MAIGRET PAR JEAN GABIN
Maigret tend un piège, Maigret et l’affaire Saint Fiacre, Maigret voit rouge - France, Italie - 1958, 1959, 1963
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Policier
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 307 minutes
Distributeur : Coin de Mire
Date de sortie : 4 septembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Maigret par Jean Gabin »
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LE PITCH
Dans le quartier de la place des Vosges à Paris, un inconnu rôde et tue des femmes toujours de la même façon. Les meurtres s’enchainent. Ce tueur devient pour le commissaire Maigret une sorte d’ennemi personnel. Jamais il ne s’est trouvé aussi désemparé devant une affaire où ne pointe pas le moindre indice. C’est alors qu’il imagine une manœuvre désespérée…
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« Ah Patron ! C'que vous êtes fort ! »

Grand patron du box office du cinéma hexagonal pendant des lustres, le monolithe Jean Gabin aura même fait plier sous son poids le monument Simenon et sa création la plus célèbre : Le Commissaire Maigret. Trois opus inégaux mais frappé du sceau « savoir-faire français » dont la star était le meilleur des ambassadeurs.

Même si l'image de Maigret est aujourd'hui souvent associée à la gueule d'amour d'un Jean Gabin las mais bienveillant (toujours), notre légende nationale n'est que le huitième acteur a en emprunter la défroque, et ne le fera d'ailleurs qu'à seulement trois reprises. Pourtant il lui laisse définitivement son emprunte... ou est-ce l'inverse. C'est que les milliers de pages dédiées par Simenon à son détective de la PJ brosse déjà le portrait d'un homme en milieu-fin de carrière, posant un regard fatigué sur la criminalité ambiante, apportant des valeurs de justice presque patriarcales, avançant d'un pas lourd (c'est pas lui qui va te faire une cascade, ça non) l'imper sur les épaule, le couvre-chef vissé sur la tête et la pipe dans la poche ou dans le bec. Tout Gabin ça, qui se fond immédiatement dans la masse et qui par la suite, campera un petit défilé de flicailles désabusées auxquels il ne manquera que le copyright.

 

"c'est le métier mon petit"


Son arrivée dans le rôle titre tombe sous le sens comme en atteste sa première apparition dans Maigret tend un piège faite avec une simplicité désarmante, une absence de cérémonie très loin des passassions de pouvoir d'un James Bond par exemple. Pas de montée en pression, pas de chichi, on est là pour résoudre une affaire et pas pour jouer les danseuses. S'entourant comme d'habitude d'une équipe qu'il connait et maitrise, du réalisateur Jean Delannoy qui l'a déjà dirigé dans La Minute de vérité et Chiens perdus sans colliers au dialoguiste Michel Audiard dont les couleurs se prêtent parfaitement aux airs bougons de l'acteur, et quelques second rôles- camarades dont un Lino Ventura en adjoint à gros bras. Une entreprise carrée, trop peut-être car Delannoy n'est pas cinéaste des plus souples et des plus inspirés, là où il fallait sans doute un peu plus d'énergie, de suspens et de mystères pour aborder cette affaire d'assassin du marais, sorte de Jack l'éventreur parisien dont les révélations sur l'identité vont jouer un excellent trio « amoureux » qui n'est pas loin de faire penser au futur Psychose de Hitchcock. Un scénario accrocheur, et moderne dans ses explorations psychologiques, un peu lourdement mise en image, mais qui donne tout de même naissance à un polar à papa rondement mené. En particulier dans une dernière bobine où la jeune Annie Girardot doit faire face aux explosions de colère d'un Gabin qui en a soupé d'une gente féminine castratrice.

 

Bon sang mais c'est bien sûr !"


