TOOTSIE
Etats-Unis - 1982
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Comédie
Réalisateur : Sidney Pollack
Musique : Dave Grusin
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et 1.0, Français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 116 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 17 juin 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
À New York, Michael Dorsey écume les castings pour enfin décrocher un rôle. Mais cet acteur intransigeant, connu pour son mauvais caractère, n’enchaîne que les refus. Un jour, alors qu’il accompagne son amie Sandy à une audition pour le célèbre soap General Hospital, il décide de changer d’identité et revient au studio sous les traits de la comédienne Dorothy Michaels. Grâce à son franc-parler et à son énergie débordante, elle obtient le rôle et devient bientôt la vedett...
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#himtoo

Carton total au box office américain en 1982 et énorme succès dans le reste du monde, Tootsie et son Dustin Hoffman travesti en femme à poigne n'a pourtant pas fait polémique en son temps. Une comédie enlevée, sensible et assez délicate dont on peut tirer quelques enseignements encore aujourd'hui.

Gros ressort humoristique et ingrédient régulier de la satyre traitant de la « Guerre des sexes », le travestissement est une figure récurrente qui remonte aussi loin que l'œuvre de Shakespeare, mais bizarrement nos contemporains imaginent systématiquement la figure du travelo à la voix grave ou le précieux façon Cage aux folles. Pas vraiment le genre de Dustin Hoffman, acteur intègre, passionné, minutieux et surtout encore conscient du monde qui l'entoure, qui va se passionner pour ce projet à très lente maturation, au départ moins pour des questions politiques, que pour l'exercice même, le défi. Mais pas question de faire cela n'importe comment et quasiment, producteur artistique sur le métrage en devenir, il s'implique énormément dans l'écriture du projet, sa tonalité, le choix des acteurs, du metteur en scène, tout en stipulant dès le départ que le film ne pourra se faire que si la transformation se révèle crédible. Et elle n'est pas crédible, elle est confondante de réalisme. L'acteur, devenu une petite dame un peu collet monté et tout en nervosité contenue, fera même l'expérience avec quelques amis et collègues comme John Voigt qui se laisseront prendre. Pas de maquillage superflu ou de prothèse autre que le dentier visible dans le métrage, mais un relooking imposant, un maquillage habilement pensé et surtout une prestation renversante d'un comédien qui n'imite pas les femmes mais, et cela va devenir le sujet même du film, est allé chercher la femme en lui, Dorothy. Un personnage Michael / Dorothy qui se confond très souvent avec Dustin Hoffman, jusque dans la description ultra réaliste du milieu précaire, mais incroyablement passionné et rageur, des artistes new-yorkais.

 

Victoria, Victor


Une expérience loin d'être anodine et que le réalisateur Sidney Pollack (Jeremiah Johnson, Out of Africa...) qui là signe sa première comédie, va embrasser en prenant une certaine distance justement avec la « grosse comédie ». Venu plutôt du drame sentimental, il y applique un même soin dans la construction des personnages, dans la mise en place d'un contexte crédible, de réactions sensibles qui, malgré de nombreuses prises de bec sur de menus détails et une collaboration un peu musclée, fait clairement écho à la volonté de Dustin Hoffman. Rédigé à une douzaine de mains, avec d'ailleurs quelques suggestions du copain Bill Murray (parfait en colocataire affligé et tragédien raté), le scénario sera même peaufiné à chaque moment du tournage, sur le plateau ou en coulisses, presque jusqu'à la table de montage. Un travail d'horloger, une mécanique qui esquive justement les gros rouages, et qui malgré quelques éclats de rires et des situations qui s'engouffrent volontiers dans le vaudeville outrancier (lui est amoureux de la belle Jessica Lange qui tente de le caser avec son père etc...) est surtout un petit bijou qui réussit à combiner le voyage intérieur de Michael Dorsey, à la fois en tant qu'acteur et en tant qu'homme, avec une illustration parfaite de la condition de la femme dans la société occidentale.

