THE BRIDE WITH WHITE HAIR PART 1 & 2
Hong-Kong - 1993
Image plateforme « Blu-Ray »
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Réalisateur : Ronny Yu, David Wu
Musique : Richard Yuen
Image : 2.35 16/9
Son : Cantonais DTS HD Master Audio 5.1, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 169 minutes
Distributeur : Spectrum Films
Date de sortie : 18 mars 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Lian a été élevée par des loups. C’est aujourd’hui une sorcière redoutée. Lorsqu’elle se retrouve face à un jeune guerrier membre du clan ennemi, c’est le coup de foudre.
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Le Yin et le Yang

Tiré du roman La Mariée aux cheveux blancs, le film de Ronny Yu n'est pas la première adaptation de cette histoire mettant en scène un couple maudit dans la tradition de Roméo et Juliette, mais le réalisateur ne va pas seulement faire une nouvelle adaptation, il va aussi en faire un magnifique chant du cygne pour toute une époque du cinéma de Hong-Kong qui allait bientôt toucher à sa fin.

Alors que Ronny Yu était déjà un réalisateur confirmé de cet âge d'or du cinéma hongkongais, aux côtés de Tsui Hark ou John Woo, il ne s'était encore jamais essayé au genre du Wu-xia Pian (l'équivalent du film de cape et d'épée) et, ici, le Wu-Xia Pian fantastique qui s'était fait connaitre dans le monde entier dans les années 80 avec le Zu, Les guerriers de la montagne magique de Tsui Hark. Ce genre mythique du cinéma a connu, comme le western, de nombreuses variations et réinterprétations au fil des décennies et le projet d'une nouvelle version de La Mariée aux cheveux blancs s'est lancé après le succès de deux séries de films qui ont beaucoup influencé le film de Ronny Yu, Swordsman et Histoires de Fantômes Chinois. Deux productions (et réalisations ?) de Tsui Hark. Pour former le couple de son film, le réalisateur va emprunter les deux stars de chacune des deux séries, Brigitte Lin et Leslie Cheung. Ce qui pourrait paraître d'abord être un choix commercial va en fait être le coeur du projet de Ronny Yu et de son scénariste Jason Lam, qui va apporter de nombreuses modifications dans l'histoire originelle, pour faire du film un vrai poème visuel, une fable sur la nature humaine et les relations Homme-Femme. Malgré le fait qu'ils interprètent des guerriers redoutables et ayant de nombreuses scènes d'action dans le film, Brigitte Lin et Leslie Cheung n'étaient pas des artistes martiales comme plusieurs de leurs confrères. Ce qui a intéressé Ronny Yu c'était avant tout leurs talents dramatiques et notamment le fait qu'ils partageaient tous les deux un physique androgyne, un trait important pour le traitement de leurs personnages.

Cette complémentarité visuelle amène la première modification de l'histoire pour le personnage de Zhuo (Leslie Cheung) qui devient ici un combattant émérite, alors qu'il était plutôt lâche dans le roman, lui permettant d'être l'égal de Lian (Brigitte Lin) sur le plan de l'affrontement. Le film joue ainsi constamment sur les structures en parallèle entre les deux personnages pour montrer leurs complémentarités. Si Zhuo a grandi dans un temple entouré d'amis et de professeurs, Lian est une orpheline qui a grandit dans la nature entourée de loups. Leur première rencontre (en tant qu'adultes) joue d'ailleurs sur un joli effet de miroir, où Lian et Zhuo vont chacun s'extirper de leurs milieux respectifs (une secte meurtrière et un temple rigoureux) pour se retrouver au chevet d'une femme enceinte et l'aider à accoucher, un acte qui aura des conséquences malheureuses à leur insu et qui va prophétiser tout ce que leur amour va connaitre.

