LE RELAIS DE L'OR MAUDIT
Hangman's Knot - Etats-Unis - 1952
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Le Relais de l'or maudit »
Genre : Western
Réalisateur : Roy Huggins
Musique : Divers
Image : 1.33 4/3
Son : DTS-HD Master Audio 2.0 Anglais et Français
Sous-titre : Français
Durée : 81 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 10 août 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Relais de l'or maudit »
portoflio
LE PITCH
Persuadés d'exécuter une mission pour les états du Sud, le major Stewart et son petit commando de confédérés apprennent, lors du pillage d'un convoi nordiste, que la guerre a pris fin un mois plus tôt. Leur armée vaincue, ils décident de se partager l'or avant de disparaître chacun de son côté mais se font vite prendre en chasse par des pseudo-shérifs locaux et trouvent refuge dans un relais de diligences.
Partagez sur :
L'Histoire selon Randolph

Le Relais de l'or maudit est l'unique réalisation pour le cinéma du prolifique scénariste Roy Huggins. Il est assez rare à cette époque et dans ce genre de tomber sur un film écrit et réalisé par un seul auteur, maître à bord dès son galop d'essai. Le résultat, sans être un chef d'œuvre, fait état d'un sens de l'organisation, du timing et des codes assez remarquable.

Ce « Randolph Scott » typique, qui voit l'acteur interpréter sa figure coutumière de pistolero droit dans ses bottes au sein d'une intrigue pleine de rebondissements, est l'un de ces westerns aux contours absolument classiques, mais particulièrement gourmands dans leur manière d'injecter au sein de leur structure des tas de trouvailles savoureuses qui font toute leur valeur. Il ne s'agit pas d'un grand geste esthétique comme on en trouve à la pelle chez Ford, Vidor ou Anthony Mann. Scott, contrairement à Kirk Douglas, James Stewart ou John Wayne, a toujours côtoyé des cinéastes très solides mais assez rarement de grands esthètes - ce qui explique sans doute en partie que la star soit quelque peu tombée dans l'oubli aujourd'hui, phénomène difficile à imaginer au vu de sa popularité à l'époque. En face de lui, le clairvoyant Huggins dresse la figure encore très jeune d'un Lee Marvin qui en profite pour roder son propre mythe de desperado sanguinaire, cristallisé plus tard par le Liberty Valance de John Ford et qui aura conféré au comédien une sauvagerie palpable jusque dans ses derniers rôles (Canicule, Chasse à mort, Delta force, entre autres), aussi diversifiés fussent-ils.

Rarement l'essence mythologique du western aura été aussi assumée et se sera démasquée avec autant de décontraction qu'au début de ce film, qui pose un cadre historique précis - la fin de la guerre de Sécession - mais verse immédiatement dans une représentation artificielle et codifiée du réel - celle de l'attaque des convois, des poursuites à cheval dans les grands espaces, de l'apothicaire charlatan (traître à sa cause, évidemment) et du règne des vigilantes et hors-la-loi à la gâchette facile qui ne ratent jamais leur cible. Huggins en profite même pour orchestrer aux trois quarts du métrage une confrontation musclée entre les deux antagonistes, ramassée mais efficace, qui use impeccablement du décor, des accessoires et de la présence discrète des personnages secondaires, et ressemble à s'y méprendre à une bagarre de saloon transposée dans un autre contexte (rappelant au passage tout ce que Lucky Luke, période Goscinny, doit à la filmographie de Randolph Scott). Au jeu fastidieux de la véracité historique, les exigences du genre marchent allègrement sur la tête de la reconstitution scrupuleuse et c'est tant mieux ! On ne redira jamais assez combien la fiction ne gagne rien à se soumettre à une prétendue réalité : le documentaire est fait pour ça.

 

Western Noir ?


Scott balade donc sa dégaine de confédéré moins vrai que nature dans un univers fantaisiste qui s'avère d'une générosité folle durant sa première moitié, avant de prendre un virage étonnant suite au repli des personnage dans le fameux relais du titre français (le titre original, moins démonstratif et plus poétique comme souvent, signifie littéralement « nœud du pendu »). Après diverses péripéties exécutées de main de maître, à l'image, par la seconde équipe de Yakima Canutt - auquel on devra bientôt la séquence la plus célèbre du Ben-Hur de William Wyler -, les ex-sudistes et leurs otages quittent en effet la frénésie des cascades en tous genres pour un huis-clos dont Jean-François Giré note, avec raison, qu'il s'apparente davantage au film noir qu'au western. Les « shérifs » lancés aux trousses de nos soldats en déroute encercleront les lieux et assiégeront la petite bande jusqu'à ce que mort s'ensuive pour les uns ou les autres. À dire vrai, la comparaison avec le film noir a ses limites : si l'atmosphère étouffante d'un huis-clos exigu, qui contraste tellement avec ce qui a précédé, est l'occasion de jouer davantage des trahisons et des études de caractère que des colts et des explosifs, rien ne vient vraiment assombrir la noblesse d'âme du héros et aucun portrait de femme fatale ne suscite l'ambiguïté (au contraire Donna Reed se tient au registre très classique de la femme positive et garante de la morale - une infirmière, qui plus est - auquel elle apporte toute sa finesse et toute sa classe). L'écriture reste donc parfaitement westernienne ; mais il est vrai que l'ambiance solaire cède la place à une photographie qui, elle, privilégie les ombres expressionnistes et les clairs-obscurs, croisés plus volontiers dans les intrigues urbaines contemporaines - et lorsque les extérieurs réapparaissent lors du dénouement, c'est en grande partie de nuit, sous une pluie battante, éclairés par la foudre comme si la partie en intérieur avait définitivement contaminé le récit.

