BRAVADOS
The Bravados - Etats-Unis - 1958
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Image de « Bravados »
Genre : Western
Réalisateur : Henry King
Musique : Lionel Newman
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 98 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 10 août 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Bravados »
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LE PITCH
Suscitant curiosité et méfiance de la part des habitants lorsqu'il débarque dans une petite ville pour assister à la pendaison de quatre malfrats, le mystérieux Jim Douglass se révèle un traqueur hors pair lorsque les condamnés parviennent à s'évader et à fuir dans les montagnes avec une otage. C'est qu'il a passé les six derniers mois à pister cette bande de truands afin d'assouvir une obscure vengeance.
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Eclipse solaire

Dès que la silhouette de Gregory Peck chevauchant dans les dernières heures de la nuit envahit l'écran sur la partition martiale et sentencieuse de Lionel Newman, alors que le générique en grandes lettres rouges vient se superposer comme une déchirure, on sent déjà qu'un souffle brutal et tourmenté va traverser tout le film, qu'une fatalité glaçante est à l'œuvre, avant même l'amorce d'un embryon de récit.

The Bravados n'est pas de ces westerns dits crépusculaires, terme ô combien galvaudé qui voudrait regrouper petit à petit tous les films un peu rugueux, un peu marginaux du genre jusqu'à en oublier le sens du mot « crépuscule ». Tout chef d'œuvre est marginal à sa manière, et le western en compte par centaines. The Bravados est un de ceux-là, qui passerait pour très classique au regard de certains, formidablement moderne par rapport à d'autres.The Bravados n'est pas crépusculaire, mais couvert, ombragé ; c'est un western envahit par la pénombre y compris lorsque le soleil du Nouveau Mexique y brille. La trame et la thématique du film de Henry King sont parfaitement conformes aux conventions du genre : un justicier, des bandits, une vengeance, une traque... Le traitement du sujet, quant à lui, prend de plus en plus de large vis-à-vis des attentes au fur et à mesure des bobines, tant sur le plan esthétique que sur le papier.

En lieu et place des grands panoramas fordiens, King multiplie les scènes de nuit américaine sombres et bleutées, filme sa poursuite impitoyable dans les monts rocheux et la végétation omniprésente de la frontière mexicaine où les arbres et les reliefs jettent toujours leur ombre et leur découpe agressive sur des silhouettes en contre-jour qui se dessinent devant un ciel nuageux, et tire avec son fidèle directeur photo Leon Shamroy (Ambre, La Tunique, Le Roi et moi, La Planète des singes de Schaffner, Cléopâtre...) le meilleur parti du DeLuxe Color encore récent. Ce côté « éteint », qui ne supprime en rien la puissance des contrastes et la complexité des compositions de couleurs, exprime magnifiquement l'atonie et la noirceur de l'âme de Jim Douglass, campé par Peck avec sa sobriété et sa relative immobilité habituelle. Le plan jumeau de l'image d'ouverture, symétriquement inversé, qui voit Douglass chevaucher dans la nuit vers la fin du film, referme la longue parenthèse de la chasse à l'homme classique et prépare en sus un ultime rebondissement qui transformera la conclusion de l'intrigue, mordante, acerbe, pétrie d'ironie, en une profonde et subtile méditation, très américaine, sur la vengeance, le droit de tuer et la valeur relative de la rédemption. On n'en attendait pas tant, et on peut garder le film en soi longtemps après visionnage.

 

Long Live the King


Henry King est connu des cinéphiles amoureux de la grande période classique hollywoodienne. Néanmoins la postérité l'a un peu laissé sur le bas-côté, n'a pas fait de lui un incontournable de son époque. Fort d'une carrière qui s'étend du cinéma muet au début des années 1960, il fait pourtant partie de ces rares réalisateurs qui comptent plus de cent films à leur actif dont nombre de chefs d'œuvre, et qui, dans l'inconscient collectif, devrait sans doute avoir une importance comparable à celle d'un John Ford. Spécialiste, entre autres, du film d'aventures avec les somptueux Le Cygne noir et Capitaine de Castille, il tourne The Bravados en fin de carrière avec l'un de ses deux comédiens-fétiches, Gregory Peck, déjà utilisé dans un autre grand western au noir et blanc desséché - La Cible humaine (The Gunfighter, 1950) - et qui succède, en quelque sorte, au ténébreux Tyrone Power. Chez l'un comme chez l'autre, Henry King ne cessera de traquer l'évolution spirituelle chaotique dans des montages de gros plans saisissants, comme ici celui où Peck rend visite aux quatre prisonniers qu'il est impatient de voir mourir (Stephen Boyd, Albert Salmi, Lee Van Cleef et Henry Silva - quel casting!), séparé d'eux par les barreaux de leur cellule. On peut difficilement contempler cet échange de regards en gros plans sans se dire qu'il prépare déjà ceux de Sergio Leone moins de dix ans plus tard.

