LES RéVOLTéS DE L’AN 2000
¿Quién puede matar a un niño? - Espage - 1976
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Genre : Horreur
Réalisateur : Narciso Ibáñez Serrador
Musique : Waldo de los Rios
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais / espagnol, français et espagnol DTS HD Master Audio mono
Sous-titre : Français
Durée : 112 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 16 septembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Un couple d’Anglais, Tom et Evelyn, débarque dans la station balnéaire de Benavis pendant les festivités d’été. Préférant fuir la foule, ils prévoient de partir le lendemain pour la petite île d’Almanzora. Dans ce lieu ignoré des touristes, les Anglais auront tout à loisir de se reposer pendant leurs deux semaines de vacances, en particulier Evelyn qui est enceinte. Mais à leur arrivée, ils découvrent un village totalement abandonné de ses habitants.
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L'île aux enfants

Que ce soit par le prisme de la science-fiction avec Le Village des Damnés ou de la religion avec La Malédiction, les histoires mettant en scène de charmants bambins provocants, volontairement, la mort des adultes autour d'eux, ont toujours marqué l'imaginaire collectif. Mais peut-on oser traiter le sujet comme l'a fait Narciso Ibáñez Serrador de manière aussi frontal et naturaliste, pour accoucher d'un film devenu instantanément culte.

Frontal c'est le bon mot, puisque le film ne perd pas de temps pour nous mettre dans une situation inconfortable en s'ouvrant par une séquence très dure, qui nous montre un montage d'images d'archives de différentes guerres mais uniquement centrées sur les enfants, victimes collatérales ou ciblées. Des images viscérales qui répondent au titre du film ¿Quién puede matar a un niño?, (on oubliera le titre français bien ringard qui fait passer le film pour une série Z post apocalyptique). Le réalisateur a plus tard déclaré avoir regretté placer cette séquence au début du film plutôt qu'a la fin, ce qui aurait, selon lui, mieux appuyé son message. On peut comprendre le raisonnement, cette séquence installant directement le ton du film dans une ambiance ténébreuse, mais elle permet surtout une excellente, et très marquante, transition, entre le monde réel et celui fictif du film par le biais d'un violent choc chromatique. On passe ainsi d'un noir et blanc mettant en scène la mort et le désespoir à des images contemporaines d'une plage, en plein été, débordant de vacanciers à la peau rouge, brulée par le soleil, bronzant sur du sable doré. Un choc, entre deux mondes et deux époques pas si éloignées, qui va se perpétuer tout au long du film.

 

bouh ! meurs !


Des clashs qui sont le coeur même du film et qui vont se personnifier à travers le couple de héros du film, Tom et Evelyn. Touristes anglais en vacances en Espagne ils vont se voir, tour à tour, confrontés à la barrière de la langue, aux traditions locales et au lieu même de leurs vacances, où leur apparence physique, roussie par le soleil, tranche violemment avec le blanc immaculé des maisons du village d'Almanzora. Petit village en apparence tranquille mais seulement en apparence, car c'est là où aura lieu le choc principal du film, celui de la rencontre avec le groupe d'enfants tueurs d'adultes. Un choc autant visuel que sensitif puisque Narciso Ibanez Serrador, avant de le mettre en scène, va d'abord s'amuser à étirer le temps au maximum. Écrasé sous un soleil de plomb, pratiquement vide et silencieux, la découverte du village devient de plus en plus étouffante (regardez le film dans une pièce sans ventilation, immersion garantie !) et nous plonge, comme les personnages, dans un état proche de l'amorphe... Jusqu'à ce que la rencontre avec le premier adulte, et l'effet traumatisant qui s'ensuit, nous en sorte brutalement pour nous garder en tension jusqu'à la fin du film.
Là où ¿Quién puede matar a un niño? se distingue de tous les autres films mettant en scène des « enfants maléfiques », c'est bien dans le traitement des enfants eux-mêmes. Alors qu'en général ces histoires prennent le soin de donner une origine au mal qui les contamine, et du coup donne la possibilité d'une solution, ou alors déshumanise leurs comportements pour souligner leur étrangeté, rien de tout ça ici. Même si ce qui touche les enfants semble, d'origine surnaturel (le lien qui se forme entre eux semble télépathique), rien n'est expliqué et surtout leur attitude n'est en rien transformée, comparée à celle d'enfants normaux. Ils jouent, ils rient, ils vivent et considèrent les adultes comme des nuisibles à éliminer et ils le font sans aucun remords, en s'amusant.