 

Quelques décennies avant les nombreuses révélations de harcèlements et agressions sexuelles dans le milieu hollywoodien, Tootsie s'attaque au machisme ordinaire qui nourrie les coulisses d'un soap médicale typique de la télé américain, entre le réalisateur paternaliste qui trompe sa compagne à tire-larigot, le vieux pervers qui exige une scène de baiser avec chaque nouvelle actrice, ou le traitement complètement crétins des personnages féminins du show. Sorte de dynamo explosant à chaque scène, Tootsie renverse les situations, bouscule ces mâles pleins d'assurances et pose bien souvent les bonnes questions, faisant rapidement tache d'huile. Mais la meilleure scène sur ce sujet, est certainement celle où Dorothy stupéfaite se fait véritablement agresser sexuellement par le has been vieillissant John Van Horn, interrompu par le coloc qui tente une boutade pour détendre l'atmosphère. Enlevant sa perruque, apparaissant sans fard et défait, Michael lui répond : « un viol ne prête jamais à rire ». Si l'on excepte une bande sonore assez datée (en particulier les deux tubes plus 80's tu meurs), Tootsie autant dans sa rigueur, son rythme que par sa fausse légèreté, n'a pas pris une ride.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Produit en 2016 par Criterion cette remasterisation HD de Toostie est aussi impressionnante que l'on pouvait l'espérer. Effectuée à partir d'un scan 4K d'un négatif 35mm la restauration s'est montrée particulièrement minutieuse en faisant disparaître la moindre traces et imperfection des cadres tout en assurant une définition à la précision inédite pour ce métrage. Les couleurs sont aussi marquées que possible malgré leurs petites fadeurs de l'époque, mais les séquences nocturnes, les intérieurs feutrées se montrent aussi riches et admirablement précises que les plans larges de New York ou les tournages en studios. Maniant avec finesse le grain de pellicule et les légers élans vaporeux de la photo, le bluray se dote au passage de jolis petits reflets argentiques.

 


Son :
Restauré au même moment la piste mono d'origine séduit aisément par sa limpidité constante et ses équilibres bien posés. Mais la surprise vient surtout du nouveau mix DTS HD Master Audio 5.0 (absent du disque Criterion) qui malgré sa petite modeste d'usage se montre très pointilleux sur les ambiances spatiales et apporte quelques effets pas négligeable lors des extérieur. Toujours aussi plaisant et soigné, le doublage français résiste aux années même si forcément le mix en lui-même est un tout petit peu plus plat.

 


Interactivité :
16ème volume de la collection Ultra Collector de Carlotta, finalement proposé au coude-à-coude avec Phase IV pour cause de COVID-19 (vous savez ce petit virus grippal), Tootsie est délivré dans l'habituel format du fourreau grands luxe (avec un visuel pour une fois un peu raté) contenant un livre de 160 pages dans la couverture duquel sont glissés le DVD et le Bluray. Cet ouvrage traduit pour l'occasion, La Création de Tootsie, est le récit par Susan Dorkin des coulisses de la construction du film. Une reconstitution appliquée et documentée des nombreux débats qui ont longuement occupés Sidney Pollack et Dustin Hoffman, du premier jet jusqu'à la table de montage. Une manière de percevoir la précision considérable de l'écriture de ce film, la nécessité pour ses créateurs de sonner juste et de trouver l'équilibre parfait. Dommage cependant que le texte n'aille pas plus loin en dressant un parallèle plus complet avec le contexte social de l'époque et en soulignant plus avant la particularité de cette réflexion aux accents féministes. Une lecture intéressante même si les deux making of (l'un de 88, l'autre de 2007 reprenant les même images de coulisses) traite justement déjà largement du même point de vue avec en particulier un Dustin Hoffman qui ne cache jamais cette obsession de la justesse qui frôle la maniaquerie et l'obsession.... Pour mieux réaliser à l'arrivée, ironiquement, que les meilleures scènes du film ont en général été improvisées. Le programme s'achève par quelques images d'archives montrant les premières recherches de l'acteur pour l'apparence de son double féminin, ainsi qu'une petite sélection de scènes coupées pas forcément anecdotiques comme cette petite scène de Feydeau supplémentaire entre Sandy et Michael, et surtout la rencontre gênante entre celui-ci, à son bouleau de serveur, avec son ex désormais remariée et maman.

Liste des bonus : La Création de Tootsie par Susan Dworkin (160pages), The Making of... Tootsie (34'), Un Homme meilleur (69'), 9 scènes coupés (10'), Essais vidéo de Dustin Hoffman (3'), Bandes-annonces.

 
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