C'est uniquement sortie de leurs carcans respectifs, et dans un lieu qui n'appartient qu'à eux, une grotte souterraine, (on ne compte principalement que trois décors dans le film, le temple, la secte et la grotte) que les deux personnages pourront vivre leur amour et s'unir physiquement (dans une vraie scène d'amour, chose rare dans les Wu-Xia Pian) et spirituellement. Cette union va amener le deuxième gros changement du scénario, l'ajout des personnages de Gei Mou Seung, des personnages de frère et sœur siamois absent du roman. Ces personnages qui sont les antagonistes du film, le sont par leurs actes mais surtout par leur représentation qui est le reflet inversé du couple Lian-Zhuo. Eux sont unis ensemble dans leur chair, se déteste et sont incapables de se faire face parce que lié par le dos. Deux personnages fascinants que ce soit par leur visuel, le travail sonore sur leurs voix mélangées, la mise en scène et le montage qui s'amusent à les traiter comme deux êtres séparés et aussi leur passé qui est lié à celui du temple de Zhuo et dont les actes ont entrainé une série d'évènements dont Lian et Zhuo seront les victimes malheureuses.

 

UN déséquilibre dans la force


Tourné dans la foulée de l'énorme succès du film de Ronny Yu, The Bride With White Hair Part 2 est conçu, comme son titre l'indique, comme sa suite directe. Si le scénariste Jason Lam est toujours à l'écriture, Ronny Yu n'est plus à la réalisation et malheureusement le film est très en deçà de sa première partie. Réalisé par David Wu, monteur sur le premier film et collaborateur incontournable de John Woo, cette deuxième partie est un spectacle plaisant à regarder mais qui ne possède pas la beauté et la puissance du premier opus. Le film garde beaucoup de la confection de sa première partie, mais la photographie (là aussi avec un chef-op différent), beaucoup plus appuyée sur les éclairages et les couleurs, au lieu de renforcer le côté irréel de l'histoire, renforce surtout le ressenti du tournage en studio et donne un côté plus factice à l'univers, pas aidé non plus par un changement de format d'image qui abandonne le scope du premier film pour un 1:77 plus DTV. Mais le principal problème reste surtout l'absence de Leslie Cheung pendant une grande majorité du film, cassant le cœur du premier film qui était cet équilibre parfait entre lui et Brigitte Lin. Elle reste cependant le cœur du film, désormais symbole malgré elle d'une révolte féminine légitime, mais qui n'est pas ici sans quelques accents caricaturaux.
Suite aux évènements tragiques survenus dans la première partie, l'histoire suit ici un nouveau couple dont l'amour est menacé par la sorcière aux cheveux blancs (toujours magnifiquement interprété par Brigitte Lin). Un couple plutôt fade comparé à leurs prédécesseurs dont on va suivre les péripéties (plus portés sur l'action) mais sans réelle implication jusqu'à la toute dernière partie du film qui voit enfin le retour du personnage de Zhuo (et un regain d'intérêt du film) pour ses retrouvailles avec Lian après leur déchirante séparation. Un final qui les placera définitivement comme héritiers de Tristan et Iseult ou Roméo et Juliette dans la grande histoire des couples maudits.

Par son visuel, qui fait le pont entre les films de Chang Cheh pour le tournage en studio et ceux de Tsui Hark pour la grandiloquence et l'esthétique fantastique The Bride With White Hair est un magnifique film. Par sa mise en scène, qui, pour s'adapter aux faibles capacités martiales de ses acteurs a eu recours aux fameux « ralentis saccadés » que l'on verra énormément chez Wong-Kar Wai ou Peter Jackson par la suite. Pour son scénario qui n'hésite pas à trahir le roman initial pour mieux l'adapter, le film de Ronny Yu restera une date dans l'histoire du cinéma de Hong-Kong. Que vous aimiez le cinéma asiatique, les histoires d'amour, le fantastique ou les arts martiaux, vous trouverez votre bonheur dans le film (et si vous aimez tout ça en même temps, c'est le nirvana) et on ne peut qu'être ravie de voir enfin cette mariée aux cheveux blancs de retour chez nous.

