GWENDOLINE
France - 1984
Image plateforme « Blu-Ray »Image plateforme « Bluray 4K »
Image de « Gwendoline  »
Réalisateur : Just Jaeckin
Musique : Pierre Bachelet
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Aucun
Durée : 105 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 13 juillet 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Gwendoline  »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Décidée à retrouver son père disparu, parti en quête d'un papillon rare, Gwendoline se lance à sa recherche avec l'aide de Beth, sa demoiselle de compagnie. Parvenues dans un port malfamé de Chine, les deux jeunes femmes sont kidnappées par des truands, puis libérées par un aventurier nommé Willard. Ce dernier accepte alors d'accompagner Gwendoline et Beth dans un long périple qui les conduira jusqu'à la mystérieuse contrée de Yik-Yak. Là-bas, au cœur d'un volcan, une reine crue...
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L'aventure c'est l'aventure

Réalisateur du carton planétaire Emmanuelle, Just Jaeckin est pour beaucoup resté l'homme d'un seul film, ou alors d'un seul genre, l'érotisme, auquel il délivra suivant Histoire d'O, Madame Claude et L'Amant de Lady Chatterley. Le grand photographe a pourtant toujours eu d'autres ambitions comme le prouve Gwendoline, film d'aventure exotique en forme de délicieuse anomalie.

Comme il le rappelle une nouvelle fois dans les suppléments de cette très belle édition signée Le Chat qui fume, Just Jaeckin s'est immédiatement senti pris au piège dans le succès, hallucinant, de son premier long-métrage le fameux Emmanuelle ouvrant d'un coté la voie à une libéralisation du cinéma français, et une crispation certaine à l'encontre de son auteur, perçu comme un spécialiste de l'érotisme au mieux, un pornographe opportuniste au pire. S'il n'arrivera jamais à totalement se dégager de ce carcan, voyant ses projets de spectacles familiaux fermement rejetés, cette étrange adaptation de la BD fétichiste bondage Adventures of Sweet Gwendoline de John Willie, ressemble finalement à une forme d'aboutissement, d'émancipation en tous cas. Il ne s'embarrasse d'ailleurs clairement pas d'une réelle fidélité au matériau de base, déviant volontairement du programme pour adulte attendu pour se tourner vers un spectacle débridé, totalement frivole et certainement à prendre au second, troisième et quinzième degré. Le budget est pourtant assez considérable, permettant ainsi une première partie « chinoise » richement reconstituée dans de gigantesques studios à la manière d'Indiana Jones et le temple maudit (qui sort d'ailleurs la même année), avant d'embarquer tout le monde pour une traversée d'une jungle luxuriante, d'un désert à perte de vue avant atterrir dans des carrières sans fin aménagées en cité hors du temps. Aidé par les designs et créations imagées du duo de créateurs de BD François Schuiten et Claude Renard (Métamorphoses, Le Rail...) cette dernière partie tout particulièrement impressionne par sa stylisation outrée, ses installations futuristes où se côtoient machines de tortures gentiment masochistes, donzelles en armures servant de montures pour des courses de chars et autels entièrement dédiés à la mise à mort sexuelle de solides gaillards.

 

