DES GENS SANS IMPORTANCE
France - 1956
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Genre : Drame
Réalisateur : Henri Verneuil
Musique : Joseph Kosma
Image : 1.33 4/3
Son : Français DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titre : Français pours sourds et malentendants
Durée : 103 minutes
Distributeur : Coin de Mire
Date de sortie : 22 octobre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Des Gens sans importance »
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LE PITCH
Au volant de son camion, Jean Viard, la cinquantaine un peu triste, effectue des liaisons Paris-Bordeaux pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses trois enfants. Un soir de Noël, dans un relais routier, il fait la connaissance de Clotilde, une jeune serveuse …
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Sur la route

Après avoir adapté Joseph Kessel pour Les Amants du Tage, Henri Verneuil enchaîne sur Des Gens sans importance d'après Serge Groussard. Un autre drame, une autre histoire d'amour qui tourne court. Françoise Arnoul est à nouveau de la partie mais le film marque surtout la rencontre entre Jean Gabin et Verneuil. Trio gagnant pour cette superbe édition de ce qu'il est d'usage d'appeler « un grand petit film ».

1956. Sa longue collaboration avec Fernandel n'est pas encore achevée (les compères tireront le rideau avec La Vache et le prisonnier en 1959, dans une ambiance pour le moins tendue) qu'Henri Verneuil pense déjà à l'avenir. Rencontrée sur le plateau du Fruit défendu en 1952 dont elle incarne le rôle titre, du haut de ses 21 ans, face, justement, à Fernandel, Françoise Arnoul va très vite apporter au cinéma populaire de Verneuil une saveur très particulière, une profonde mélancolie dont on peut dire qu'elle court jusqu'à Mayrig et 588, rue Paradis et qui ne demandait qu'à faire surface. Dans le visage un peu triste de cette petite brune née en Algérie française, Verneuil y trouve sans doute un reflet de son propre exil, lui qui débarqua à Marseille à l'âge de 4 ans, fuyant avec sa famille le génocide arménien. Le lien entre l'actrice et le cinéaste, aussi ténu soit-il est pourtant bien réel. Mais il manque encore un nom à l'appel pour que le Verneuil des années 60 se profile enfin à l'horizon.
Fernandel était une icône du cinéma populaire français. Jean Gabin en était une autre, plus imposante encore. Qui d'autres, d'ailleurs, que Gabin pour incarner Jean Viard, capitaine de semi-remorque taiseux et bourru ? La collaboration entre le cinéaste et le star, qui atteindra son apogée avec Un Singe en hiver, ne pouvait démarrer sous de meilleurs auspices. Co-signant l'adaptation avec François Boyer, Henri Verneuil trouve avec Des Gens sans importance l'équilibre parfait entre romance et drame social.

 

L'amour entre parenthèses


Le décor est planté avec maestria dès la scène d'ouverture. Un relais pour routier perdu au milieu de nulle part, entre deux grandes villes. Le patron se démène maladroitement, handicapé par une guibolle en bois, et le vent ramène la poussière. Gabin y traîne sa silhouette, seul, et son regard s'attarde vers la serveuse qui cède aux avances d'un beau soldat américain au sourire irrésistible. « Toutes les bonniches s'appellent Marie » nous dit-il en voix-off. La serveuse jette son tablier et saute sans un regard en arrière dans la voiture rutilante du GI. Les autres, les prolos, les solitaires, les éclopés, restent en arrière, hanté par des souvenirs doux-amer. Et le film de dérouler en un long flash-back à l'issue forcément tragique, la relation qui va se nouer entre Jean Viard et Clotilde.
Quand d'autres fêtent Noël et se rendent gaiement à la messe de Minuit, Jean Viard et son copilote Pierrot (Pierre Mondy, tout en demi-sourires et dignité simple) s'épuisent au volant de leur camion, enquillant les heures et les kilomètres et manquant de s'encastrer à pleine vitesse dans la façade d'une boutique de village. Âme seule en attente d'un avenir meilleur qui ne cesse de lui échapper, Clotilde, elle, hante les murs du relais routier. Clotilde et Jean, malgré la différence d'âge (trente ans au bas mot), malgré l'adultère, étaient faits l'un pour l'autre, histoire de partager un peu d'amour et de rêver à des lendemains moins gris, mais sans se faire d'illusions dans cette France qui fonce sans se donner la peine de tendre la main aux retardataires.

Exigeante, rigoureuse, la mise en scène évite tout misérabilisme, même lorsque se profile le thème difficile (et encore tabou pour l'époque) des avortements clandestins. L'émotion est toujours à fleur de peau, soulignée avec douceur par le thème spectrale de Joseph Kosma. Quant à Gabin, le voir ainsi fendre son armure par petites touches, ne peut laisser insensible. Oui, un grand, un très grand même, petit film.

Alan Wilson








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Image :
Le master est issu d'une restauration en 2K de toute beauté aux contrastes très doux et à la définition optimale, même et surtout lorsque l'histoire multiplie les scènes de nuit, la grisaille et les brouillards épais. Peu de tâches et de griffures mais une poignée de plans larges (notamment un panorama nocturne des quais de Bordeaux) encore abîmés, les seuls à trahir véritablement les 64 ans d'âge du film.

 


Son :
L'équilibre acoustique est fragile et menace par instants de trébucher dans la bouillie aiguë. Mais la clarté des dialogues, la sobriété des ambiances et un mastering audio soigné font finalement pencher la balance du bon côté. Quoi qu'il en soit, ne vous attendez pas à une expérience immersive, le mono n'est pas fait pour.

 


Interactivité :
Les jeux olympiques d'hiver de Cortina d'Ampezzo, les premiers troubles annonciateurs du bourbier de la guerre d'Algérie (des « incidents », comme dirait l'autre) , ces actualités Pathé nous remette dans le bain de l'hiver 1956 et apportent indéniablement une dimension supplémentaire au visionnage du film d'Henri Verneuil, soulignant l'intention du cinéaste de jeter un autre regard sur le progressisme triomphant des Trente Glorieuses. On ne le répétera jamais assez, l'expérience de la séance d'époque proposée par l'éditeur Coin de Mire est incomparable et en dit tout autant qu'une batterie de making-of et d'entretiens. De la belle ouvrage qui se poursuit jusque dans le packaging, d'une très grande classe. Nos éditeurs ont du talent !

Liste des bonus : La séance complète (actualités et publicités d'époque en haute-définition) / Bandes annonces de la collection, Fac-similé de l'affiche, 10 photos d'exploitations, livret.

 
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