Un comportement qui nous amène alors au dernier des « chocs » du film et qui en est même le titre : « Qui peut tuer un enfant ? ». Si le genre du "survival" a démontré que l'on pouvait facilement re-tomber dans le bestial pour survivre face à un danger de mort, il en est bien autrement quand le danger vient directement de la génération qui nous succède, celle que l'on est censé, justement, préserver. À quoi bon survivre si le prochain monde ne veut pas de nous et mine de rien, semble même plus évolué (la barrière de la langue qui bloquait Tom et Evelyn, n'existe pas entre les enfants qui peuvent communiquer sans parler) ? Un questionnement qui renverra forcément au début du film et dont les agissements des enfants semblent être une réponse, peut être justifiée.

Benoit Llamazares








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Image :
Ressorti tous récemment sur les écrans français, le film présente désormais une copie qui rend honneur à sa place séminale dans le cinéma d'horreur. On observe encore quelques fantômes de griffures et des restes de spots, mais l'image a été scrupuleusement nettoyée et les cadres stabilisés, permettant alors aux couleurs chaudes (voir même un petit peu trop sur la couleur chair) de venir souligner encore plus les particularités lumineuse de la photographie. Quelques séquences sombres se voient plus marquées question grain et laissent échapper quelques effets neigeux sur les bords, mais l'ensemble fournit une définition et une profondeur redoutables et surtout inespérées.

 


Son :
La grosse nouveauté avec les pistes sonores de cette édition c'est la possibilité de pouvoir profiter enfin de la vraie version originale. Une piste ou les anglais et les espagnols parlent respectivement dans leur langue donnant enfin tout son sens à l'isolement d'Evelyn. Indispensable donc et proposé dans un DTS HD Master Audio mono très confortable et clair malgré quelques petits décrochages intempestifs dûs sans doute à la source initiale. La version espagnole intégrale et le doublage français sont présents dans des conditions équivalentes mais deviennent dès lors accessoires.

 


Interactivité :
Disponible en édition limité steelbook, le bluray de Les Révoltés de l'an 2000 est accompagné de quatre suppléments vidéos hérités de différentes éditions DVD préalables. Le segment très didactique « Histoires du cinéma fantastique espagnol » présenté par l'historien Emmanuel Vincenot permet de croiser efficacement quelques grands noms comme Jess Franco, Jorge Grau et Paul Nashy, tandis que « Narciso Ibáñez Serrador vue par... » est un bel hommage dédié au cinéaste par quatre membres de la nouvelle garde du cinéma de genre espagnol (Balaguero, Bayona, Plaza, Del Toro). Plus proche du film proprement dit on découvre une interview avec le metteur en scène, soulignant l'équilibre fragile entre horreur et ridicule et venant conforter la morale de son projet, puis celle du directeur photo José Luís Alcaine plus porté sur les petites anecdotes éclairantes. Seul supplément inédit et en HD, la courte introduction du film par Fabrice du Welz, dont le Vinyan a parfois des airs de remake, aurait peut-être mérité de laisser place à un entretien plus étendu.

Liste des bonus : Présentation du film par Fabrice Du Welz (5'), « Qui peut tirer sur un enfants ? » : entretien avec le directeur de la photographie José Luís Alcaine (16'), « Le metteur en scène des enfants » : entretien avec Narciso Ibáñez Serrador (9'), « Narciso Ibáñez Serrador vue par... » : portrait du réalisateur par Guillermo del Toro, Juan Antonio Bayona, Jaume Balagueró et Paco Plaza (27'), « Histoires du cinéma fantastique espagnol » (28'), Bande-annonce 2020

 
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