COFFRET RAY HARRYHAUSEN VOL.3
It Came From Beneath the Sea / Earth Vs. The Flying Saucers / 20 Million Miles to Earth - Etats-Unis - 1955-1957
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Coffret Ray Harryhausen Vol.3 »
Genre : Science-fiction
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 246 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 15 octobre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Coffret Ray Harryhausen Vol.3 »
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LE PITCH
Une pieuvre gigantesque venue des abysses, une invasion extraterrestre fondant sur Washington et une créature terrifiante, fruit d’expériences militaires sur Vénus. Trois films, trois menaces et autant de créations inoubliables sorties tout droit du cerveau génial de Ray Harryhausen, le Maître absolu de l’animation image par image.
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Monstrum in animo

Avec un catalogue contenant déjà deux coffrets de trois films consacrés à Ray Harryhausen (notons au passage qu'un film se retrouve dans les deux coffrets, les collectionneurs en pleurent encore), Sidonis Calysta sort donc aujourd'hui le troisième d'entre eux, consacré cette fois ci à trois de ses premières créations pour la Columbia dans les années 50. Trois films faisant évidemment une nouvelle fois la part belle aux monstres nés des peurs d'une époque révolue mais dont l'écho nous parvient encore aujourd'hui.

Si la carrière de Ray Harryhausen commence dans les années 40 en tant qu'animateur et technicien (pour Ernest B. Schoedsack, d'ailleurs, un des deux papas de King Kong) elle explose véritablement une décennie plus tard quand la route de ses premiers essais concluants et déjà impressionnants en stop-motion croise celle du producteur Charles H. Schneer. Ce dernier voyant dans les monstrueuses et géniales inventions du premier de quoi satisfaire les spectateurs d'un cinéma populaire qui commence à ronronner un peu trop bruyamment. C'est donc presque logiquement que sort, en 1955, Le Monstre Vient de la Mer, première collaboration des deux hommes. Réalisé par Robert Gordon, forcément peu habitué à un genre en pleine éclosion, le film sera finalement une sorte de moule initial de ce que deviendront les futures productions de Schneer et Harryhausen. Soit un ensemble de subterfuges dissimulés au sein d'un scénario famélique et au service d'un budget extrêmement limité. Dans ses deux premiers tiers, après une introduction qui voit un sous-marin américain tiré sur un ennemi inconnu, Le Monstre Vient de la Mer est donc très verbeux, prend son temps, ménage ses effets. Avant de laisser le champ libre au génie d'Harryhausen, qui va lâcher un poulpe géant sur le Golden Gate Bridge dans une avalanche de plans iconiques (et jamais vus pour l'époque!) qui vont vite rentrés dans l'inconscient collectif pour les décennies à venir et même préparer la future vague de génies du cinéma, totalement subjugués par ce qu'ils découvraient alors tout gosses à l'écran.

 

Le temps de la peur


Même si Harryhausen lui-même s'est toujours défendu de ne jamais avoir participé à de véritables films d'horreur ou d'épouvante, il faut avouer que ses premiers films condensent à peu près toutes les peurs (véritables!) de l'époque. Tout ce qui a trait à l'inconnu, qu'il soit issu des profondeurs obscures de l'océan ou de l'espace, ou bien qu'il soit du fait des progrès scientifiques des hommes (l'atome, la conquête spatiale, la manipulation génétique...) est synonyme de dangers potentiels ouvrant la porte aux extravagances scénaristiques les plus folles (sans parler du sous-texte évoquant un contexte politique pour le moins tendu). Avec toujours cette recherche de spectaculaire débridé ! Ainsi, dans Les Soucoupes Volantes Attaquent, un couple travaillant pour l'US Air Force est témoin de l'arrivée d'une flotte extraterrestre qui a entreprise l'invasion de notre planète. La caméra de Fred F. Sears (qui sort d'une nouvelle version du loup-garou pour la Columbia) se montre plus énergique que celle de Robert Gordon, et ce même si quelques scènes encore une fois très bavardes tentent de masquer un budget serré et donner du crédit à un scénario de quelques pages. Mais, aidées par le couple formé par Hugh Marlowe (précédemment à l'affiche du fameux Le Jour où la terre s'arrêta... du grand Robert Wise) et Joan Taylor, les scènes où le savoir-faire d'Harryhausen est à l'oeuvre font merveille. Notamment ce final à l'ambition démesurée, qui voit les fameuses soucoupes volantes du titre (des soucoupes de service à thé, sacré Ray!) voler sur Washington et détruire ses plus prestigieux édifices. Une scène qui, malgré les années et son aspect suranné à bien des égards, continue néanmoins de fasciner (à défaut de faire peur) par son extraordinaire capacité à repousser les limites des techniques mises à sa disposition à l‘époque.

Une inexorable ferveur que l'on retrouve enfin dans A des Millions de Kilomètres de la Terre, où après le crash d'une fusée de l'US Air Force, un jeune pêcheur italien récupère un spécimen inconnu qu'il vend à un vieux professeur féru de zoologie. Après s'être échappée, la créature ne cesse de grandir, devenant une sorte d'hybride reptilien rapidement gigantesque qui va semer la panique dans les rues et les monuments de Rome. Cette fois, c'est le très doué Nathan Juran (qui prêtera bientôt sa caméra aux créatures d'Harryhausen à l'occasion du premier des trois futurs Sinbad) qui filme le monstre et ses victimes. Parmi elle, on retrouve encore Joan Taylor pour qui cette fois le scénario, plus fouillé, va prévoir une idylle avec son partenaire principal (William Hopper, qui sort d'un combat avec une mante religieuse géante devant la caméra du même Juran). On sent, avec cette troisième production, rythmée, mieux écrite et confiée à un réalisateur plus expérimenté, que Schneer et Harryhausen commencent à trouver leur rythme de croisière. Toujours est-il que le climax donne une nouvelle fois au pape de la stop-motion l'occasion de s'affirmer, d'affiner ses techniques et de même rendre un vibrant hommage au King Kong de ses prédécesseurs.

