JE SUIS VIVANT ! & LA BêTE TUE DE SANG FROID
La Corta Notte Delle Bambole di Vetro, L'Ultimo Treno Della Notte - Italie, Allemagne - 1971, 1975
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Genre : Horreur
Réalisateur : Aldo Lado
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Italien DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 192 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 15 août 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Je suis vivant ! & La bête tue de sang froid »
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LE PITCH
Déclaré mort alors que son esprit est toujours vivant, un journaliste américain essaie de se souvenir des événements qui l'ont amené à cette situation / Deux jeunes filles deviennent la proie de voyous manipulés par une bourgeoise perverse dans un train de nuit …
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Les papillons de prague

Jadis éditées dans de très belles éditions DVD par la défunte société Neo Publishing, deux œuvres majeures d'Aldo Lado font leur retour en haute définition. C'est bien évidemment Le Chat Qui Fume qui s'y colle, offrant à Je suis vivant ! et La Bête tue de sang froid (qui retrouve son titre français original) l'écrin luxueux dont tous les bisseux normalement constitués rêvaient sans doute. On casse la tirelire et on fait chauffer la carte bleue, c'est pour la bonne cause !

À tout seigneur, tout honneur, ouvrons le bal avec Je suis vivant !, giallo cauchemardesque et atmosphérique où un Jean Sorel sur le point de se faire autopsier sans anesthésie se remémore son enquête dans les rues de Prague sur les traces de la sublime Barbara Bach disparue au beau milieu de la nuit. Le tout mis en musique par Ennio Morricone, signataire d'une partition magistrale entre rêverie désinvolte et crescendo de cordes maltraitées.
Avec son héros pétrifié qui lutte autant pour prouver aux médecins penchés sur sa dépouille qu'il n'est pas encore mort que pour reconstruire le puzzle d'une conspiration sordide, Aldo Lado, également scénariste, dispose d'un point de départ à glacer le sang. Mais il ne se contente pas du suspense induit par la menace d'un scalpel sur le point de trancher les chairs et orchestre un jeu de piste pervers au cœur de l'Europe de l'Est, Prague devenant une ville hors du temps où la jeunesse et la beauté sont vampirisés par une élite décadente. Bien qu'il se défende d'être un auteur, Lado développe dès son premier long-métrage des thématiques qui lui tiennent particulièrement à cœur et reviendront par la suite. Tout d'abord, l'enfermement. Celui, charnel, viscéral, de Jean Sorel, prisonnier de son propre corps et victime d'hypnose. Mais aussi celui, ô combien politique, de Barbara Bach qui, avant même d'être victime d'enlèvement, sait qu'elle ne pourra sans doute pas quitter le bloc communiste pour accompagner son amant à Londres. L'autre thème majeur a trait à l'hypocrisie de la société et de ses membres les plus éminents. Lado filme les vieillards du Klub99, cercle d'initiés dissimulant une secte flippante, comme des zombies ou des mannequins de cire, végétant devant un récital de musique classique le jour et s'adonnant à des orgies païennes la nuit.
Par sa maîtrise du rythme et de l'étrangeté, jouant avec sadisme de la temporalité jusqu'à un plan final traumatisant, Aldo Lado fait de son premier essai un authentique coup de maître.

 

Sur les rails du désespoir


Quatre ans et trois films plus tard, Aldo Lado jette un pavé conséquent dans la mare en signant La Bête tue de sang-froid, quasi remake de La Dernière maison sur la gauche de Wes Craven (et donc de La Source d'Ingmar Bergman) où le calvaire de deux jeunes filles innocentes est prétexte à une attaque en règle de la bourgeoise italienne en particulier et de la barbarie des puissants en général.
Intervenant au bout d'une heure de métrage, au terme d'une mise en place savante, la scène d'humiliation, de viol et de meurtre méritait t-elle à ce point de déchaîner la colère de la censure ? Si le moment reste particulièrement gratiné, Lado ne verse pourtant pas dans la complaisance ou le voyeurisme le plus crapoteux. Passant d'un tournage dans un véritable train avec une caméra très mobile à la reconstitution d'un wagon en studio, le cinéaste fait le choix de tordre la réalité, flirtant avec le fantastique par le biais d'éclairages très travaillés (où domine le bleu), de cadrages suggestifs et d'un découpage hitchockien en diable. La scène semble presque se dérouler dans l'esprit des différents protagonistes coincés dans un compartiment/cage. La nudité n'a rien de frontal et une coupe brutale ainsi qu'une série de regards caméra en disent long sur l'horreur qui voudrait nous échapper.
Le choc et la transgression appartiennent en fait au personnage qu'interprète Macha Méril, prédatrice redoutable qui se cache derrière une apparence respectable. Pour satisfaire ses pulsions les plus sombres, elle transforme deux voyous un peu paumés en violeurs et en meurtriers. Elle est semblable à quantité d'autres voyageurs de ce train qui relie Munich à Vérone. Prêtres minables, anciens nazis, politiciens vaniteux, bon père de famille voyeur. Aldo Lado croque ces passagers en quelques plans hargneux avec un sourire en coin. Et puis, il y a les parents des jeunes filles à qui le destin va donner l'opportunité de se faire justice. Et ce patriarche aimable, médecin altruiste, de se transformer en chasseur impitoyable, ignorant pourtant la véritable coupable pour abattre les hommes de main.

