LA TRILOGIE DE LA VIE 
Il Decameron / I racconti di Canterbury / Il fiore delle Mille e Una notte - Italie - 1971, 1972, 1974
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Genre : Fantastique
Réalisateur : Pier Paolo Pasolini
Musique : Ennio Morricone
Image : 1.85 16/9
Son : Italien, Français & Anglais DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 350 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 12 octobre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
De film en film, une série d'histoires courtes sélectionnées et adaptées par Pier Paolo Pasolini à partir des écrits de Boccace, Chaucer et des célèbres contes du Moyen-Orient …
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Il était une fois la vie

18 ans après sa sortie initiale en coffret DVD, la trilogie de la vie de Pasolini s'offre une mise à jour bienvenue. Une attente récompensée par un confort de visionnage optimale, indispensable à la (re)découverte d'une des œuvres majeures de ce cinéaste révolutionnaire.

Si le public des années 70 dut attendre trois ans pour appréhender cette trilogie dans son intégralité, la distribution vidéo contemporaine permet d'enchaîner les trois long-métrages sur quelques jours (ou sur un long après-midi, pour les plus motivés). De quoi faciliter grandement la compréhension d'une anthologie de paraboles conçue comme un tout cohérent. Quel est le point commun entre les trois œuvres littéraires qui servent de point de départ à la trilogie de la vie ? À l'origine, sorti des tournages de Porcherie et de Médée, Pasolini ne s'intéresse qu'au Décaméron de Boccace. La représentation du nu, du corps et du sexe étant au centre de ses ambitions formelles à venir, le réalisateur et scénariste s'avoue séduit par ce recueil de nouvelles humanistes et paillardes faisant le lien entre le Moyen-Âge et la Renaissance. Il juge pourtant sa vision comme incomplète et pense alors aux Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer puis, par effet de ricochet, aux Milles et une nuits. Le monde latin, le monde anglo-saxon et le Moyen-Orient, carrefour de l'Afrique et de l'Asie. Cette répartition géographique et culturelle étendue lui permet d'atteindre la portée universelle rêvée. Le caractère ludique et populaire de ces œuvres lui offre en outre de séduire un public plus large, pas forcément accoutumé (voire allergique) à l'austérité exigeante de son cinéma.
Pasolini s'entoure de ses fidèles, Danilo Donati aux costumes, Dante Ferretti aux décors et les acteurs Franco Citti et Ninetto Davoli. Loin de ses compositions habituelles, Ennio Morricone s'applique à recréer un univers musical « d'époque » aux tonalités folkloriques. Les films se tournent entre la Campanie, la Sicile, le Royaume-Uni, la France, le Yémen, l'Éthiopie et le Népal. Un authentique tour du monde et une quête d'authenticité qui se verra récompensée par un ours d'argent en 1971 (Le Décaméron), un ours d'or en 1972 (Les Contes de Canterbury) et un prix spécial du jury à Cannes en 1974 (Les Milles et une nuits) avec une réponse du public parfois très contrastée.

 

Le soleil, la pluie et le sable


À bien des égards, la trilogie de la vie constitue l'accomplissement le plus lumineux, joyeux et libre de la filmographie de Pier Paolo Pasolini. Sur la forme, le cinéaste ne renonce pas à son style. Les plans d'ensemble sont l'occasion de livrer des compositions picturales séduisantes, d'un portrait de la Madone (campée par Silvana Mangano) dans Le Décaméron à une vision iconoclaste et provocatrice de l'Enfer dans Les Contes de Canterbury sans oublier la cour du Roi (ou plutôt, de la Reine) dans Les Milles et une nuits. On retrouve aussi une caméra portée très naturaliste et ces champs contre champs à la limite du regard caméra et qui interpelle sans cesse le spectateur. Le choix d'un recours quasi systématique à des acteurs non professionnels dont il cadre avec insistance les visages et les corps à mille lieux des canons de la beauté ainsi que l'usage fort à propos de décors naturels accentuent le réalisme et la proximité et contraste avec un fantastique naïf où des effets spéciaux rudimentaires se marient harmonieusement aux costumes extravagants et colorés de Danilo Donati.
L'hypocrisie de la religion et de la bourgeoisie demeurent dans le collimateur de Pasolini mais il s'y attaque avec un humour frontal, teinté d'ironie bon enfant et sur le ton de la farce. L'un des segments des Contes de Canterbury n'hésite d'ailleurs pas à rendre un hommage franc et inattendu au burlesque de Charlie Chaplin, rupture de ton ô combien jouissive facilitée par le jeu clownesque du fabuleux Ninetto Davoli.
Le sexe reste néanmoins la thématique centrale du triptyque et bouscule chaque fois un peu plus les limites de ce qu'il est convenable d'exposer sur grand écran. Car là est le sens même de la vie selon Pasolini. En creux, le réalisateur de Théorème réaffirme son homosexualité mais pas seulement. Adultère et libertinage sont célébrés sans faux-semblants avec une joie de tous les instants, même lorsque la mort ou la tragédie s'invitent à la fête. En exposant plein cadre et au regard d'une jeune nonne renonçant clandestinement à son vœu de chasteté un sexe en érection, Pier Paolo Pasolini fait voler en éclat une pudeur mortifère. En dévoilant les secrets d'un jardin où des divinités païennes se montrent tout sourire dans une nudité assumée, Pier Paolo Pasolini scelle les noces entre sexualité et spiritualité. En observant avec un sourire complice les étreintes successives de deux adolescents de quinze ans, Pier Paolo Pasolini nous rappelle qu'en dépit de la moralité, la sexualité est la pierre angulaire de l'innocence.

