MACBETH
The Tragedy of Macbeth - Royaume-Uni / États-Unis - 1971
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Genre : Drame
Réalisateur : Roman Polanski
Musique : The Third Ear Band
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS-HD Master Audio 2.0 & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 et 3.0
Sous-titre : Français
Durée : 140 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 19 août 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Macbeth »
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LE PITCH
Ébranlé par les prophéties de trois sorcières rencontrées dans la lande écossaise au lendemain d'une bataille victorieuse, Macbeth hésite à assassiner son roi pour lui voler son trône. Sa femme, Lady Macbeth, l'y encourage sans détour, ….
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Le Deuil et la folie

Peut-on séparer l'œuvre de l'artiste ? Cette question, somme toute saugrenue, s'est pourtant invitée dans la polémique entourant les agressions sexuelles dont Roman Polanski est accusé. L'artiste et son oeuvre marche bien évidemment main dans la main et, ironie du sort, Polanski lui-même le confirme avec son adaptation troublante du Macbeth de Shakespeare, un puit de désespoir et de violence produit par ... Hugh Heffner, feu le patron de Playboy.

Le meurtre de Sharon Tate, l'épouse alors enceinte de 8 mois de Roman Polanski, ainsi que des occupants du 10050 Cielo Drive, dans la nuit du 8 au 9 août 1969, horrifia le monde entier. Symboliquement, les crimes des adeptes de Charles Manson mirent fin à la parenthèse enchantée des hippies et du mouvement Flower Power. Pour Polanski, ce fut un cataclysme émotionnel dont on ose à peine imaginer les répercussions sur sa santé mentale. Ce drame venait alors s'ajouter à celui de son enfance, marqué par les persécutions nazies et la mort de sa mère à Auschwitz. Dans son autobiographie, le cinéaste concède que sa personnalité en fut à jamais bouleversée, pessimisme et insatisfaction chronique face à la vie ayant pris le pas sur son humeur jadis bouillonnante et optimiste.
Comment reprendre le chemin des plateaux de cinéma après une telle tragédie ? Tout simplement en s'attaquant à l'adaptation d'une autre tragédie, l'une des plus noire et cruelle de l'œuvre de William Shakespeare. Se traînant une réputation de pièce maudite, Macbeth débute dans le sang et s'achève dans le sang, incluant une part de prédestination et de magie noire dans une histoire d'ambition, de meurtre, de paranoïa, de folie et d'ambition. Un terreau propice aux obsessions du réalisateur d'origine polonaise qui va réaliser son rêve de porter un texte du barde immortel (le Hamlet de Laurence Olivier est l'un des piliers de sa cinéphilie) tout en exorcisant ses traumatismes, anciens et récents. Une forme de thérapie qui, dans la bouche du spectateur non averti, risque fort de laisser un goût amer. Un goût de cendre et de boue.

 

Ce qui commence dans le mal s'affermit par le mal


Tourné dans des conditions météo déplorables et victime de dépassements de budget causés par le perfectionnisme désormais maladif de Polanski, Macbeth surprend tout d'abord par son naturalisme et le malaise provoqué par l'apparition des trois sorcières, plus hideuses, réelles et terrifiantes que jamais et le charnier encore frais d'une bataille féroce. Et la mise en scène de confronter cette atmosphère putride, immersive et suffocante à la poésie et à la théâtralité d'un texte respecté dans ses moindres subtilités. Il faut avoir déjà goûté aux vers de Shakespeare pour se laisser ensorceler et savourer ce choc sensitif. C'est l'une des plus grandes qualités de cette adaptation mais aussi le seul reproche que l'on puisse formuler à son encontre. Pour les néophytes, l'initiation sera rude.
C'est toutefois dans le portrait que Polanski dresse des époux Macbeth que son apport est le plus significatif. Plus jeune que dans les précédentes adaptations, le couple assassin et régicide semble être le jouet d'un destin qui leur échappe de plus en plus à chaque nouveau meurtre, glissant vers une folie irrémédiable et contagieuse. Dans cette allégorie du pouvoir, le réalisateur de Rosemary's Baby ne laisse entrevoir aucune issue, l'épilogue appuyant un cercle vicieux et empoissonné. Dans le rôle de Macbeth, Jon Finch laisse échapper une ressemblance à peine voilée avec Charles Manson et son regard hanté est source d'angoisse. Sa femme, incarnée par Francesca Annis, est un étrange croisement entre Sharon Tate et Lynette « Squeaky » Fromme, l'une des « femmes » de Manson. Monstres ou victimes, les Macbeth sont les deux à la fois.

Entre imagerie païenne et enluminures médiévales, Polanski brave les interdits et plonge sans retenue dans l'horreur, la beauté du texte n'étant qu'un vernis que l'on applique avec soin sur les plaies purulentes des plus sombres recoins de l'âme humaine. Qui ose se perdre dans les landes écossaises de Macbeth risque à chaque détour d'y perdre sa raison.

Alan Wilson






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Image :
La propreté du master n'exclut pas la présence d'un grain très prononcé qui ne s'adoucit qu'à l'occasion de formidables plans panoramiques sur les paysages hypnotiques d'une Écosse sauvage et primordiale. Les intérieurs présentent des contrastes parfois hésitants mais à la définition toujours robuste.

 


Son :
Quel que soit le mixage, les basses se font discrètes et l'acoustique se resserrent fermement autour des dialogues et de la musique. Le manque d'ouverture est un peu déconcertant mais reste cohérent avec l'ambiance décrite et témoigne d'un travail de fourmi sur la restauration du son.

 


Interactivité :
Les excellents suppléments de l'édition Criterion manquent malheureusement à l'appel et il faut se contenter de deux segments animés par Frédéric-Albert Lévy. La richesse de son propos tempère quelque peu nos frustrations et livre quelques clés pour mieux appréhender cette adaptation qui ne se laisse pas facilement dompter. Satisfaisant tout en restant un peu frustrant.

Liste des bonus : Entretien autour du film avec Frédéric-Albert Lévy - Historien du cinéma / Analyse de séquence par Frédéric-Albert Lévy / Bande-annonce d'origine

 
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