Enorme succès de l'année 58 avec pas moins de 2.6 millions de spectateurs, Maigret tend un piège pousse un peu, sous la pression des producteur, la même équipe à rempiler pour un second opus. Prenant plus de liberté encore avec le matériau originel, laissant plus de place encore à la truculence d'Audiard et profitant d'une trame plutôt originale dans la « saga » Maigret, Maigret et l'affaire Saint-Fiacre se dote d'une atmosphère toute particulière. Retour dans son village d'enfance pour le commissaire, confronté au meurtre d'une amourette d'enfance, dont le domaine est aujourd'hui étouffé sous les dettes et l'avidité de son entourage. Sobrement approché par un Delannoy manifestement plus à son aise dans ce décor presque gothique, le film est teinté d'une curieuse mélancolie que véhicule un Gabin sidéré par la bêtise humaine et par un portrait acide de la bourgeoise / aristocratie de campagne que n'aurait pas renié Chabrol. Un opus qui ressemble d'ailleurs souvent moins à du Simenon (les puristes parlent de trahison) qu'à du Agatha Christie dans sa multiplication des suspects et sa confrontation finale. Habile, Elégant, truculent dans ses portraits parfois à la lisière du tragi-comique, Maigret et l'affaire Saint-Fiacre est certainement l'une de ses meilleures enquêtes sur grand écran.

 

"les indices sont plutôt maigres patron"


On ne peut malheureusement pas en dire autant du plus tardif Maigret voit rouge tourné quatre ans plus tard où Gabin ne semble plus porter le projet qu'à bout de bras. Plus immobile que jamais, troquant le regard blasé pour celui d'un épagneul en fin de vie, il semble bien perdu devant cette affaire peu convaincante de querelles de bureaux entre la criminelle et des services américains aussi expéditifs et violents que les gangsters qu'ils poursuivent. Voulant manifestement se départir du récit policier classique, cérébral, pour un spectacle plus « moderne », le film balance le scénario par la fenêtre et laisse Maigret patienter sur le trottoir. Exit Audiard, remplacé par un Jacques Robert, l'auteur de Marie Octobre, beaucoup moins gouailleur, et même le réalisateur Gilles Grangier, qui a déjà dirigé Gabin à neuf reprises (Le Désordre et la nuit, Le Rouge est mis...) n'arrive pas à mobiliser la star par ses tentatives plus dynamiques. Nous sommes en 1963 les temps changent et ce Maigret là ne fait plus vraiment recette alors que Gabin, qui s'éloigne pesamment laissant un téléphone sonner tristement dans la nuit, ne va cesser de se confronter dans les deux décennies à venir à ce monde qui a osé changer sans lui demander son avis.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Les trois films n'ont pas tout à fait les mêmes origines. Ainsi les deux premiers opus avaient déjà été remasterisés en HD il y a quelques temps déjà par TF1 pour la diffusion sur les chaines du câble et furent même croisés chez quelques éditeurs européens en Bluray. Le travail effectué n'a manifestement été que numérique entrainant quelques segments moins définis, quelques effets lissés et des plans parfois encore assez fatigués. Le résultat reste probant, solide, mais il fait un peu pâle figure à coté de celui effectué sur Maigret voit rouge. Là, le partenaire est Studio Canal et la restauration, inédite, a été effectuée à partir d'un nouveau scan 4K du négatif original. Les cadres sont parfaitement nettoyés, l'image stabilisée et surtout grain de pellicule et reflets argentiques sont au rendez-vous. Une petite merveille.

 


Son :
Sans surprise les monos d'origines joliment nettoyés sont proposés sous la forme de pistes DTS HD Master Audio 2.0 aussi sobres qu'efficaces. Pas de décrochages à noter ou de saturations désagréables.

 


Interactivité :
Intégrés dans la collection La Séance, les trois films auraient presque mérité d'être proposés sous la forme d'un coffret dédié. Les trois médiabooks restent tout de même de superbes objets pour les amateurs de cinéma français avec son noir et blanc éclatant et ses titres en lettres dorés. A l'intérieur les galettes Bluray et DVD sont comme il se doit accompagnées d'un livret reproduisant de nombreux documents d'époque (livrets de presse, revues de presse, romans photos...) et des fac-similés de photos d'exploitation et de l'affiche originale. Et question de retrouver tout le charme des séances d'antan chaque métrage se voit introduit par le programme complet et consacré en HD : actualités d'époque, bande annonce et pubs gentiment datées.

Liste des bonus : La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d'époque, un livret reproduisant des documents d'époque (24 pages), 10 reproductions de photos d'exploitations (14,5 x 11,5 cm), la reproduction de l'affiche d'époque (29 x 23 cm).

 
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