ORCA
Etats-Unis, Pays-Bas - 1977
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Orca »
Genre : Aventure
Réalisateur : Michael Anderson
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 92 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 17 mai 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Orca »
portoflio
LE PITCH
Espérant faire fortune en capturant un orque pour le revendre à un zoo, le capitaine Nolan se trompe de cible et tue une femelle et l'enfant qu'elle portait. Fou de douleur, le mâle poursuit le bateau et son équipage, prêt à tout pour se venger…
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L'océan a une âme

Jaquette hideuse pondue par un stagiaire paresseux, absence totale de bonus et restauration à minima. Il semble acquis qu'Orca ne recevra jamais le traitement qu'il mérite. Fond de catalogue un jour, fond de catalogue toujours. Pour autant, cette sortie (inespérée) sur support haute-définition nous offre une occasion supplémentaire de défendre et de réhabiliter le film de Michael Anderson, hâtivement étiqueté comme une mauvaise copie des Dents de la mer.

Il est vrai que le succès du chef d'œuvre de Steven Spielberg aura fait bien des envieux. À commencer par le nabab italo-américain Dino de Laurentiis qui envisage bel et bien Orca comme un concurrent direct aux exploits sanglants du grand requin blanc d'Amity. Il confie l'écriture du film (qui ne possède pas encore de titre) à un compatriote avec lequel il décide d'ailleurs de s'associer, Luciano Vincenzoni. Scénariste de l'ombre habitué à jouer les script doctors, Vincenzoni a notamment retouché les scenarii d'El Mercenario de Sergio Corbucci et d'Il était une fois la Révolution de Sergio Leone. Mais si les longs manteaux, les colts et les tronches burinées par le soleil du désert sont une chose, s'attaquer aux dangers et à la beauté du grand large en est une autre. De Laurentiis veut « un poisson plus coriace et plus effrayant que le grand requin blanc » mais Vincenzoni sèche, à court d'imagination avant d'avoir écrit la moindre ligne. Coup de chance, le frère du scénariste, Adriano, est un mordu de zoologie marine et suggère immédiatement de se concentrer sur l'épaulard, ce grand mammifère marin que l'on surnomme souvent «la baleine tueus ». Une idée brillante si l'on prend en compte l'incroyable cinégénie de l'animal, silhouette à la fois massive et profilée, de grandes tâches blanches de chaque côté, semblables à un regard menaçant. Mais Adriano Vincenzoni ne s'est sans doute pas arrêté en si bon chemin et le ton du film, respectueux de la vie sauvage, profondément écologiste et faisant du prédateur un être sensible animé d'une vengeance juste envers des humains barbares et ignorants, motivés par l'appât du gain, lui est sans nul doute imputable. C'est bien là la différence fondamentale entre Orca et Les Dents de la mer. Invité à mettre la touche finale au scénario, le romain Sergio Donati (collaborateur de Vincenzoni sur Il était une fois la Révolution) n'apporte que son professionnalisme et sa rapidité d'écriture. Ne manque plus alors qu'un metteur en scène et un casting qui ait de la gueule.

 

l'Océan a un coeur


Britannique et signataire de quelques solides productions à grand spectacle (The Dam Busters, Le Tour du monde en 80 jours avec David Niven en Philéas Fogg et L'âge de Cristal), Michael Anderson est choisi par De Laurentiis pour prendre les rênes d'Orca, avec un budget confortable mais aussi des instructions claires : ne pas s'enliser dans les retards et les catastrophes à répétition subies par Steven Spielberg et son équipe à Martha's Vineyard. Le tournage s'effectue à une distance raisonnable des côtes de Terre-Neuve et de la province du Labrador, au Canada. Là où Les Dents de la mer dépendaient du bon fonctionnement de son requin mécanique, Anderson choisit de privilégier des images d'authentiques épaulards (et même un vrai requin pour l'ouverture du film, spécialement «capturé» pour le tournage) qu'il tourne dans un Marineland de Los Angeles. Une méthode discutable sur le fond (puisque c'est bien cette exploitation que le film dénonce) mais ô combien payante à l'image. Écartant les mélodies menaçantes et les élans «swashbuckleresque» de la partition de John Williams, l'indispensable Ennio Morricone magnifie la fable de Michael Anderson avec un adagio à vous fendre le cœur, donnant aux nombreux ballets aquatiques des allures de procession funèbre à la beauté tétanisante. Et, en l'état, il est bien difficile de nier qu'Orca doit énormément au compositeur. Quid de la mise en scène d'Anderson ? Attentif au cadre, à la lumière et au découpage, le presque sexagénaire donne dans l'académisme le plus exemplaire qui soit, noyant les contours les plus bis du projet (l'ouverture, le gore, les gros plans saturés de rouge sur le regard de l'orque) dans un amour évident de la grande aventure, navigant fièrement dans le sillage de John Huston, voire du Richard C. Sarafian du Convoi Sauvage.

Dans la peau du capitaine Nolan, Richard Harris se livre corps et âme dans une habile variation du capitaine Achab de Moby Dick. Arrogant et téméraire comme peuvent l'être les grands marins, Nolan, rongé par la culpabilité mais aussi la haine de cet animal qui refuse d'abandonner sa vengeance, se transforme peu à peu en une figure spectrale, un homme au cœur sec s'en allant sombrer au bout du monde, plongeant son désespoir dans les eaux glaciales du cercle polaire. Un grand rôle, un de plus pour cet irlandais qui nous a quitté en 2002. A ses côtés, Charlotte Rampling (qu'on ne présente plus), Will Sampson (l'indien de Vol au dessus d'un nid de Coucou de Milos Forman) et Bo Derek (qu'elle était belle, Bo) en serait presque réduit à faire de la figuration. Presque.
Et si après tout ça, vous pensez encore qu'Orca, c'est juste une série B produit par des italiens opportunistes, nous ne pouvons plus rien pour vous.

Alan Wilson








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Image :
La copie du dvd paru en 2003 était déjà très propre, exception faite d'un voile blanc venant parasiter les séquences nocturnes. Un accroc d'encodage que ce blu-ray balaie à tout jamais. Les contrastes sont aussi tranchants que les dents de l'épaulard et le gain de définition permet de débusquer les plans issus de sources différentes. Plus important encore, les noirs ont gagné en profondeur, les couleurs revivent et l'épilogue est de toute beauté.

 


Son :
Autant la qualité d'image justifie l'achat, autant le mixage sonore fait office de mauvais élève. Rien de désagréable en soi et la clarté est de mise. Mais l'absence totale de relief stéréo, des basses étouffées et une saturation des aiguës qui laissent à penser que Studiocanal s'est retrouvé à faire de son mieux avec des éléments de seconde génération. Quand on passe au score d'Ennio Morricone qui crachote au lieu d'exploser, on se dit qu'il y a des baffes qui se perdent.

Liste des bonus : Aucun

 
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