Benoit Llamazares














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Image :
La nouvelle copie 2.35 du film effectuée à partir d'un scan 4K du négatif originel sous la supervision du réalisateur lui-même est le gros point fort de cette édition. La restauration est magnifique et rend toute sa splendeur à la photographie et à la direction artistique du film. Les contrastes entre couleurs chaudes et froides, les costumes fastueux et sobres ou les éclats d'eau et de sang, tout est retranscrit à merveille grave à une définition pointilleuse, impériale.
Le second film, présenté en 1.77, n'a pas tout à fait bénéficié du même soin et doit se contenter d'un master HD basé sur une copie plus datée. Les cadres sont très propres, mais le grain vidéo est encore parfois très présent et la définition légèrement en retrait. Le gros gain ici étant surtout du coté d'un nouvel étalonnage presque trop « chaud ».

 


Son :
Question de donner un peu plus de souffle que d'habitude aux mixages de film HK, les films sont proposés dans un DTS HD Master Audio 5.1 plutôt efficace et qui réussit bien souvent à décupler les ambiances ordinales. Un peu plus de dynamisme dans les scènes d'actions, quelques échos à l'intérieur de la grotte de l'héroïne, des effets plus secs et des dialogues plus clairs... Un rendu agréable sans en faire trop. Seul le premier film est disponible avec une version française. Un DTS HD Master Audio 2.0 qui malgré quelques efforts de nettoyage rappelle que ce type de doublage peut rapidement être horripilant.

 


Interactivité :
Outre la copie 4K du premier film et le nouvel étalonnage du second film, c'est un très gros travail qu'a fourni Spectrum Film pour cette édition (et qui justifie le premier report de la sortie, initialement prévue en 2019).

Ainsi, le second Blu-ray offre d'entrée de jeu un troisième film, The White Haired Witch of Lunar Kingdom de Chin Leung Cheung. Une adaptation plus récente (sortie en 2014), orienté Fantasy épique à la mode, qui n'est vraiment pas à la hauteur du film de Ronny Yu, la faute à une mise en scène sans inventivité, une histoire qui retire tout le tragique initial et surtout un couple d'acteur très peu convaincant dans leurs interprétations et leur alchimie. À mille lieux de la force du duo Leslie Cheung et Brigitte Lin. Le film étant récent, l'image est d'une très bonne qualité et permet malgré tout de mieux comprendre mieux encore la réussite du film de Ronny Yu qui tenait sur un équilibre très précis.

La suite des bonus est une série d'entretiens réalisés, pour la plupart, spécialement pour cette édition. On y retrouve Ronny Yu, Jason Lamy (le scénariste) et Jackie Yeung (un cascadeur) qui reviennent sur la conception du film, les libertés prises avec le roman d'origine et des anecdotes de tournage. On retrouve ensuite des intervenants français, Arnaud Lanuque nous raconte l'historique des film de Wu-Xia Pian, Julien Sévéon dresse le portrait et la carrière de Ronny Yu et dans un autre entretient l'histoire du cinéma de fantasy à Hong-Kong et pour finir, Brigitte Duzan aborde l'origine du roman de type Wu-Xia et notamment La Mariée aux cheveux blancs. Des entretiens qui cumulent à presque 3 heures et qui sont très complémentaires les uns les autres. Le seul bonus assez dispensable est le commentaire audio du premier film par Ronny Yu, qui donnera des informations redondantes après avoir vu les entretiens et surtout laisse de très (très) longs silences pendant le visionnage.

Liste des Bonus : The White Haired Witch of Lunar Kingdom (97'), Présentation du film par Arnaud Lanuque (11'), Interview de Ronny Yu (23'), Ronny Yu par Julien Sévéon (40'), Cinéma de Fantasy HK par Julien Sévéon (23'), Du roman à l'écran par Brigitte Duzan (16'), Interview Jason Lamy (46'), Interview Jackie Yeung (14'), Bande Annonce.

 
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