Avant la radicalité antifasciste et la noirceur de Salo ou les 120 journées de Sodome, il y eut donc l'obscénité salutaire des peintures amoureuses de la trilogie de la vie et en ces temps troublés où l'obscurantisme et la cancel culture frappent à nos portes, la piqûre de rappel est d'utilité publique.

Alan Wilson










Le Décaméron : © 1971 ALBERTO GRIMALDI PRODUCTIONS, S.A. Tous droits réservés.

Les Contes de Canterbury : © 1972 ALBERTO GRIMALDI PRODUCTIONS, S.A. Tous droits réservés.

Les Milles et une nuit : © 1974 METRO-GOLDWYN-MAYER STUDIOS INC. Tous droits réservés.
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Image :
Sans dénaturer le grain propre à l'esthétique à la fois rugueuse et très travaillée des trois films, cette remasterisation fait honneur aux couleurs, à la lumière naturelle et aux costumes détaillés de Danilo Donati. Quelques plans en basse lumière fourmillent un peu et les incrustations approximatives des effets spéciaux des Milles et une nuits se détachent un peu de copies à la jeunesse retrouvée. Point fort pour les plus coquins d'entre vous, la précision de la définition vous permettra de contempler sans forcer le regard les nombreuses toisons pubiennes d'un casting très souvent dénudé. Quand la restauration satisfait à ce point les cinéphiles polissons, on dit merci qui ? Merci Jacquie ..., pardon, merci Carlotta !

 


Son :
Rien à redire sur des mixages très propres, quel que soit la langue choisie (dialogues un peu plus forts sur les pistes italiennes), avec un minimum de saturation dans les aiguës, des pistes musicales très vivaces et des ambiances discrètes. Le plus bel ajout concerne la version anglaise « officielle » des Contes de Canterbury, plus crédible que la post-synchro italienne.

 


Interactivité :
Il est un peu regrettable que Carlotta n'ait pas jugé utile d'inclure de nouveaux suppléments mais l'interview en trois parties d'un dizaine de minutes de l'amant et acteur fétiche de Pasolini, Ninetto Davoli (encore lui!) réserve son lot d'anecdotes sur la personnalité du cinéaste, moins austère que l'on veut bien le croire. Plus intéressantes sont les vingt minutes de scènes coupées des Milles et une nuits, joliment restaurées et qui témoignent de l'ambition de ce troisième opus, raccourci et retravaillé au montage. Dommage que ce matériel inédit soit présenté sans mise en contexte, ni explication. Le tout est emballé dans un beau coffret cartonné au visuel très réussi.

Liste des bonus : « Ninetto Davoli, l'ami pasolinien » : entretien avec Ninetto Davoli, 1ère partie (12 min) / Diaporama de photos / Bande-annonce d'époque (VOST) / « Ninetto Davoli, l'ami pasolinien » : entretien avec Ninetto Davoli, 2ème partie (11 min) / Diaporama de photos / Bande-annonce d'époque (VOST) / « Ninetto Davoli, l'ami pasolinien » : entretien avec Ninetto Davoli, 3ème partie (11 min) / Scènes coupées (21 min) / Diaporama de photos de plateau inédites / Bande-annonce d'époque (VOST)

 
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