À BOUT DE SOUFFLE
France - 1960
Image plateforme « Blu-Ray »Image plateforme « Bluray 4K »
Image de « À Bout de souffle »
Genre : Drame
Réalisateur : Jean-Luc Godard
Musique : Martial Solal
Image : 1.33 4/3
Son : Français DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titre : Aucun
Durée : 90 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 4 novembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « À Bout de souffle »
portoflio
LE PITCH
Ayant abattu un motard de la police lors d'un contrôle routier, Michel Poiccard fait désormais l'objet d'une chasse à l'homme sur tout le territoire. À Paris, il retrouve Patricia, une étudiante américaine dont il est amoureux...
Partagez sur :
"si vous n'aimez pas..."

Soixante ans et toutes ses dents ! Studiocanal souffle les bougies pour le film culte de Jean-Luc Godard avec un joli gâteau en 4k et tout plein de cadeaux en garniture. Plutôt généreux pour une petite série B sans le sou et en guerre contre à peu près tout. Y compris contre elle-même.

« Si vous n'aimez pas la mer, si vous n'aimez pas la montagne, si vous n'aimez pas la ville, allez vous faire foutre ! » Par le biais de son personnage principal qui, clope au bec et au mépris des conventions de la fiction, interpelle directement le spectateur, Godard cherche les emmerdes. Il ne les a manifestement pas trouvé puisqu'À bout de souffle est devenu presque du jour au lendemain l'un des emblèmes de la Nouvelle Vague française, ce courant cinématographique lancé par les plumes militantes des Cahiers du Cinéma. Ironie populaire, la blague d'un pince sans rire en forme de majeur fièrement tendu s'est transformé en jalon incontournable de l'Histoire du 7ème Art. Et sans doute - formulons du bout des lèvres cette hypothèse blasphématoire - pas pour les bonnes raisons.
C'est François Truffaut qui, le premier, s'empare de l'histoire de Michel Portail. En 1954, le truand tua un agent de police sur la route du Havre et fit la une de France Soir. Un fait divers qui porte en lui les germes d'une tragédie sur une jeunesse tournée vers la violence et le système qui lui fait face. Truffaut abandonne son traitement au bout de quelques pages et refile le bébé à Godard. Ce dernier y voit l'occasion d'un polar noir à l'américaine comme il les affectionne tant. De ces sages ambitions, il ne reste que peu de traces dans le produit fini. Un clin d'œil à Humphrey Bogart, un caméo inutile mais assez jouissif de Jean-Claude Melville et une bande-son jazzy. Parce que dès le début du tournage d'À bout de souffle, Jean-Luc Godard balance son scénario par la fenêtre et le réécrit, l'improvise, au jour le jour et suivant son humeur. Sa révolution sera formelle plus que narrative. Avec son opérateur Raoul Coutard, le jeune cinéaste repousse les limites du cinéma vérité avec une caméra heurtée et impatiente qui s'insinue partout et saisit au vol la vie parisienne de l'été 1959. Au montage, Godard piétine le réalisme obtenu en multipliant les jump cuts, une pirouette qui lui permet de passer d'un premier montage de près de trois heures à un résultat final de seulement 90 petites minutes.

 

Bébel, Acte I


Intrigue prétexte, rythme syncopé, interprétation inégale, à aucun moment Godard ne recule et ne dévie de sa proposition de cinéma pour le moins radicale. Et c'est tout à son honneur. Punk avant l'heure, hip-hop avant l'heure, À bout de souffle conserve une incroyable jeunesse et une liberté de ton dont on comprend aisément la force de séduction. Pour autant, voilà un film qui, sans jamais le nier, ne raconte pas grand chose et ne le raconte pas très bien. Le suspense ne ressurgit que par accident et les amants tragiques ne sont pas franchement émouvants. La faute au jeu très évasif d'une Jean Seberg qui faillit quitter le navire plus d'une fois et qui ne semble pas tout à fait être là. C'est donc par un hasard pas loin d'être incompréhensible que son personnage de Patricia est devenu une icône, ses cheveux courts, son accent américain et cette méthode si désinvolte de vendre le Herald Tribune dans les rues de la capitale. On se demande si Godard ne cherche pas en fait à la rendre antipathique et vide dans une espèce de réquisitoire misogyne ... que le public aura interprété à l'envers ! Le franco-suisse a créé un monstre, a tenté de le tuer et le monstre a fini par se retourner contre lui. Paradoxe sur pellicule et burn out cérébral à l'horizon. Fin du blasphème.

