ARIANE
Love in the Afternoon - Etats-Unis - 1957
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Image de « Ariane  »
Réalisateur : Billy Wilder
Musique : Divers
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 125 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 18 novembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
À Paris, le détective privé Claude Chavasse est spécialisé dans les affaires d’adultère. Sa fille, Ariane, est fascinée par son travail et plus particulièrement par le cas du playboy Frank Flannagan. Lorsqu’Ariane surprend un client de son père menaçant de tuer Flannagan, elle court prévenir ce dernier du danger qui l’attend. Quand le client jaloux débarque à l’hôtel, il trouve le millionnaire en compagnie d’Ariane et non de sa femme infidèle. Intrigué, Flannagan organ...
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De fil en aiguille

Pas forcément le Billy Wilder immédiatement évoqué dans les salons enfumés, écrasé par la présence du Boulevard du crépuscule ou du dévergondé Certains l'aiment chaud, Ariane est pourtant l'un des sommets de son auteur. Un film en retenu, en élégance, hommage déluré d'un artiste à un autre, Ernest Lubitsch et donc évocation d'une romance qui bouscule les conventions.

Au mitan de la carrière d'un maître de la comédie américaine (et pas que), Ariane est une proposition particulièrement importante dans la carrière de Billy Wilder puisqu'elle porte la marque d'une indépendance retrouvée. Après de nombreux déboires avec la Paramount (essentiellement) et d'autres grands studios Hollywoodiens, l'auteur de Sabrina et 7 ans de réflexions (un aveux?) coupe les ponts avec les grandes firmes. Il se sépare même de son acolyte historique, le coscénariste Charles Brackett, pour se lancer dans une nouvelle et longue collaboration avec I.A.L Diamond, qui va apporter des reflets doux-amer et une certaine idée du romantisme à l'efficacité de Wilder. Pourtant, comme quinze ans plus tôt avec sa première réalisation, Uniformes et jupon court, le cinéaste marque cette nouvelle étape en piochant dans un très vieux répertoire, celui d'un roman de Claude Anet (Ariane, jeune fille russe) qu'il va faire plier sous sa personnalité, son humour et son irrévérence. Il va le transformer en revitalisation de la comédie sophistiquée des années 30/40, rayant la couleur au profit, déjà, d'un noir et blanc vaporeux signé William C. Mellor (Une Place au soleil, Géant) et des décors grandioses en trompes l'œil confectionnés par Alexandre Trauner (Hotel du nord, Les Enfants du paradis). Tout transpire le désuet, le témoignage d'une époque révolue, fantasmée comme vient le rappeler en narrateur le french charmeur Maurice Chevalier, offrant à la fois le fameux cadre du romantisme à la française et un pont supplémentaire avec le mentor Lubitsch.

 

L'amour, mais jamais le matin

 

Comme lui d'ailleurs, Wilder repousse les avances du burlesque, de la drôlerie visuelle et du gag simple, laissant finalement les sourires apparaîtrent dans la rigueur ingénieuse de dialogues finement ciselés, de performances subtiles d'un trio de tête irrésistible (Gary Cooper, Audrey Hepburn et Maurice Chevalier donc...). Ils sont alors sublimés par de discrets mouvements de caméra, de délicats cadrages, des jeux d'ombres et de lumières admirables et un romantisme surprenant dans sa lente et percutant avancée en mode masqué. Si effectivement Love in the Afternoon (titre original qui là aussi résonne d'autres décennies) a tout de l'hommage appliqué, il n'en repousse pas moins, comme à l'habitude de Wilder, les limites du genre. Le lent et doucereux tango entre le vieux séducteur Gary Cooper et la jeune et fantasque Audrey Hepburn, reste une évocation très osée pour 1957 qui n'a réussi à esquiver la censure que grâce à l'intelligence de son maître d'œuvre. Car bien entendu la sexualité déborde constamment dans le film, ne faisant pas de mystères quand au débauches du milliardaire playboy Frank Flannagan, ni sur la nature des conquêtes et cabrioles inventées de toutes pièces par la gamine tout juste sortie de l'adolescence. Un sous texte trivial, mais réaliste, placée avec orfèvrerie dans cette comédie romantique où il est souvent moins question d'un couple en devenir que de deux êtres en reconquête de leur propre liberté. Lui de s'être enfermé dans son image de tombeur sans attache, elle de sa position de jeune fille « bien comme il faut » dans laquelle la société et son père la cantonne. Il n'y a rien de plus beau que de les voir se débattre et se retrouver, mais toujours accompagné d'un orchestre tzigane omniprésent, jouant inlassablement un langoureux Fascination.