En outre, ce qui fait la spécificité de ces Bravados, c'est le mélange de sauvagerie pure propre à l'univers du western (viols, meurtres, vengeance, exécutions sommaires, chasse implacable le long de la frontière, etc.) et de spiritualité chrétienne : si les deux plans de chevauchée nocturne forment une boucle, les deux séquences à l'église - deux moments incroyablement forts sur le plan de la narration esthétique, qu'il s'agisse du travail de décor, de couleurs, de lumière ou de cadrages - en forment une autre qui constitue peut-être le vrai sujet souterrain du film de King, et qui traverse d'ailleurs une grande partie de son cinéma : Peck / Douglass refuse d'abord de se rendre à l'église ; son drame personnel lui a fait perdre la foi. Lorsque toute l'assistance écoute finalement le sermon du prêtre, ce dernier insiste sur la miséricorde envers l'âme des quatre hommes qui seront pendus à l'aube. Longtemps après, lorsque Jim Douglass fait le choix de revenir dans cette église afin d'apaiser son âme vengeresse, toujours meurtrie après la mise hors d'état de nuire des bandits, le même prêtre tente d'adoucir sa conscience - mais le vengeur retrouvera-t-il jamais réellement la foi, sera-t-il jamais en paix avec lui-même, après l'expérience qu'il vient de vivre...?

À la fois aride dans sa tonalité et, malgré tout, d'une sophistication visuelle certaine, The Bravados cultive sans avoir l'air d'y toucher le paradoxe et l'entre-deux au sein de l'univers trop simpliste, et consciemment filmé comme tel, du western. Simpliste dans ses mœurs, dans sa morale, dans sa frontière par trop fluctuante et imprécise mais collectivement admise entre le bien et le mal... C'est tout cela que le film va questionner en travaillant pleinement dans la logique du genre (beau tour de force dont les grands auteurs classiques avaient le secret), sans recourir au subversif ou à la provocation balourde qui seront les armes de pas mal de cinéastes des générations futures. Comme en écho à cette volonté de traverser les apparences et d'approfondir la spiritualité, le génial Henry Silva, presque toujours dédié aux personnages de salopards sans scrupules, trouve ici un rôle certes secondaire mais très loin de ses habitudes, dans lequel il dévoile une palette de jeu avec laquelle on l'aura trop rarement laissé s'exprimer. Henry King aura donc eu le mérite de rendre également ce brillant comédien plus beau que jamais.

Morgan Iadakan












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Image :
Le film de King est plastiquement très exigent. L'édition est à la hauteur avec des séquences nocturnes aussi nettes que possible (en dépit d'un matériau de base à la densité de lumière minimale), des contrastes et une gestion générale des couleurs dont profitent pleinement les moments les plus picturaux du film (les fameuses séquence de l'église, le dernier face-à-face avec Stephen Boyd, etc.), et un transfert en 2k dans lequel on ne sent pas constamment le triturage numérique qui pourrit parfois la pureté (ou la saine impureté, justement!) du grain de la pellicule dans les films de cette époque déjà lointaine.

 


Son :
Claires et dynamiques, les deux pistes sonores (eh oui, la version française aussi, pour une fois !) n'accusent pas tellement le poids des années et la facture technique du mixage original comme celle de sa restitution actuelle (stéréo et 5.1 en version originale) permettent de se régaler, sans modération, de l'impact des bruitages dont le genre western est toujours friand, du timbre profond des voix, et de la partition quelque peu limitée en terme d'entrées thématiques, mais toujours juste, puissante et parfois même assez étonnante, de Newman.

 


Interactivité :
La présentation de Patrick Brion est devenue une routine des éditions Sidonis. Plus ou moins inspiré selon le matériau, Brion fait montre ici d'une passion pour le film (et plus généralement le travail de Henry King et Gregory Peck) très communicative. Comme à son habitude, il contextualise et lance quelques pistes de réflexions thématiques - rappelant ici notamment quelles furent les modifications radicales de King au script original.
Se contentant pour sa part d'articuler un discours sur le film lui-même, Jean-François Giré remplace ici Bertrand Tavernier qu'on pensait indéboulonnable et survole les aspects les plus importants du métrage, en se contentant parfois de les effleurer, mais faisant tout de même assez bien le tour en revenant régulièrement sur des détails de mise en scène pertinents. Difficile de ne pas regretter l'extrême générosité des présentations de Tavernier, mais cette intervention de Giré ne démérite pas.
Pour le reste, l'éditeur semble être allé nous dégoter tout ce qu'il pouvait glaner de près ou de loin sur le film - ce qui donne lieu à des choses intéressantes (la courte présentation, sans doute à l'occasion d'une diffusion télé, d'un Joe Dante aussi passionné qu'à l'accoutumée ; un diaporama extrêmement riche en affiches d'époque et photos promotionnelles) aussi bien qu'à de l'anecdotique (la participation relativement récente de Joan Collins à une émission très « country », qui évoque brièvement sa participation au film et son rapport avec Gregory Peck ; la bande annonce qui mettait en scène Peck lui-même dans son costume pour présenter le film), voire du remplissage sans grand intérêt (quelques images d'archives muettes de la première US qui ne racontent rien).

Liste des bonus : Présentation de Jean-François Giré (15 min) ; Présentation de Patrick Brion (10 min) ; Joe Dante parle du film (2 min) ; Interview de Joan Collins (4 min) ; Première US (47 sec) ; Bande-annonce (2 min) ; Diaporama (6 min)

 
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