LA VéRITé
France - 1960
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Image de « La Vérité »
Genre : Policier
Réalisateur : Henri-Georges Clouzot
Musique : Inconnu
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français pours sourds et malentendants
Durée : 127 minutes
Distributeur : Coin de Mire
Date de sortie : 6 mars 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Vérité »
portoflio
LE PITCH
Dominique Marceau, accusée d'avoir tué son ex-compagnon de sang froid, revisite pendant son procès l'enchaînement d'événements qui a mené à cette tragédie. Une bataille sans merci s'engage entre l'accusation, l'avocat représentant les droits du défunt et le propre avocat de la jeune femme, dont l'issue déterminera normalement l'avenir de cette dernière.
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La précision du doute

Coin de Mire, éditeur d'élection pour tous les fans de cinéma français vintage (ils publient Christian-Jaque, Denys de la Patellière, Jean Delannoy et Henri Verneuil) ajoute enfin à son catalogue deux films majeurs mis en scène par l'un des plus grands génies du cinéma mondial : Les Espions et La Vérité.

Réalisés coup sur coup, Les Espions et La Vérité font état des deux grandes facettes de la carrière de Clouzot. D'un côté sa formule masculine, fondée sur le décryptage des confrontations viriles à travers des récits policiers ou noirs, volontiers perméables à une certaine loufoquerie ou, tout du moins, à de grands traits d'humour grinçants (Quai des Orfèvres, Le Salaire de la Peur...). Et puis, de l'autre côté, son versant féminin beaucoup plus sombre, beaucoup plus dur, dans lequel Clouzot explore les répercussions de la sauvagerie et de la lâcheté masculine sur la conditions des femmes : ce sont par exemple Les Diaboliques, L'Enfer ou La Vérité. Certes cette classification est un peu schématique et peut surtout sembler très à la mode mais, quand bien même elle demande à être nuancée (les personnages féminins ne sont pas plus épargnés que les autres par l'œil acerbe du réalisateur...), elle a toutefois le mérite de ne pas cantonner Clouzot, comme on le fait trop souvent, à sa réputation d'auteur cruel et tyrannique qui prenait plaisir à martyriser gratuitement ses personnages féminins tout comme ses actrices.
La Vérité balaye en quelques minutes la thèse du cinéaste misogyne pour s'imposer comme le témoignage brutal, désespéré, sans concessions (et tout cela, Clouzot l'était effectivement !) d'une émancipation féminine nécessaire, mais qui ne pourra s'effectuer que difficilement, douloureusement, et qui a un très long chemin à faire. Le procès de cette meurtrière - qui est malgré tout l'héroïne du film - évoque bien souvent les heures obscures de l'Inquisition et de sa chasse aux sorcières, tant il est vrai que la cour condamne finalement avec moins de conviction le geste barbare qui l'a menée dans le box, que l'ensemble de sa vie ayant précédé ce geste - durant laquelle son plus grand « crime » a été de vivre pour elle-même, dans l'insouciance et sans demander la permission de s'épanouir à sa guise !
Sur la base de témoignages et de rapports divers, on assiste donc à une série de flashs-back dont il est impossible, en réalité, de savoir quelle valeur leur attribuer étant donné qu'ils peuvent faire suite à une hypothèse de l'avocat général, comme de celui de l'accusée, comme de l'accusée elle-même, etc. Ce qui frappe malgré tout, c'est que la cohérence de ce récit au passé n'en est jamais affectée : on peut faire dire à un même fait patent, objectif, tout et son contraire selon la perspective dans laquelle on se place. Tel est l'un des axes du film. Qu'est-ce que la vérité ? Pas un simple point de vue a priori ; or, seuls des points de vue se confrontent lors d'un procès - qui, pour la majorité d'entre eux, ont le fâcheux défaut d'être avant tout des points de vue... moraux ! La confrontation de points de vue moraux peut-elle aboutir à l'émergence d'une vérité quelconque ? Enfin, que serait donc la morale réduite à son acception la plus triviale, pour une Justice qu'on aime à représenter aveugle, un bandeau sur les yeux et une balance entre les mains, sinon l'équivalent du plus abject des mensonges...?

 

Initials B.B.


