheureusement la déception des suppléments disposés sur les disques. Une nouvelle fois une grande part des bonus proposés en 2005 en DVD collector ont totalement disparu : plus de making of d'époque, plus de scènes coupées en couleurs, le bêtisier, ni l'arrivée de l'équipe à cannes, le reportage sur les lieux du tournages, les courts métrages de la bande à Kourtrajmé, les casting, les story-boards et le commentaire audio solo de Vincent Cassel. Oui, ça fait mal. Reste heureusement l'excellent et long documentaire sur les 10 ans du film, retraçant avec un peu de distance et beaucoup de franchise une expérience assez unique, et les deux commentaire audio de Mathieu Kassovitz enregistrés en 1999 et 2005. Seul item inédit ? Un troisième commentaire audio du cinéaste, qui pour le coup se montre, 25 ans après, plus communicatif que jamais, analysant son travail de mise en scène, sa préparation avec les acteurs, les choix de photo, s'efforçant de transmettre de véritable réflexion technique à son auditoire. Assagi et philosophe, ça lui va bien.

Liste des bonus : Un livre avec préface et couverture de JR, scénario original du film annoté par Mathieu Kassovitz et polaroids du tournage (264 pages), 3 commentaires audio de Mathieu Kassovitz (1999, 2005, 2020), Documentaire sur les 10 ans du film (2005, 90').

 
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