papillon de luuumière


Ce changement progressif d'environnement et d'esthétique, démontre de la frénésie créatrice qui semble frapper Jaeckin. Il se laisse ainsi emporter dans son amour d'un cinéma désuet, kitch et naïf piochant autant dans les vieux films d'aventures américains (n'hésitant pas à faire apparaître un crocodile en carton-pâte), et leurs excroissance plus foutraque comme les fumeti, mêlant justement ces apparats à une violence absurde (oreilles arrachées et cannibales affamés), des demoiselles gratuitement dénudées et un humour pas loin du splastick. Gwendoline ne va en définitive jamais là où on l'attend, fusionnant spectacle naïf avec érotisme un poil déviant, ambitions de blockbuster européen avec un surréalisme insouciant. Un mélange des genres qu'à parfaitement compris Pierre Bachelet qui fut, rappelons-le un excellent compositeur de film, alternant les grandes envolées synthétiques avec les contre-pieds entêtants. Le bougre en profitera d'ailleurs pour y piocher dès l'année suivante les mélodies de ces tubes Flo et surtout En l'an 2001, ce qui donne forcément une drôle de saveur à la séquence où le trio d'aventurier s'essaye à la masturbation à distance... Admirablement filmé, joyeusement rythmé et souvent particulièrement drôle, Gwendoline gagne certainement à être redécouvert en France et devrait depuis longtemps profiter du fameux label « culte » dont certains pays étrangers l'on déjà affublé. Ne serait-ce que pour la partition inoubliable des deux actrices têtes d'affiche. Non pas la très jolie mais un peu niaise Tawny Kitaen ou le bellâtre en costume de marin Brent Huff, mais bien Bernadette Lafont jubilant en vilaine reine d'un Alice au pays des merveilles particulièrement coquin et la débutante Zabou. Alors tout juste croisée dans Elle voit des nains partout ! de Jean-Claude Sussfeld , La Boum 2 de Claude Pinoteau et Banzaï de Claude Zidi, elle donne ici clairement de sa personne, participant sans détour à la mise à nue générale, mais a surtout la capacité à apporter à chacune de ses scènes une malice et un décalage irrésistibles, rappelant par ses bouderies, grandes élucubrations et clins d'œil coquins que Gwendoline ne se prend jamais au sérieux. Du cinéma entièrement dédié aux plaisirs : on peut y picorer comme le dévorer goulûment.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Si le film était déjà apparu à l'étranger en HD (en particulier chez Severin dont certains bonus de cette édition sont issus), l'édition de Gwendoline de Le Chat qui fume est une première mondiale puisqu'elle est la seule à proposer le dernier scan 4K sur support Bluray et UHD qui plus est ! Décidément notre éditeur national aime nos productions hexagonales hors normes et ça se voit. Nouvelle preuve donc avec cette restauration de feu de dieux (oui rien que ça) qui impose une copie resplendissante, extrêmement propre et stable, et qui respecte jusqu'au bout la nature même du film par un grain naturel et harmonieux et de superbes reflets argentiques. C'est évident sur le disque Bluray, c'est d'autant plus frappant sur la galette UHD qui délivre un piqué plus creusé encore, un relief renversant et bien entendu des teintes riches et chaudes, tout autant qu'une lumière qui varie en fonction des alternances studios, décors naturels, mais toujours avec une même fermeté. Peut-être que le plus satisfaisant ici reste la minutie et la délicatesse avec lequel le support est abordé, semblant refuser les excès et les retouches photographiques de certains grandes éditeurs américains.

 


Son :
La piste française étant celle que préfère Just Jaeckin, c'est la seul et unique proposée ici et cela n'a rien de dérangeant. Même la post-synchronisation générale (doubleurs pour les acteurs américains, vrai cast pour les français) ajoute à l'atmosphère rétro du métrage. La piste DTS HD Master Audio 2.0 est de tout façon irréprochable avec une clarté constante, de jolis équilibres et une jolie dynamique stéréo tout à fait dans le ton.

 


Interactivité :
Nouveau fourreau digipack trois volets pour Le Chat qui fume avec un visuel certes efficace mais qui ne rend pas forcément compte de l'ambiance du film (quelque chose de plus suranné peut-être), mais peut importe l'édition est une nouvelle fois très réussie. On retrouve ainsi une grande partie des suppléments produits par Severin en 2019, avec des rencontres toujours très intéressantes avec Françoise Deleu, la chef décoratrice du film (et la première femme a être reconnu à ce post en tant que tel), les artistes de BD François Schuiten et Claude Renard et le producteur Jean-Claude Fleury. Sans doute est-ce le caractère franco-belge, mais le ton est à chaque fois extrêmement franc et détendu, et les intervenants évoquent aussi aisément les charmes de l'entreprise que les situations plus compliquées, comme le montage financier du film ou sa difficile réception en France. Just Jaeckin est présent par deux fois avec une interview américaine se concentrant sur Gwendoline et une autre inédite brassant plus largement la carrière du bonhomme. Deux approches complémentaires qui permettent de revenir sur un cinéaste très souvent éreinté par la critique et la bonne morale française, se remémorant douloureusement son premier Emmanuelle, et beaucoup plus chaleureusement ce Gwendoline beaucoup plus ensoleillé.
Attention, cette édition collector comme toujours limitée à seulement 1000 exemplaires ne sera pas rééditée par la suite, puisque le contrat avec Gaumont implique que le studio reprendra la main sur le film pour le commercialiser ensuite en DVD simple.

Liste des bonus : Just par Jaeckin avec le réalisateur Just Jaeckin (33'), L'effet papillon, avec Just Jaeckin (14'), Le paradis du bondage, avec François Schuiten et Claude Renard (34'), Les périls de la production, avec Jean-Claude Fleury (18'), Les voyages de Gwendoline, avec Françoise Deleu (14'), Film annonce

 
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