LE TROU
France - 1960
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Image de « Le Trou »
Genre : Drame
Réalisateur : Jacques Becker
Musique : Philippe Arthuys
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français pours sourds et malentendants
Durée : 131 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 2 septembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Trou »
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LE PITCH
Paris, Prison de la Santé. Claude Gaspard vient d’être muté d’un bloc à un autre. Il devra désormais partager sa nouvelle cellule avec quatre autres détenus. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que le quatuor a déjà prévu de s’évader.
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cinq hommes en quète d'une sortie

Pour fêter les deux ans de sa collection Make My Day !, Jean-Baptiste Thoret a récemment annoncé que, désormais, deux « hors-séries » paraîtraient chaque année. Des films plus connus, moins obscurs et oubliés que la plupart de ceux qu'ils nous proposent habituellement mais, évidemment, essentiels. Et c'est Le Trou, de Jacques Becker, qui ouvre donc la marche. L'occasion de profiter d'une belle restauration sur galette bleue d'un film qui fête ses 60 ans et qui, à la (re)découverte, s'impose toujours comme un des chefs d'œuvre du cinéma hexagonal.

C'est alors qu'il réfléchit à une adaptation des Trois Mousquetaires de Dumas (qui auraient été à des années lumière des adaptations habituelles si on en croit les rumeurs - sacré rendez-vous manqué!) que le roman de José Giovanni tombe dans les mains de Jacques Becker. Le récit de l'incarcération de l'écrivain en 1948 à la prison de la Santé (pour extorsion de fonds et complicité d'assassinat, quand même) et de sa tentative d'évasion. Le réalisateur des déjà immenses Casque d'Or et Touchez pas au Grisbi est conquis. Dumas attendra. Il travaille alors d'arrache-pied avec Giovanni lui-même pour en extraire un scénario asséché à l'extrême, aussi brut qu'un coup de pioche et à la précision quasi documentaire. Formellement, le film se passe entièrement dans la prison, presque intégralement dans la cellule des cinq condamnés d'ailleurs. Avec une image à la monochromie tirant exclusivement vers le gris pendant plus de deux heures. Le gris du ciment dur comme l'acier. Impénétrable. Dont on ne s'extrait pas. Même la musique semble ne pas avoir réussi à passer les portes de la prison. Ne reste pour l'oreille que le cliquetis des clés des matons pénétrant dans les serrures et les portes qui se referment brutalement sur les hommes purgeant leur peine. Des sons bruts, violents, assourdissants même, mais qui peuvent aussi exprimer l'espoir d'une possible liberté. Comme lorsque la pierre s'effrite sous l'effet des coups de boutoir d'outils de fortune. Becker nous invite à contempler, fascinés, des hommes qui creusent. Littéralement. Durant de nombreuses minutes. Et ça marche ! La tension est palpable, on se surprend même à observer avec eux les bords du cadre, à l'affût du moindre maton embusqué. Mais peut être aussi parce que ce ne sont pas n'importe quels hommes.

 

Des hommes d'honneur


Même si au détour de quelques scènes on reconnaît quelques « tronches » d'un cinéma français très populaire (Gérard Hernandez, Paul Préboist...), les visages de quatre des cinq protagonistes principaux sont totalement inconnus à l'époque. Et, à part Michel Constantin, sacrée trogne gouailleuse reconnaissable entre mille, les quatre autres taulards en sont à l'époque quasiment à leur coup d'essai. Quasi vierges de tous oripeaux artistiques, les comédiens vont donc revêtir les personnages écrits par Becker et Giovanni comme une seconde peau. Raymond Meunier devient Monseigneur, vétéran de la cellule. Philippe Leroy ramasse le rôle de quasi leader, un drôle de paroissien ayant un sens aigu de la justice (!). Jean Keraudy (un vrai de vrai lui, auquel la section bonus s'intéressera fortement, avec une sacrée présence à l'écran!) est un véritable génie de la bricole, capable de créer un passe-partout ou un sablier à partir d'éléments disparates totalement improbables. Quant à Marc Michel, il écope du rôle du nouveau, petit bourgeois condamné pour tentative d'assassinat sur sa femme. Des personnages à peine esquissés, comme les murs qui les entourent, mais suffisamment solides et réels pour retenir l'attention.

Evidemment, derrière cette banale histoire d'évasion, Becker place discrètement ses marottes (son amour des petites gens, du savoir-faire manuel) et une critique sociale qui manque peut être un peu de finesse (le personnage du directeur de la prison, l'obséquiosité de Gaspard, « l'honnêteté » de condamnés montrés avant tout comme des hommes d'honneur...). Reste que, dans les faits, Le Trou est un chef d'oeuvre d'efficacité et l'exemple parfait d'un cinéma français d'antan qui, jour après jour, continue de se faire regretter.

Laurent Valentin






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Image :
Un noir et blanc solide, partagé entre de magnifiques contrastes de noirs abyssaux et de blancs aveuglants. Quelques grains subsistent mais ne font que renforcer l'âpreté du film. Un très très beau travail de restauration.

 


Son :
La musique, quasi inexistante, n'intervient que de manière très ténue, toute en discrétion, presque comme un écho montant doucement d'un soupirail. Les effets sonores sont évidemment à l'extrême opposé, plein de bruits secs, métalliques, qui surprennent et ricochent d'enceintes en enceintes. On y est, on s'y croit. Même si ça reste du DTS HD Master Audio 2.0, c'est de très très bonne tenue.

 


Interactivité :
Avec ses 50€ affichés, ce Make My Day ! « hors-série » se devait de se différencier. C'est chose faite !
Avec d'abord un livre de 180 pages écrit en partie par Thoret lui-même. Ensuite avec non pas une mais deux galettes bleues bourrées à craquer de bonus autour du film ; dont plusieurs d'époques, véritables documents de la télévision française, et qui donnent la parole aux principaux protagonistes (acteurs et réalisateur) alors que le film était encore en tournage. On apprend ainsi, dans un numéro de l'émission de Cinépanorama, à faire plus ample connaissance avec les jeunes acteurs amateurs du film. Dont le fameux Jean Keraudy (qui a aussi droit à son propre bonus dans un doc d'archive intitulé « Là où mon bras passe, je passe... »), sacré personnage à la formation de serrurier, mais aux vies multiples, dont le nom est hérité de l'occupation où, en tant que résistant, il cambriolait les mairies avec un savoir-faire tenant du génie. Le gars se fit six fois la malle alors qu'il était incarcéré et connu, réellement, les cellules de la Santé. A côté de ça, un documentaire tiré de la série « Cinéastes de notre temps » retrace la courte mais prestigieuse carrière de Jacques Becker. Enfin, des documents plus récents, mais tout aussi passionnants, reviennent de nombreuses années après sur le film (interview de Philippe Leroy et de Jean Becker) dont, c'est un passage obligé, la préface de Jean-Baptiste Thoret himself. La bande annonce d'époque clôture le tout. On aimerait que chaque édition soit aussi exhaustive !

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (9'36), Le Trou revu par Jean Becker (40'35), Jean Keraudy : « Là où mon bras passe, je passe... (39'32), Cinéaste de notre temps du 18/11/1967 (76'28), Cinépanorama (11'35), Interview de Philippe Leroy (5'55), Bande annonce d'époque (6'46).

 
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