Durablement traumatisé par cette démonstration de force, Eli Roth lui rendra doublement hommage. D'abord dans la suite d'Hostel lors du voyage en train de ses héroïnes puis dans son remake d'Un justicier dans la ville où son Paul Kersey devient un chirurgien très proche de celui campé par Enrico Maria Salerno dans La Bête tue de sang-froid. On pourra dire ce que l'on veut du réalisateur de Cabin Fever, ses goûts sont impeccables.

Alan Wilson






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Image :
Ne jouons pas la carte de la surprise, les copies des deux films sont à tomber par terre, le sérieux du Chat Qui Fume en la matière n'étant plus à démontrer. L'encodage AVC confère stabilité et fluidité à des masters vierges du moindre défaut de pellicule. Couleurs, profondeur de champ et définition sont au taquet avec un très léger avantage à Je suis vivant ! même si La Bête tue de sang-froid contourne des craintes légitimes eu égard à de nombreuses scènes nocturnes sous-exposées et enfumées.

 


Son :
Les pistes italiennes originales écrasent sans se fatiguer des versions françaises aux ambiances et aux voix étouffées. Dans les deux cas, la saturation des aigus incitent pourtant à ne pas pousser le volume trop haut. Qu'il s'agisse du cri d'Ingrid Thulin lors du climax de Je suis vivant ! ou de la voix haut perchée de Demis Roussos sur la chanson qui ouvre et clôture La Bête tue de sang froid, les limites de la restauration sont vite atteintes.

 


Interactivité :
Si le commentaire audio de La Bête tue de sang-froid a disparu de la circulation, celui de Je suis vivant ! répond toujours présent, Aldo Lado répondant aux questions de Federico Caddeo dans un français impeccable. Toujours réservée au DVD de Neo Publishing, l'interview de Macha Méril pour La Bête tue de sang-froid s'ajoute à la courte liste des suppléments qui n'ont pas fait le voyage vers les galettes HD. Et on s'arrête là pour le bureau des pleurs car l'éditeur nous gâte avec une interactivité particulièrement riche et informative et concoctée avec l'aide des francs-tireurs de Freak O'Rama. Sur chaque film, Aldo Lado dispose de plus d'une heure pour nous régaler d'anecdotes diverses et de réflexions toutes personnelles dans une atmosphère détendue. Des propos complétés par celui de son monteur, par un producteur allemand, par Irène Miracle ou par Edda Dell'Orso dont la voix hante la partition spectrale d'Ennio Morricone dans Je suis vivant !.

Et si cette débauche d'entretiens passionnants ne vous suffit pas, Le Chat Qui Fume publie en parallèle un livre indispensable sur la carrière d'Aldo Lado où Laure Charcossey se fend d'une discussion au long cours avec le vieil artisan. Une véritable émotion ponctue le passage en revue des films d'Aldo Lado et le tout est servi par une iconographie somptueuse, des photos en pagaille et une préface d'Eli Roth. Indispensable. Longue vie au Chat !

Liste des bonus : Commentaire audio d'Aldo Lado et Federico Caddeo / Monter les poupées de verre, avec Mario Morra (23 mn) / Tchèque et mat, avec Aldo Lado (1h37) / Italien une fois, Italien toujours, avec Dieter Geissler (29 mn) / Le producteur sans argent, avec Enzo Doria, Aldo Lado et Jean Sorel (19 mn) / Le besoin de chanter, avec Edda Dell'Orso (21 mn) / Film annonce / J'entends siffler le train, avec Irène Miracle (16 mn) : Et le train va, avec Aldo Lado (1h17) / Film annonce

 
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