GODSPEED
Yi Lu Shun Feng - Taïwan - 2016
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Genre : Policier
Réalisateur : Chung Mong-hong
Musique : Tseng Si-ming
Image : 2.35 16/9
Son : Mandarin DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 111 minutes
Distributeur : Spectrum Films
Date de sortie : 18 février 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Chargé par un trafiquant de drogue d'acheminer un paquet depuis Taïpeï jusqu'au sud de Taïwan, Na Dow, jeune criminel sans envergure, monte dans le taxi du vieux Xu. Pendant le voyage, les deux hommes sont pris dans la tourmente d'une guerre des gangs...
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Taxi Driver

Pour le public occidental, le cinéma taïwanais se résume le plus souvent à deux noms : Ang Lee et Hou Hsiao-hsien. Les cinéphiles, un peu plus pointus, s'amuseront à rallonger cette courte liste avec Edward Yang (Yi-yi, sensation cannoise en 2000) et King Hu (A Touch of Zen). Mais il reste encore beaucoup de terrain à défricher et Spectrum Films, nouveau gourou du cinoche asiatique dans l'Hexagone, nous propose de nous intéresser au cas de Chung Mong-hong, valeur sûre dont les multiples influences ne prennent jamais le pas sur une personnalité affirmée.

Godspeed est le quatrième long-métrage de Chung Mong-hong et vient s'ajouter à un beau tiercé d'œuvres récompensées un peu partout dans le monde (Parking - déjà disponible chez Spectrum Films - , Le Quatrième portrait et Soul, ce dernier ayant même caressé l'espoir de décrocher l'Oscar du meilleur film étranger en 2013). Diplômé de l'Art Institute de Chicago, ce réalisateur de 55 ans s'est bâti une réputation dans la publicité et a construit son indépendance petit à petit, jouant autant d'une conscience commerciale aiguë que d'un appétit certain pour la reconnaissance critique. Pour ce road-movie croisant le film de gangsters façon Johnnie To et Takeshi Kitano, le soin maniaque apporté aux images et à l'ambiance (le bonhomme est son propre chef opérateur, caché derrière un pseudonyme ... nippon) et le refus de se conformer aux codes en vigueur font office de note d'intention. Il serait pourtant un peu hâtif de qualifier Chung Mong-hong d'émule taïwanais de Nicolas Winding Refn ou de Quentin Tarantino, quand bien même Godspeed fait le choix risqué de s'ouvrir sur un prologue bavard de quinze minutes où Vithaya Pansringarm, l'ange exterminateur d'Only God Forgives, se paie un caméo forcément sanglant. En embarquant dans le taxi défraîchi d'un immigré Hong-kongais incarné par Michael Hui (en mode Droopy) épatant, le scénario prend un virage surprenant où les armes et la violence comptent moins que l'amitié, les regrets et le poids du destin.

 

routes secondaires


Patiemment, scène après scène, Chung Mong-hong déconstruit les attentes du public. Cette guerre de trafiquants de drogue qui aurait dû occuper le premier plan et amener l'intrigue jusqu'à sa conclusion passe assez vite au second plan, ses contours devenant de plus en plus flous jusqu'à une résolution expédiée en un coup de volant, à la limite du fantastique. Un gunfight bref et sec et une séance de torture douloureuse et sadique (un casque de moto, une scie à métaux, attention au mal de crâne!) et puis l'impasse, pour filer la métaphore routière.
Godspeed réserve son énergie pour un duo improbable qui débute par une scène étrange, où l'humour d'un quasi-quiproquo (ne serait-ce pas de la drague ?) le dispute à un malaise banal. Entre Na Dow, jeune homme mutique au regard absent, et Old Xu, sexagénaire désabusé, s'installe un dialogue à sens unique où la question de l'argent laisse vite la place à une solitude pesante que rythme un score aux sonorités latines, donc décalé. Chung Mong-hong filme ce rapprochement avec une délicatesse et une sensibilité irrésistibles. Ce sont là deux personnages secondaires qui volent la vedette à des truands minables et au business-plan contrarié. C'est toute la force et la singularité du film, ride hypnotique se concluant par un moment à la simplicité désarmante. L'argent est sur la table, tout n'est pas perdu et le partage d'un repas scelle une amitié durable. Dans les sorties de routes se nichent les plus belles histoires.

Alan Wilson






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Image :
Les contrastes appuyés, les tons verdâtres, l'intimité d'un coffre de voiture éclairée par une lampe multicolore et les sorties champêtres bénéficient grandement d'une copie irréprochable à la définition aiguisée. Les défauts de grain sont totalement absents et les vastes paysages du sud de Taïwan sont ici magnifiés. Spectrum Films a soigné le boulot.

 


Son :
Les ambiances semblent parfois étouffées mais l'effet a été soigneusement étudié et n'empêche pas les enceintes arrières de vrombir occasionnellement. De la fine dentelle acoustique rehaussée par la clarté exceptionnelle de la musique et des dialogues. La preuve qu'un beau mixage n'a pas forcément pour vocation de se mettre le voisinage à dos.

 


Interactivité :
Conséquente, elle débute par un exposé érudit (qui risque d'en laisser quelques uns sur le bas côté) de Wafa Ghermani dont on peut trouver un prolongement dans les propos malheureusement monotones de Panos Kotzathanasis, un peu trop penché sur ses notes. Plus chaleureuse est l'interview (en anglais) du vétéran Michael Hui qui revient sur sa carrière ses méthodes d'acteur et sa vision de l'humour à la télévision et au cinéma. On plonge ensuite en apnée dans les coulisses du film avec un making-of d'une heure riche en image de tournages et les versions alternatives de deux scènes clés du film, ici rallongées de dialogues un peu plus explicatifs. L'approche est profondément cinéphile mais on lui reprochera, histoire de pinailler, un léger manque de pédagogie pour ceux qui découvriront ici le cinéma de Taïwan.

Liste des bonus : Présentation du film / Avant-propos / Making-Of / Interview de Michael Hui / Scènes coupées / Bande-annonce

 
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