Lorsqu'il engage Brigitte Bardot, véritable phénomène du moment, Clouzot n'est pas sans savoir l'image sulfureuse qu'elle traîne depuis Et Dieu... créa la Femme de Roger Vadim. Il n'ignore sans doute pas non plus sa présence dans En cas de malheur de Claude Autant-Lara, fausse œuvre « libérée » mais vrai cinéma de papa, autre film de procès qui capitalise sur la nudité de sa star et donne à Jean Gabin - « héros » de l'histoire - le rôle de l'avocat marié qui tombe amoureux de sa cliente tentatrice ; tout ce que Clouzot ne veut surtout pas faire ! À l'époque, B.B. n'incarne que deux archétypes : celui de l'objet de plaisir manipulateur ou, à défaut, celui de l'objet de fantasmes naïfs plutôt dans des comédies légères (Babette s'en va-t-en guerre), ce qui en fait quasiment la Marilyn Monroe hexagonale. Et même si Vadim, son cinéaste-fétiche à cette époque, n'a de cesse de travailler cette image qu'il a lui-même largement créée en la critiquant et en l'enrichissant subtilement, Bardot demeure alors une comédienne « amatrice », techniquement très limitée, comme elle aime à le rappeler elle-même.
En prenant, pour incarner son héroïne, celle qui cristallise la liberté sexuelle naissante, celle dont tous les hommes rêvent et qu'un certain nombre de femmes détestent (c'était, grosso modo, l'état du mythe Bardot à ce moment-là), il sait que devant sa caméra Bardot transformera instantanément le public du film en jurés partiaux, passionnés, et que la démonstration n'en aura que plus d'impact du moment qu'il mettra ses spectatrices et spectateurs au pied du mur, face à eux-mêmes. Mais il ne s'en tient pas là : si La Vérité est le plus beau film de son auteur (qui sait quel torrent émotionnel eût été son Enfer s'il avait pu le mener à terme avec ses expérimentations psychédéliques combinées à l'intensité du jeu de Romy Schneider !), il est aussi la performance la plus sidérante de B.B. tous genres et toutes époques confondues. De cet animal sexuel décomplexé que tout le monde connaissait, le réalisateur a fait une créature blessée, une martyre torturée qui, certes, symbolise un renouveau, mais que toute une génération et toutes les constructions sociales du monde n'allaient pas laisser triompher si facilement. Et qui, en outre, porte le film à bout de bras - bien aidée par un casting de très très haute volée et des dialogues parfaits.


Bien sûr, on ne saurait oublier que le personnage a bien commis un meurtre, ce qui pourrait suffire à le discréditer. On n'oubliera pas davantage que l'indignation, voire la haine, que semblent nourrir les deux avocats concurrents l'un envers l'autre n'est que de façade - et qu'il ne s'agit, après tout, que d'un métier dont on prend congé, le soir, après une poignée de main confraternelle et désinvolte. Henri-Georges Clouzot est au fond comme le policier selon Vidocq (que cite d'ailleurs Jean-Pierre Melville par le truchement d'Alain Delon dans Un Flic) à qui « les deux seuls sentiments que l'Homme ait jamais été capable d'inspirer sont l'ambiguïté et la dérision ». Aussi bien pourrait-on citer les propos de Clouzot lui-même, qui résumait alors tout son cinéma sans en avoir l'air : « La perversion, nous l'avons tous dans notre cœur, c'est certain ; seulement, en général on préfère ne pas le savoir, on ferme les yeux et on enfouit tout ça si profondément dans le subconscient qu'on finit par se persuader qu'on est net ! On ne l'est pas. ». Et cette Vérité, qui obsède tout le monde, restera définitivement hors de portée des hommes et de leur justice.

Morgan Iadakan












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Image :
Avec cette nouvelle restauration 4K d'après le négatif original, la photographie du film signée Armand Thirard (fidèle du réalisateur depuis L'Assassin habite... au 21 mais aussi directeur photo, entre mille autres, de l'Hôtel du Nord de Marcel Carné, des Trois Mousquetaires de Bernard Borderie et de La Bataille de San Sebastian de Verneuil) trouve un écrin de luxe, spécialement dans les intérieurs du récit en flash-back où éclate la mise en scène d'un Clouzot toujours sous influence nette, quoique contenue, des grands maîtres allemands - avec des noirs profonds, l'omniprésence des ombres, et des contrastes très marqués. La netteté du résultat concernant les textures et les arrière-plans garantit une immersion totale. Les extérieurs, plus granuleux, n'en sont pas pour autant gênés dans la mesure où le grain y renforce paradoxalement l'effet de... vérité.

 


Son :
Restaurée dans le même temps, la bande-son d'une propreté impeccable est d'autant plus appréciable que primo, comme souvent chez Clouzot, elle n'est pas continuellement saturée de bruitages mais parsemée d'effets sonores précis et signifiants ; secundo, la musique y tient une part importante dans la narration qui requiert la plus grande clarté et le meilleur relief possible. Rien à redire de ce côté-là.

 


Interactivité :
Conformément à son concept, Coin de Mire propose sa « séance » soit de façon classique avec le visionnage du film seul, soit dans une simulation de projection en salle de cinéma de 1960, avec en préambule quelques 25 minutes d'actualités cinématographiques et de publicités présentées dans les salles pendant la semaine de sortie du film (disponibles également en bonus séparé). Non seulement les archives en question sont, comme le film, d'une propreté admirable, mais on aurait tort de les réduire à un gadget « geek » pour une génération antérieure à la pop culture : en effet, elles donnent à voir en filigrane l'état du monde (mœurs, esthétique, faits de société, etc.) au moment de la production du film et, de ce fait, constitue peut-être la meilleure introduction à son contexte d'écriture et de réception.
Quand au long portrait, très convaincant, de Henri-Georges Clouzot réalisé par Pierre-Henri Gibert et dans lequel interviennent pêle-mêle Bernard Stora, Xavier Giannoli, Bong Joon-ho, Bertrand Blier, etc. ainsi que des collaborateurs et proches du cinéaste, il se révèle aussi passionnant sur l'homme fébrile et tourmenté que sur l'artiste lucide et tyrannique, sans jamais oublier de s'appuyer aussi souvent que possible sur les propos, inestimables, de Clouzot lui-même au gré de diverses interviews.

Liste des bonus : Un livret reproduisant des documents d'époque (24 pages), 10 reproductions de photos d'exploitations (14,5 x 11,5 cm), La reproduction de l'affiche d'époque (29 x 23 cm), La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d'époque, Documentaire : Le Scandale Clouzot.

 
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