L’ATTENTAT
France - 1972
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Image de « L’Attentat  »
Genre : Policier
Réalisateur : Yves Boisset
Musique : Ennio Morricone
Image : 1.66 16/9
Son : Français Dolby Surround 2.0
Sous-titre : Aucun
Durée : 118 minutes
Distributeur : Tamasa
Date de sortie : 22 septembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L’Attentat  »
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LE PITCH
Sadiel, un opposant politique réfugié en Suisse, représente une menace pour le colonel Kassar, ministre de l’intérieur d’un pays d’Afrique du Nord. Kassar décide de le supprimer et recourt aux services secrets français. Sadiel est exécuté mais l’affaire s’ébruite…
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Machine d'état

L'affiche est simple, directe et met en avant un casting imposant de pointures du cinéma des années 70, français, italien et même américain. Pour un joyeux conte romantique de Noël ? Que nenni pour un film dossier, un thriller politique trouble et paranoïaque inspiré d'une véritable affaire d'état. Autre époque, autre mœurs...

Le 29 octobre 1965 à Paris, Mehdi Ben Barka opposant charismatique au roi du Maroc Hassan II et chef de file du mouvement tiers-mondiste, disparaît après une interpellation en pleine rue par des policiers en civil. Plus aucune trace, ce qu'il est advenu reste aujourd'hui encore un mystère. Un secret d'état où les participations du gouvernement français, des services algériens et même de la CIA sont loin d'être clairs. De cet évènement qui va défrayer la chronique pendant des mois, voir des années, et révéler plus que jamais la part d'ombre d'un « royaume » français aux relents rances, Yves Boisset va tirer un thriller noir, tendu et oppressant comme seules les 70's savaient en faire. En pleine ascension après les polars engagés Un Condé et Le Saut de l'ange, le cinéaste s'offre certes quelques distances bienvenues avec les faits réels (dates et patronymes sont remplacés) permettant ainsi toutes les interprétations et la mise en place d'un suspens purement cinématographique, mais les grandes lignes et surtout l'odeur nauséeuse reste intacte. Ce n'est pas pour rien que la production subira des pressions dès la phase d'écriture et menacée jusqu'au bout par une censure alors encore bien lourde. Mais en 1972 la grande époque des films politiques est déjà lancée et, aussi extraordinaire que cela puisse paraître aujourd'hui, les spectateurs se ruent en masse dans les salles pour ce type de proposition et les acteurs les plus solides, les plus estimés, n'hésitent pas à mouiller leur chemise, à s'impliquer ouvertement.

 

COmplots


Ce qui offre à L'Attentat un défilé de grands noms, de grandes gueules comme on en fait plus : Michel Piccoli, Jean Seberg, Michel Bouquet, Bruno Cremer, Daniel Ivernel, Philippe Noiret, François Périer et même le Roy Scheider de The French Connection. Ils apparaissent à l'écran dans des costumes toujours doubles, toujours douteux, de procureurs, policiers, journalistes ou avocats de renoms, tissant une toile dont le seul but est de faire disparaître ce fameux Sadiel, trop progressiste, trop humaniste, trop intelligent pour son bien et pour l'ordre policier et financier. Et l'outil idéal est ici un ancien barbouze, gauchiste bourgeois un peu lâche, un peu opportuniste, affichant les traits insidieusement ordinaire d'un Jean-Louis Trintignant qui ne comprendra que bien trop tard la trahison involontaire qu'il vient de perpétrer. L'occasion d'un regard qui n'est plus que déception jeté par un Gian Maria-Volonte qui allie plus que jamais le gigantisme de son art avec la simplicité de la condition humaine. Une terrible histoire de trahison qui fait littéralement échos à celle d'un état envers son peuple. Ferme dans son écriture, impeccable dans ses interprétations, le métrage réussit aussi bien sa lente et inexorable montée en puissance, emportée par le thème menaçant d'Ennio Morricone, que son ultime course à la vérité - traversant d'ailleurs comme une révélation le bidonville interdit qui occupait alors le futur centre des affaires de la Défense - forcément vouée à l'échec dans ce monde du tous vendus, tous pourris, tous calculateurs monstrueux. Le geste final, balayé d'une simple déclaration télévisée d'une froideur en douche froide, est aujourd'hui tout aussi terrifiante de cynisme.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Proposé pour la 1ère fois (!!!) en France en DVD, L'Attentat est enfin de nouveau visible chez nous. Bonne nouvelle surtout que la copie est superbe, très propre et parfaitement définie. De la SD de très haute tenue. Il faut dire que l'éditeur parle ici d'une restauration inédite 4K, ce qui rend l'absence de disque Bluray assez regrettable.

 


Son :

La piste d'origine en mono est glissée dans un Dolby Digital 2.0 aussi sobre que claire. La post-synchronisation d'une bonne partie du casting et l'âge un peu avancé du métrage laisse tout de même apparaitre quelques effets de saturation mais rien de véritablement gênant.

 


Interactivité :

Deux interviews accompagnent le film sur le DVD. La première est un assez long entretien avec l'historien Pierre Vermeren qui s'attache assez logiquement à recontextualiser l'affaire Ben Barka, la "belle époque" de la France-Afrique, à dresser le portrait des différents acteurs et bien entendu à étoffer les différentes théories dont celle du film. Vu la complexité du sujet, un tel module était effectivement bienvenu. On aurait sans doute par contre aimé passer un peu plus de temps avec le réalisateur Yves Boisset, bonhomme toujours passionnant dans ses entretiens (voir le notre...) et dont on a ici qu'un court portait de Gian-Maria Volonté qu'il considère comme le plus grand acteur avec lequel il a travaillé (égalité avec Dewaere). Vu l'importance de L'Attentat, il y avait sans doute plein d'autres dossiers à aborder.

Liste des bonus : " Retour sur l'affaire Ben Barka " par Pierre Vermeren, (36'), " Gian-Maria Volonte " par Yves Boisset (7')

 
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