Un running gag délicieusement excentrique, cerise sur le gâteau d'un bijou signé d'un Billy Wilder émancipé, mais malheureusement boudé à sa sortie par le publique et la critique (assassine). Longtemps écrasé entre les deux réjouissantes comédies avec la plus voluptueuse Marilyne, Ariane possède une sagacité gracile qui mérite largement d'être réévaluée.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Nouvelle restauration apparue en 2017, cette copie HD d'Ariane a été effectuée à partir d'une copie positive première génération et scannée en 2K. Le résultat est donc à mille lieue des copies croisées jusque-là, largement nettoyé, stabilisée et peaufiné, avec une définition impeccable et un charmant grain de pellicule assez marqué. Les teneurs organiques, vibrantes et argentiques du master sont particulièrement agréables mais sont parfois légèrement limitées par la source originale et une photographie qui manie volontairement quelques effets de flous.

 


Son :
Sobrement la piste mono originale a connue elle aussi une restauration de circonstance et se montre simplement fraîche et limpide. Pas de grosse perditions, pops ou saturations à noter, et les dialogues, autant que l'orchestre tzigane, s'imposent naturellement et clairement.
La version française d'époque, en dépit des recherches de Carlotta, n'ayant pas pu être retrouvée, c'est toujours le doublage plus récent du précédent DVD qui est proposé ici. Malgré les efforts, ce dernier dénote forcément dans son atmosphère générale.

 


Interactivité :
18ème volume de la superbe collection ultra collector de Carlotta, Ariane tranche certainement avec le précédent et sulfureux Crash (quoi que), mais préserve bien entendu tout ce qui fait la qualité de ces ouvrages.
A commencer par le très élégant visuel imaginé par Deanna Halsall et par le livre analytique de 160 pages que contient le fourreau. Confectionné par l'équipe de la revue Positif, celui-ci décortique et scrute à la loupe l'œuvre de Wilder, ses thèmes et ses figures, resitue le métrage à sa place pivot dans la carrière du cinéaste et tisse des liens avec ses autres créations. Malgré les efforts de ces plumes, c'est toujours Wilder qui a le dernier mot. Dans une reproduction de son dictionnaire « wildérien » ou dans son entretien passionnant avec Michel Ciment.
Un journaliste et ami dont on retrouve l'intégralité de la rencontre dans le documentaire Portrait d'un homme « à 60 % parfait » qui en plus de revenir sur le cinéma du monsieur, dévoile bien souvent l'homme et son histoire. Les autres suppléments disposés ici sont ceux que Carlotta avait déjà proposé en 2009 sur sa première sortie DVD. Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils soient datés. La petite rencontre avec le coutuier Hubert de Givenchy qui s'épanche sur son amitiés avec Hepburn, est certes un peu anecdotique mais le duo Ariane, rapports de tournage et Au Fil d'Ariane sont captivants car ils retracent la production du film tout en révélant les outils d'enquête et de restauration usités par les équipes de la Cinémathèque française.

Liste des bonus : Le livre inédit « Le Romanesque triomphant : Ariane de Billy Wilder » avec entretiens, analyses et 50 photos d'archives (160 pages), « Ariane, rapports de tournage » (26'), « Au fil d'Ariane » (26'), « La Complicité magnifique »  (9'), « Portrait d'un homme « à 60% parfait »  (1980, 56'), Bande-annonce originale.

 
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