MICROHABITAT
So-gong-nyeo - Corée du Sud - 2017
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Genre : Drame
Réalisateur : Go-Woon Jeon
Musique : Divers
Image : 1.85 16/9
Son : Coréen DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 106 minutes
Distributeur : Spectrum Films
Date de sortie : 30 juillet 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Microhabitat »
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LE PITCH
Miso habite Séoul. Elle y est femme de ménage. Mais la vie devient tellement chère que, bientôt, elle est obligée de rendre son petit appartement. Elle va alors appeler ses ami(e)s musiciens avec lesquel(le)s elle formait autrefois un groupe et leur demander, pour plusieurs jours ou une nuit, de l’héberger.
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Hell joseon

Fortement remarqué et récompensé lors de nombreux festivals, Microhabitat, premier film d'une jeune réalisatrice coréenne, est par contre passé totalement inaperçu chez nous, en novembre 2018, lors de son exploitation en salles. De quoi motiver les Parisiens de Spectrum Films à lui donner une seconde chance dans nos lecteurs, en nous le proposant dans une copie somptueuse agrémentée de suppléments extrêmement intéressants (et en exclusivité mondiale s'il vous plait!).

Fin 2016, Séoul. Un énorme mouvement de contestation populaire vient à bout de la présidence de Park Geun-hye. Pendant plus de deux mois, bravant des températures hivernales frigorifiques, la « Révolution des bougies » vient à bout des malversations et de la corruption d'un gouvernement pourri jusqu'à l'os. Le tout sans violence et sans heurts, forçant sa présidente à s'excuser publiquement et l'emmenant tout droit jusqu'à la case prison pour une durée de 32 ans.
La Corée est un pays lointain, ses us et coutumes nous sont pour la plupart inconnus, et il faut probablement y vivre pour comprendre sa société, fondée sur la réussite du modèle économique de quelques grandes entreprises pesant énormément sur certains marchés mondiaux. Samsung, LG, Hyundai... des marques qui se sont imposées et dans l'ombre desquelles se cache l'envers du décor de quelques grandes villes où chacun n'a pas sa place. Car la vie y est chère, trop chère. Jusqu'à devenir hors de prix pour y vivre. Alors quand les différents conglomérats trouvent en l'absence de probité des puissants de quoi asseoir un peu plus leur fortune et leur domination, que deviennent les citoyens ?
De cet état de fait naît un terme : Hell Joseon. Ou Hell Korea. Qui traduit l'enfer quotidien des habitants de Séoul à conserver leur domicile, leur travail, à en trouver de nouveaux, ou tout simplement à pouvoir se nourrir. Relayer par des collectifs nés dans les milieux intellectuels de gauche de grandes universités, le terme devient mouvement artistique et se retrouve critiquer dans plusieurs œuvres, dont Microhabitat est l'un des plus brillants plaidoyers.

 

La révolution silencieuse


Comme la Révolution des bougies, la jeune Go-Woon Jeon construit son film comme un cri silencieux. Miso (parfaitement interprétée par Esom), sa trentenaire fan de whisky et de cigarettes, qui cherche un nouveau toit parmi ses anciens partenaires de musique, traverse la ville accompagnée par une détresse financière qui ne cesse de s'alourdir à chaque pas mais armée d'un sourire et d'une compassion pour son prochain qui ne la quitte jamais. Un rayon de soleil menacé mais pas encore tout à fait occulté, qui éclaire les vies rangées d'anciens jeunes adultes pour qui seules la musique et la fête comptaient et qui aujourd'hui sont soit mariées et mère au foyer, soit entretenus par des parents castrateurs, soit vivent seuls après l'échec de leur vie de couple mais ont réussi, au sacrifice de leurs idéaux adolescents, à se faire une place, se fondre, dans une société pourtant éloignée de leur personnalité profonde. Au contraire de Miso, qui refuse de changer, s'évertue à demeurer ce qu'elle est, continue d'entretenir une relation avec son petit ami dessinateur de bandes dessinées (qui galère au moins autant qu'elle) et s'accroche à ses deux passions de plus en plus hors de prix (l'alcool et les clopes).

Situé perpétuellement entre gravité et humour, Microhabitat se garde pourtant bien de tomber dans le moindre effet dramatique. Une véritable force qui arrive, avec maestria, à toujours trouver le ton juste capable de nous arracher un sourire voire un rire. Comme lorsque Miso et son compagnon décident de faire l'amour mais sont stoppés net par le froid ou quand la jeune femme se retrouve prisonnière de la demeure de l'ex chanteur du groupe, qui vit toujours chez ses parents. Une tragi-comédie mise en relief dans une réalisation qui se traduit par une réelle et impressionnante science du cadre, un scénario remplit de petites mais brillantes idées (comme les cheveux de Miso, qui blanchissent au fur et à mesure de son périple) et une musique oscillant entre rythmes électroniques, jazzy ou simples notes au piano.

Sans esbroufe ni emphase mais plutôt avec une intelligente délicatesse épousant la personnalité rayonnante et empathique de son personnage principal, Microhabitat promène sa fatalité lancinante qui nous suit longtemps après le générique de fin. Comme le témoignage de l'existence d'un monde hors de portée mais malheureusement pas si éloigné du notre. Logiquement récompensé lors de nombreux festivals, on souhaite bon vent à sa jeune réalisatrice en espérant bientôt découvrir la suite de ses aventures cinématographiques.

Laurent Valentin












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Image :
Absolument magnifique, avec force détails et contrastes saisissants. Mention spéciale à la scène du nouvel an, où le feu d'artifice coloré se détache avec élégance sur la nuit noire de Séoul. Et même si l'univers du film oscille la plupart du temps entre teintes froides ou délavées, on est subjugué par l'incroyable sensation de relief qui le traverse de part en part. Bref, c'est tout simplement parfait.

 


Son :
Une unique piste 5.1 en Coréen qui joue la carte de l'intimisme mais ne cesse de surprendre par la qualité de sa restitution, d'une clarté exemplaire qu'on retrouve aussi dans l'univers sonore du film et qui donne encore un peu plus de relief à l'image et forme avec elle un duo parfait.

 


Interactivité :
Comme pour la partie technique, Spectrum ne fait pas les choses à moitié et s'offre les services d'Antoine Coppola, cinéaste et enseignant-chercheur spécialisé dans le cinéma coréen. Dans un long exposé extrêmement intéressant, il revient d'abord sur le statut de réalisatrice de film en Corée, son contexte politique, le confronte à la réalité des faits et critique, un peu, l'absence de réalisme de certaines de ses scènes. Une petite interview de la réalisatrice lui donne ensuite l'occasion de livrer la version de sa vie à Séoul et révèle la genèse de son personnage principal (Miso signifie Micro ou encore Sourire). Suivent enfin, dans un souci d'exhaustivité qu'on ne peut que saluer, les deux premiers courts métrage de Go-woon Jeon : Bad Scene et Too Bitter to Love ainsi que la bande annonce du film.

Bonus : Présentation du film par Antoine Coppola (53'09), Interview de la réalisatrice (7'30), Bad Scene (18'22), Too Bitter to Love (22'08), Bande annonce (0'53).

 
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