LES 100 CAVALIERS – LE FILS DU CID
I Cento Cavalieri - Italie, Espagne, Allemagne - 1964
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Genre : Aventure
Réalisateur : Vittorio Cottafavi
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Italien DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 114 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 2 novembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Le X-ième siècle, en Espagne. Un village tente de préserver sa neutralité entre le comte de Castille et l'envahisseur maure mais se retrouve à céder devant un cheik rusé et ses cavaliers. Dans les collines, la résistance s'organise…
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La zizanie

Son échec en salles en 1964 mit plus ou moins un terme à la carrière de son réalisateur, contraint de s'exiler au petit écran. Fresque médiévale teintée de satire politique et religieuse, de comédie et de western, Les Cent Cavaliers nous revient cet automne dans une superbe édition blu-ray signée Artus. La grande œuvre de Vittorio Cottafavi est enfin réhabilitée.

Dès les premières minutes, on comprend aisément ce qui a pu déstabiliser les spectateurs de l'époque. Dans son atelier, un peintre travaille d'arrache-pied pour achever une grande fresque murale en l'honneur du nouveau maire de son village. Il s'approche de la caméra, mélange ses couleurs et se plaint lorsque, soudainement, son regard croise le nôtre. Brisant le quatrième mur, l'artiste s'adresse à son public, imitant Godard, Belmondo et le monologue en voiture d'À bout de souffle. L'entorse aux conventions est ici plus surprenante encore. Si la Nouvelle Vague française revendique sa nouveauté et son modernisme en refusant de s'inscrire dans un genre en particulier, Les Cent Cavaliers se déploie en technicolor et en cinémascope dans le contexte à priori balisé du grand spectacle populaire. Audacieux, Cottafavi bouscule le pouvoir de la fiction. En fait, il bouscule le pouvoir tout court.
Brouillon et égocentrique, parlant à toute vitesse, le peintre peine à poser un cadre à son histoire et la scène qui suit le contredit aussitôt. Sur la grande place d'un village « paisible » et « pacifiste », la foule est déchaînée et des bagarres éclatent aux quatre coins du cadre. Les notables et le peuple n'arrivent pas à s'entendre, hommes et femmes n'arrivent pas à s'entendre. La démocratie a des allures de joyeuse cacophonie tandis que le « héros » (Mark Damon, beau gosse et falot juste ce qu'il faut) négocie le prix comme un gamin capricieux face à une femme qu'il n'impressionne évidemment pas, fuit les ennuis s'en demander son reste et se fait corriger et dérober sa marchandise par des bandits un peu ridicules dirigés par ... un nain! L'élégance du cadre, le soin apporté à la photographie, aux décors et aux costumes, tout cet argent pour ... une farce ? Ce premier quart d'heure il est vrai assez éreintant est en réalité d'une intelligence redoutable et exige du public de ne pas se fier aux apparences, de ne pas croire aveuglément. Au milieu des querelles entre chrétiens et musulmans, Vittorio Cottafavi ose clamer son athéisme et une approche moins manichéenne de l'Histoire.

 

Aux chiottes les religions !


Plutôt que de donner le sale rôle au cheik Abengalbon et à son armée, le réalisateur (mais aussi co-scénariste) multiplie les nuances et les contre-exemples, allant jusqu'à jouer des couleurs. Si les méthodes de l'envahisseur maure rappellent celle des nazis (le cheik est d'ailleurs interprété par un allemand - sic!) avec la mise en scène de l'insécurité pour gagner la confiance du peuple et les attraits d'une discipline de fer et de la richesse, le musulman n'est pourtant pas un barbare enturbanné qui pend et torture à qui mieux mieux. Le fils du cheik affiche avec sincérité sa curiosité de la culture chrétienne, l'échange de techniques agricoles se fait de bon cœur et, plus déconcertant encore, ces « méchants » sont vêtus de tuniques bleu ciel flattant le regard. La symbolique du rouge, du noir ou du vert est très justement écartée.
Les « bons » ne sont pas forcément mieux lotis. Leur cause a beau être juste, ils sont chamailleurs, hypocrites, menteurs, voleurs, lâches parfois et même ridicules puisque le père du brave Fernando n'est ni plus ni moins qu'un Don Quichotte médiéval de pacotille recevant des leçons d'un moine bien plus au fait des techniques de la guerre.
Tout en mettant dos à dos les religions dans leurs luttes mesquines et sans avenir, Cottafavi livre un discours encore plus féroce à l'encontre de la politique. Lancé dans un discours abscons et cynique sur la guerre du futur, le comte de Castille en prend pour son grade, vieillard à l'égo boursouflé et sans une once d'humanité. Au pied de sa forteresse, on s'apprête à cacher les mutilés des guerres précédentes histoire de ne pas effrayer les jeunes et lorsque le conflit éclate lors d'une bataille finale très attendue, le cinéaste passe au noir et blanc et prive le spectateur d'un spectacle coloré et de la vue du sang. Et le film de se conclure sur un double mariage mixte, la promesse d'une vie à peu près heureuse et une nouvelle intervention face caméra du peintre facétieux.

Tout en affichant une mise en scène particulièrement soignée et qui n'a rien à envier aux superproductions hollywoodiennes d'alors (la découverte des suppliciés, la procession dans la forêt et la charge de cavalerie sont plastiquement superbes), Les Cent Cavaliers est un drôle de film qui ne se laisse jamais dompter, refusant un temps le confort d'une narration classique pour mieux en abuser la scène suivante. Forza Vittorio !

Alan Wilson








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Image :
Un peu de grain et un soupçon de bruit vidéo sur une copie par ailleurs immaculée et à la colorimétrie parfaitement équilibrée. Les scènes de foule et les mouvements d'appareils sont mis à l'honneur au travers d'une définition et d'une compression solides. Quant au bref passage au noir et blanc lors du climax, il s'effectue dans la plus grande fluidité qui soit avec des teintes sépia du plus bel effet.

 


Son :

Plus d'efforts ont été fournis pour les dialogues que pour la musique, parfois nasillarde et sous-mixée. Point de souffle ni d'aiguës disgracieux toutefois et il est possible de monter le son sans prendre de risques. Attention à la version française qui comporte de nombreux trous, la version italienne sous-titrée reprenant dès lors ses droits.

 


Interactivité :
Accompagné d'un formidable livret d'une soixantaine de pages mariant histoire et cinéma sur le thème de la Reconquista espagnole (lecture obligatoire!), le film est en outre décrypté dans un bonus vidéo par le professeur François Amy de la Bretèque. Près d'une demi-heure d'érudition souriante, ça ne se refuse pas.

Liste des bonus : Livret, Diaporama, Bande-annonce, Présentation du film par François Amy de la Bretèque

 
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