La trajectoire du personnage de Stewart incarné par Randolph Scott ne subit donc pas les tourments d'un Humphrey Bogart. Lumineux, séducteur et charismatique jusqu'au bout, il est pourtant l'occasion pour Roy Huggins de s'amuser un peu avec cette curieuse éthique du meurtre et du sang qui caractérise le genre, soumis aux mœurs d'un temps prétendument barbare et de ses contrées sauvages où prédominait l'instinct de survie - et que nous, spectateurs, acceptons généralement sans sourciller alors qu'un Dirty Harry ou un Death Wish plus contemporains ne manquent pas de lever nombre de boucliers et posent de très nombreuses questions. Ainsi le héros commence-t-il ici par s'étonner de la répugnance de son jeune protégé à presser la détente de son arme. « Avant notre arrivée à la frontière texane, il faudra que tu deviennes un homme. », professe-t-il avec bonhomie. Puis, quelques minutes plus tard, lorsque Rolph (Lee Marvin), le violent de la bande, fait parler la poudre par pure vengeance personnelle, Stewart de s'offusquer : « Te rends-tu compte que tu viens de tuer un homme ?! » - un soudain scrupule qui a de quoi faire sourire ! En réalité sa position sur le sujet ne cessera de fluctuer en filigrane, au gré des situations qui s'imposent à lui et à ses compagnons, gagnant en gravité sans que le ton relativement léger du film en soit altéré pour autant.

Les (très nombreux) chefs d'œuvre du cinéma qui prennent appui sur l'Ouest américain ont tendance, le temps aidant, à cacher l'immense forêt des westerns sympathiques, inventifs, à la mise en scène souvent plus convenue mais aux propositions roboratives. Le Relais de l'or maudit est un fleuron de cette catégorie. Nombre de grands cinéastes ont commencé par là, et on ne peut que regretter que Roy Huggins, très prolifique dans le milieu par ailleurs, ne se soit que peu illustré dans le domaine de la réalisation au vu de cet essai.

Morgan Iadakan










Partagez sur :
 

Image :
Comme souvent lorsque le film est donné comme « de moindre envergure », la copie elle-même ne concurrence pas vraiment les restaurations d'œuvres « importantes ». Le grand gagnant de ce transfert haute définition est le panorama : la première partie dans les paysages rocheux de Lone Pine en Californie donne à voir ce fameux décor dans ses nombreux détails, et la façon dont Huggins inscrit ses personnages dans le cadre y fait briller de mille feux la grammaire typique du western. En revanche les intérieurs souvent lugubres de la seconde partie en sont pour leurs frais : là où les noirs plus présents et la façon plus subtile de couper la lumière ça et là auraient exigé davantage de définition pour être complètement lisibles et nous faire profiter des nombreuses finesse de la photographie, on se retrouve assez souvent, malheureusement, dans une ambiance terne avec une définition souvent approximative que pourrait concurrencer une bonne édition dvd. Cette disparité est d'autant plus dommage que l'on est projeté dans le film avec une image rutilante pour aller de mal en pis. Rien de totalement scandaleux, donc, mais un vrai goût d'inachevé. On saluera malgré tout, même en l'absence d'un master très qualitatif, cette première édition blu-ray d'un film qui gagne à se faire connaître davantage.

 


Son :
Un peu étouffée, sans grand relief si l'on excepte certains effets sonores très efficaces, même la version originale de la bande-son n'a rien de vraiment spectaculaire et ne soutient pas toujours la dynamique des images (qui se suffisent à elles-mêmes, ceci dit) comme on aurait pu l'espérer. Dialogues et musique se trouvent souvent au second plan derrière des ambiances sonores pas toujours très nettes. Néanmoins, aucune trace de souffle, ce qui est déjà un plus. La version française - guère plus glorieuse sur le plan technique - est surtout à fuir pour cause d'acteurs de doublage peu inspirés voire catastrophiques : pauvre Claude Jarman Jr. affublé d'une abominable voix française qui flingue littéralement son personnage pourtant très beau. Seul la valeur sûre Marc Valbel, trop tôt parti, et qui double heureusement Randolph Scott, tire évidemment son épingle du jeu.

 


Interactivité :
La petite contextualisation de Patrick Brion se concentre surtout sur Roy Huggins, dont il esquisse le parcours extrêmement riche de scénariste et de producteur, dans lequel Le Relais de l'or maudit est curieusement l'unique réalisation pour le grand écran. Son résumé du film, qui relève parfois de la simple paraphrase, ainsi que son évocation du légendaire Yakima Canutt, font un peu doublon avec la présentation de Giré ci-jointe, mais on se délectera de la façon dont il fustige gentiment les normes actuelles du cinéma hollywoodien dans lequel on passe désormais 2h30 à filmer moins de contenu que Huggins ne savait le faire en 80 minutes.
Jean-François Giré, quant à lui, enfonce le clou avec enthousiasme en se lançant dans un éloge bienvenu de l'impressionnant Yakima Canutt et de sa manière de régler les séquences de cascade, de la maîtrise de Roy Huggins dans sa mise en scène et son écriture virtuose des divers ressorts dramatiques, complétant son propos sur Randolph Scott - le film commençant de dessiner, d'après lui, une passionnante et très cohérente fin de parcours qui passera par les œuvres d'André De Toth, se transcendera dans celles de Budd Boetticher, et s'achèvera magnifiquement chez Sam Peckinpah.

Liste des bonus : Présentation de Jean-François Giré (13 min) ; Présentation de Patrick Brion (7 min) ; Bande-annonce (2 min)

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020