Si ces trois films ne sont donc certainement pas sortis indemnes des épreuves du temps, la méconnaissance scientifique et la naïveté de l'époque seyant effectivement très mal à l'actuelle, rongée en plus par un cynisme forcené, il serait néanmoins problématique de ne pas leur reconnaître le statut d'oeuvres primordiales, au risque d'un révisionnisme patenté de tout un pan, voire l'intégralité, du cinéma fantastique qui suivit. Sans Ray Harryhausen, pas de Mars Attacks (remake officieux des Soucoupes Volantes Attaquent), pas de Jurassic Park (d'où provient cette démarche chaloupée des dinosaures, à votre avis?) et pas de toutes ses merveilleuses bobines qui sortirent dans les décennies suivantes. C'est un fait, Ray Harryhausen fut la pierre angulaire, l'élément fondamental, offrant à l'imagination, au merveilleux, et à nos yeux ébahis, une possibilité de réel. Pour tout ça, et bien plus encore : Merci !

Laurent Valentin












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Image :
Comme dans le coffret sorti il y a quelques temps chez les Anglais de Powerhouse, Sidonis nous gratifie des versions noir et blanc et couleurs des trois films. Dans les deux cas, la restauration oscille entre images claires et détaillées comme jamais les pellicules de l'époque n'en furent capables et plans aux images floues et granuleuses. Sans surprise, c'est le film le plus âgé (Le Monstre Vient de la Mer) qui en souffre le plus, tandis que Les Soucoupes Volantes Attaquent s'en sort magnifiquement bien (cette scène finale d'une finesse éblouissante!). Quant à A Des Millions de Kilomètres de la Terre, c'est sur la version colorisée que se trouve le plus grand défaut. Notamment dans l'introduction, où l'ajout des couleurs (entre jaune et sépia) se conjuguent mal avec un effet de fumée.

 


Son :
Attention, seul Les Soucoupes Volantes Attaquent contient une version française ! Les deux autres films ne sont donc disponibles qu'en vo (sous-titrée ou pas). La version originale est proposée soit sur sa version deux canaux mono d'origine ou bien en version 5.1. Si la version six canaux est bien évidemment plus ample, la version d'origine, plus étouffée mais aussi restaurée (aucun artefact sonore de type craquement, chuintement... n'est audible) est une véritable invitation vintage. Le même soin est apporté pour les trois films.

 


Interactivité :
Beaucoup de bonus intéressants sur les trois galettes. Dans ceux du Monstre Vient de la Mer, un entretien avec Ray Harryhausen mené par l'un de ses évidents héritiers. Tim Burton, comme un gamin devant le maître, à qui il arrache avec délice certains de ses secrets concernant la conception de ses créatures et de ses effets, le manque de moyen sur ses productions, l'influence de Gustave Doré sur son œuvre... Suit un entretien d'Harryhausen sur le film lui-même, où il se remémore ses souvenirs et le témoignage de certains de ses héritiers, dont John Bruno, terrorisé par le fait de traverser le Golden Gate Bridge en voiture après la projection du film. Suivent une featurette sur le matériel publicitaire d'origine (affiches, dossier de presse) dont profita le film à sa sortie et un commentaire audio à quatre voix (Harryhausen, Arnold Kunert, Randy Cook et John Bruno).
Pour Les Soucoupes Volantes Attaquent, un entretien avec Joan Taylor datant de 2007 où elle évoque l'incroyable permission qui fut donnée à la production de réellement filmer dans les jardins du Pentagone, un documentaire revenant sur la personnalité de Bernard Gordon, un des scénaristes du film, accusé de communisme à l'époque et, toujours, un entretien avec Harryhausen et un commentaire audio.
Enfin, pour A des Millions de Kilomètres de la Terre, un entretien très instructif d'une vingtaine de minutes revient sur l'oeuvre et les méthodes de travail de Mischa Bakaleinikoff, compositeur des trois films. Un autre revient sur les méthodes de colorisation des trois pellicules, puis suivent l'entretien habituel avec Ray Harryhausen et un commentaire audio. De quoi tenir des dizaines d'heures et de devenir incollable sur l'oeuvre du Maître de la stop-motion.

Liste des bonus Le Monstre vient de la mer : Commentaire audio de Ray Harryhausen, Arnold Kunert (producteur), Randy Cook (expert en animation) et John Bruno (expert effets visuels), Tim Burton s'entretient avec Ray Harryhausen (27'), Matériel publicitaire d'origine (18'), Ray Harryhausen se souvient du film (21).

Liste des bonus : Les Soucoupes volantes attaquent : Commentaire audio de Ray Harryhausen, Arnold Kunert (producteur) et des experts effets visuels Jeff Okun et Ken Ralston, Entretien avec Joan Taylor (17'), Bernard Gordon sur la Liste Noire (29'), Ray Harryhausen se souvient du film (21').

Liste des bonus À des millions de kilomètres de la Terre : Commentaire audio de Ray Harryhausen, Arnold Kunert (producteur) et des responsables effets spéciaux Dennis Muren et Phil Tippett, « Mischa Bakaleinikoff : le héros méconnu de la musique de film » (22'), La colorisation (11'), Ray Harryhausen se souvient du film (27').

 
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