SPéCIALE PREMIèRE
The Front Page - Etats-Unis - 1974
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Genre : Comédie
Réalisateur : Billy Wilder
Musique : Divers
Image : 2.35 16/9
Son : Français, Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titre : Français
Durée : 105 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 16 septembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Chicago, 1929. Accusé de la mort d’un policier noir, Earl Williams attend d’être pendu. A quelques heures de l’exécution, une horde de journalistes s’affaire à l’écriture de la Une de leur journal. Parmi eux, Hildy Johnson, ténor du métier, qui s’apprête à démissionner pour aller se marier à Philadelphie.
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Assurance sur la Mort, Boulevard du Crépuscule, Le Gouffre aux Chimères, 7 Ans de Réflexion et puis bien sûr le chef d'œuvre absolu Certains l'aiment chaud, suivi d'un nombre non négligeable de comédies burlesques toutes plus ou moins construites sur le même modèle. On ne présente plus Billy Wilder. Rimini Editions, déjà détenteur d'un beau catalogue dédié au réalisateur, rajoute un titre à sa collection : Spéciale Première, qu'on croirait tout droit sorti de cette période. Perdu, le film date des années 70. Retour sur un anachronisme.

Spéciale Première est à la base une pièce de théâtre datant de 1928 signée Ben Hecht et Charles MacArthur, écrivains et scénaristes parmi les plus prolifiques d'Hollywood dans les années 30 et 40. Pièce qui connaît d'ailleurs sa première adaptation en 1931, devant la caméra de Lewis Milestone, puis dans les années 40 par Hawkes (La Dame du Vendredi), par Wilder donc mais aussi et enfin par Ted Kotcheff dans les années 80 (Scoop). Une pièce instantanément classique dès sa sortie, dont les thèmes, qui mettent le journalisme à l'honneur, brassent aussi politique et racisme sous un œil nouveau (un policier noir a été tué par un prétendu révolutionnaire bolchévique) et dénonce le cynisme d'une société aux hautes sphères corrompues et prêtes à tout pour accéder au Pouvoir. Des thèmes brûlants à l'époque de la Grande Dépression mais qui le resteront tout autant au fil des décennies qui suivront et qui expliquent, en partie, son incroyable succès et ses adaptations successives.

 

Burlesque vs Paranoia


Après deux films qui n'ont pas rencontré leur public (La Vie Privée de Sherlock Holmes et Avanti !), une parenthèse européenne pourtant extrêmement intéressante dans sa filmographie, Billy Wilder décide donc d'adapter à son tour cette pièce à succès. En 1974.
Toujours situé à l'orée des années 30, le film s'ouvre sur une musique Charleston qui rappelle les Années Folles tandis que les rotatives d'un journal tournent à plein régime. Ellipse sur une salle enfumée où un groupe de journalistes (parmi lesquels le toujours excellent Charles Durning) joue au poker... en attendant une exécution par pendaison. Les dialogues sont légers et drôles, fusent comme des fléchettes et tranchent assez crument avec le contexte. Ce qui met évidemment en exergue le cynisme forcené dont sont atteints à peu près tous les personnages du film : les journalistes sont des menteurs impénitents prêts à raconter tout et son contraire pour faire la Une, le shérif est à la botte du Maire et ce dernier compte bien utiliser l'exécution pour gagner un maximum de voix pour les futures élections. Au dessus de la masse deux personnages, incarnés par Matthau et Lemmon, arrivent (un peu) à surnager : le premier est un rédacteur en chef qui veut absolument le scoop de l'année, le second est prêt à démissionner au profit de sa femme (la jeune Susan Sarandon, une artiste qui semble être le seul personnage « pur » du film) mais sera bien entendu rattraper par l'envie irrépressible de pondre le papier de l'année.

Tout cette ménagerie s'ébroue donc dans tous les sens (mais pratiquement dans une seule et même pièce, ce qui rappelle énormément le film à son origine théâtrale) et à coups de répliques voulues drôles et cinglantes. A côté de ça, Wilder ne se gêne pas pour utiliser ses vieux réflexes de spécialiste du burlesque en ajoutant, le temps de quelques scènes (il est vrai plutôt réussi) une image en accéléré ou la course d'un brancard à travers Chicago. Les portes claquent, les vitres se brisent, les esprits s'échauffent et le film, sans être jamais taxé de platitude (merci au duo Lemmon/Matthau, toujours aussi efficace) demeure malheureusement sans réel génie. Du moins sans celui dont Wilder put faire preuve plusieurs fois en son temps. On en sort donc assez partagé, avec la certitude de ne pas avoir perdu son temps devant un mauvais film, mais avec le sentiment d'avoir assisté à une redite classieuse et classique de vieux standards un peu surannés. Surtout à l'époque ! Quand on sait que Pakula, Pollack et Coppola sortaient, plus ou moins à la même période, un nouveau type de standard qui remisait la fausse gaieté des flonflons au profit d'une âpreté narrative et stylistique qui allait marquée cette nouvelle époque. Le fameux Nouvel Hollywood.

Laurent Valentin








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Image :
Rimini récupère le très beau master de la MGM sorti l'année dernière chez les Américains de Kino Lorber. Quelques grains ici ou là, certains flous aux entournures, mais une image pétillante de détails et aux couleurs souvent vives et éclatantes.

 


Son :
Une seule piste mono aussi bien en Français qu'en Anglais mais, dans les deux cas, d'une étonnante netteté pour un film de cet âge. On préférera, comme toujours, la version originale pour son réalisme immersif.

 


Interactivité :
Disparus les bonus de l'édition américaine. A leur place, Rimini propose tout de même du contenu très intéressant : deux interviews audio des deux acteurs principaux (enregistrées toutes deux au prestigieux National Film Theatre). Tous deux reviennent sur leur carrière et sur une foule d'anecdotes drôles et intéressantes (Lemmon parle de Monroe, Matthau évoque la guerre...). A côté de ça on trouve un entretien croisé de Mathieu Macheret (Le Monde) et Frédéric Merchier (Le Transfuge) qui reviennent principalement sur la carrière de Billy Wilder et sur cette époque où le réalisateur s'accrochait à ses marottes face à un Nouvel Hollywood bien loin de son univers drôle et divertissant.

Liste des bonus : Interview audio de Walter Matthau enregistrée au National Film Theatre le 21/058/1988 (61'30), Interview audio de Jack Lemmon enregistrée au National Film Theatre (49'55), Conversation entre Mathieu Macheret et Frédéric Mercier (33'41).

 
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