Que reste t-il d'À bout de souffle qui fasse consensus ? Sachant qu'À bout de souffle fuit le consensus comme la peste. Jean-Paul Belmondo, pardi ! Âgé d'à peine 27 ans, le bagarreur de la bande du Conservatoire ne pouvait rêver d'une meilleure tribune que le film de Godard pour faire éclater son talent, son magnétisme, son charme brut. Avec une insolence sans précédent, le mythe Bébel prend forme devant une caméra qui peine parfois - impression à peine perceptible - à le suivre. Tornade inespérée, Belmondo propulse le film haut, très haut. Sans lui À bout de souffle n'aurait pas laissé la même marque dans l'imaginaire collectif. Sans À bout de souffle, Belmondo aurait sans doute dû ronger son frein encore longtemps avant de trouver chaussure à son pied.

Alan Wilson








Partagez sur :
 

Image :
Plutôt que de chercher le grain et des contrastes marqués, la restauration recherche la douceur et le velouté d'un noir et blanc capté sans chichis. Un choix risqué mais qui ne pénalise pas une définition pointue qui répond à l'appel, même en basse lumière ou à contre-jour. Le travail sur les teintes et les textures est même assez phénoménal et pérennise la jeunesse et la force brute de l'œuvre.

 


Son :
Là encore, les restaurateurs marchent sur des œufs. Les dialogues sont clairs sans en imposer. La musique de Martial Solal occupe l'arrière-plan sans faiblir. Et les ambiances, aussi minimalistes soient t-elles, procurent un vrai sentiment de réalisme. Du travail d'orfèvre et non du bidouillage.

 


Interactivité :
Cédric Klapish, Albert Dupontel, Guillaume Canet et quelques autres se succèdent pour témoigner de l'impact d'À bout de souffle sur leur carrière, sur leur art, dans un module passionnant et très bien agencé d'une demi-heure. Journaliste et critique anglais, Colin McCabe présente le film dans un style percutant et totalement approprié à la découverte. Un entretien avec Jefferson Hack, conservateur et cinéphile, n'apporte rien de plus et peut aisément être zappée. Mieux vaut se tourner vers le seul document d'époque inclus : seize minutes d'une émission Tempo consacrée à Godard et qui date de la sortie de Pierrot le fou, idéale pour appréhender le culte entourant le cinéaste au plus fort de son succès dans les 60's. La vraie perle de cette édition est le film documentaire Chambre 12 : Hôtel de Suède réalisé par Claude Ventura et Xavier Villetard diffusé en son temps sur Arte et réalisé en 1993. Un film introspectif au ton un peu trop arty pour convaincre pleinement mais qui ne manque pas de moments forts avec des propos de Claude Chabrol, Raoul Coutard, Belmondo (au téléphone), etc. Seul Godard refusa d'offrir sa participation au film mais son absence, cohérente avec la personnalité du cinéaste et son œuvre, est presque une valeur ajoutée. Les bonus épuisées, les goodies prennent le relais avec un livret de 40 pages, des photos, une affiche et un 33T de la bande originale de Martial Solal. De quoi se réjouir le temps de quelques cafés clopes et d'un débat houleux entre cinéphiles.

Liste des bonus : Introduction de Colin MacCabe, producteur et écrivain (5') / « Toujours pas... À bout de souffle » : documentaire sur l'influence du film avec Cédric Klapisch, Albert Dupontel, Guillaume Canet, Christophe Lambert et Antoine Duléry (inédit, 33') / « Chambre 12, Hôtel de Suède » réalisé par Claude Ventura (auteurs : Claude Ventura et Xavier Villetard, 1993, 79') / Godard Épisode Tempo (17') / Interview de Jefferson Hack (8') / Bande-annonce 2020

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020