UNE AFFAIRE D'éTAT
France - 2009
Image plateforme « DVD »
Image de « Une affaire d'état »
Genre : Policier
Réalisateur : Eric Valette
Musique : Noko
Image : 2.35 16/9
Son : Français en 2.0 et 5.1
Durée : 99 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 7 avril 2010
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Une affaire d'état »
portoflio
LE PITCH
Un avion chargé d'armes explose au dessus du Golfe de Guinée. Une escort girl est assassinée dans un parking parisien. Plusieurs milliers de kilomètres séparent ces deux événements et pourtant... Nora Chayd, inspectrice aux méthodes musclées, enquête sur le meurtre et bouscule sa hiérarchie. Victor Bornand, Monsieur Afrique officieux du gouvernement, tente d'étouffer la crise avec l'aide de son bras armé Michel Fernandez...
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Les pleins pouvoirs

Après un doublé nord-américain, qui l'aura confronté aux studios hollywoodiens (One Missed Call), puis à des restrictions budgétaires dignes de Roger Corman (Hybrid), Eric Valette revient en France concrétiser un projet qu'il porte à bouts de bras depuis plusieurs années. Et grand bien lui fit : héritier direct des pelloches burinées et corrosives de Henri Verneuil et Yves Boisset, Une affaire d'état est un rêve de polar.

 

Ecrite au couteau, sans une once de gras, et posant ses enjeux et ses personnages avec une concision absolument délectable, la triple ouverture (séquence choc, pré-générique, générique) d'Une affaire d'état annonce la couleur. Braquant son objectif sur un pouvoir en parfait décalage de la société qu'il est censé diriger, Valette, sur la base d'un script incroyable dont il est co-auteur, parvient à mêler d'emblée urgence dramatique et recul ironique, à exposer des personnages hautement condamnables, mais tellement grandiloquents qu'ils en deviendraient presque sympathiques. L'ambiguïté est maîtresse dans Une affaire d'état. Les méthodes scandaleuses employées par le personnage d'André Dussolier servent indirectement une cause noble (sauver des otages, que leur libération soit destinée à réélire un président ou non). Son homme de main Fernandez (formidable Thierry Frémont) aspire, à travers des frasques maladroitement assassines, à bouleverser son existence. A tailler la zone. La fliquette à leurs trousses, qui n'a de musulmane que les origines (le dialogue coupe immédiatement court à tout discours social sur l'intégration des minorités dans les administrations, recadrant par la même l'emphase sur l'intrigue proprement dite) avoue dans le premier acte prôner la peine de mort. Voguant inlassablement d'un point de vue à un autre, Valette souligne toutes les contradictions de ce superbe trio, et inonde Une affaire d'état d'une émotion latente, subtile, qui frappe en plein coeur au moment où l'on s'y attend le moins.

 

Le prisme du polar

 

L'une des séquences les plus fortes d'Une affaire d'état oppose les regards de Rachida Brakni et Thierry Frémont dans l'espace réduit d'une voiture de police, tandis qu'une musique diffusée via l'autoradio confronte virtuellement Fernandez à l'une de ses victimes (courrez voir le film pour comprendre). Simple en apparence, cet instant de grâce synthétise toute la réussite d'un long-métrage capable de mêler les drames les plus feutrés aux enjeux les plus larges, conspirations internationales et accidents meurtriers se nourrissant les uns des autres pour former une énorme sac de noeuds dont personne ne ressortira indemne. Avec sa structure implacable en crescendo, s'éloignant par conséquent des trois actes classiques, Valette s'amuse à superposer des couches et des couches de tonalités complémentaires, allant de la satire pure et simple à la tragédie criminelle façon Carlito's Way, en passant par le buddy movie et le film policier friedkinien. Débarrassé de tout commentaire voulu "engagé" et épaulé par une bande originale modernisant le vocabulaire du Ennio Morricone des seventies, Une affaire d'état fonce tel une locomotive à travers le prisme du polar. Sa triple conclusion (une course-poursuite à échelle humaine, une escorte sanglante dans une gare et une révérence paradoxalement victorieuse) constitue l'apogée inespérée d'un spectacle comme le cinéma français n'en avait pas produit depuis au moins trente ans. En espérant qu'on ne doive pas attendre trois décennies supplémentaires pour que l'expérience fasse des petits.

Alexandre Poncet

 

 

 

 

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Image :

Les techniciens de Pathé ont bien fait leur travail : la copie DVD d'Une affaire d'état fait honneur au film, avec des contrastes puissants, des teintes racées et des noirs profonds, notamment lors d'une scène de cambriolage qui vire au meurtre violent. La compression fait de la même manière son ouvrage, en évitant autant que possible les pertes de définition et en assurant un niveau de détail tout à fait correct pour le support.

 

Son :

Absence de commentaire audio oblige, Pathé se retrouve avec de la place à revendre sur son disque. En sus du Dolby Digital 5.1 de rigueur, les spectateurs les moins équipés pourront donc profiter d'une piste stéréo très frontale, assez proche au final des monos des Boisset et Verneuil. La musique de Noko reste superbe et entêtante, quelque soit le mixage sélectionné.

 

Interactivité :

Grosse déception que cette première (et définitive ?) édition d'Une affaire d'état. Le film ayant moyennement fonctionné en salles, Pathé se contente du strict minimum, à commencer par un petit documentaire d'un peu moins de 25 minutes composé d'images de tournage et d'interviews sur le vif. Heureusement, le module aborde l'excellente partition de Noko, et son implication très sérieuse dans le projet. Une seconde featurette, plus thématique, aborde la question du rapport entre la France et l'Afrique ; pas vraiment très éclairant pour qui cherche ici une dissection du film lui-même. L'absence de commentaire audio enfonce le clou...

 

Liste des bonus : Making of, Documentaire géopolitique, bande-annonce.

 
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