LA POURSUITE IMPITOYABLE
The Chase - Etats-Unis - 1966
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « La Poursuite impitoyable  »
Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Arthur Penn
Musique : John Barry
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio mono
Sous-titre : Français
Durée : 135 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 22 mai 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Poursuite impitoyable  »
portoflio
LE PITCH
Bubber Reeves s’évade de prison avec un complice qui, après avoir volé une voiture et tué un conducteur, l’abandonne. Bubber est alors accusé du crime. Dans sa ville natale de Tarl, au Texas, l’annonce de son évasion et du meurtre déchaîne les haines et les passions, trop longtemps retenues. Anna, sa femme, devenue la maîtresse du fils du magnat local, Val Rogers, qui a commis le délit dont fut accusé Reeves, craint de voir sa faute éclater au grand jour. Le Shérif Calder, qua...
Partagez sur :
Chasse à l'Homme

Relativement incompris à sa sortie, peu aidé il est vrai par le désaveu de son réalisateur, La Poursuite impitoyable entre casting de rêve (Brando, Redford, Fonda...) et violente désagrégation de l'American Way of Life fut pourtant la première pierre d'un Nouvel Hollywood, un an tout juste avant le Bonnie and Clyde du même Arthur Penn.

Cela ne fait jamais vraiment bonne impression lorsqu'un cinéaste désavoue son propre film, le qualifiant de raté, d'insuffisant. Il faut dire qu'en 66, Arthur Penn n'en est qu'à son quatrième long métrage et n'a, malgré Le Gaucher, Miracle en Alabama et Mickey One, pas encore atteint le grade d'intouchable qu'il obtiendra avec Bonnie and Clyde et Little Big Man. Occupé sur un autre projet, il sera alors gentiment évincé du montage, confié au très solide Gene Milford (Sur les Quais, Seule dans la nuit) qui va lui donner, selon les dires de Penn, une structure trop policé. Tous les plans et les séquences sont de lui, mais le choix se serait systématiquement porté sur les angles le plus classiques, la rythmique la plus sobre... On est donc loin ici des expérimentations jazzy de Mickey One, mais cette amorce de classicisme, cette impeccable langueur dans les mouvements de caméra, ce scope ample et vaste, imprègne définitivement La Poursuite impitoyable de cette âme de vieux western décadent. Une ambiance de vieux monde en pleine transformation confortée à la fois par le décors même de Tarl, à la fois ville frontière en bois à l'ancienne (en particulier l'appartement de l'épouse, ou la bicoque des parents) et banlieue bruyante pour la middle-class, et cette bande originale virtuose de John Barry qui enchaine les thèmes épiques (l'ouverture et thème principal The Chase Is On), avec le swing contemporain avant de glisser vers des ambiances plus inquiétantes.

 

La Soif du mal


Bien entendu La Poursuite impitoyable n'est pas là pour raviver les belles valeurs de l'ouest sauvage, mais bien pour en révéler les pires travers et en souligner la transmission intacte à une Amérique arrachée de son rêve d'une balle en pleine tête en 1964. Un passage de relais avec le sublime Le Train sifflera trois fois, où une fois encore le shérif résistant, Marlon Brando puissant en symbole massif d'une morale lessivée, tente de préserver les derniers murs d'honorabilité de la ville. Un petit endroit charmant où à l'occasion de l'évasion de prison de l'un des siens, Bubber (tout jeune Robert Redford qui bouffe la caméra à chaque apparition), le vernis s'effrite et fait craqueler des murs qui ne demandaient qu'à s'effondrer en à peine quelques heures. Le temps d'une nuit seulement et les vieilles rancœurs, les veilles peurs et lâchetés, le racisme latent, la fascination pour les armes et la violence, transforment les habitants en masse beuglante, réclamant le sang, ravivant la belle flamme du lynchage collectif jusqu'à un final dans une casse aux airs d'apocalypse festive. Une lente et terrible montée en puissance, oppressante, tendue, éprouvante qui ne respire pas la démonstration philanthropique, mais plutôt la charge acide et désabusée envers une certaine nature humaine et des valeurs, celle de l'empire triomphant (pétrole, pétoire et puritanisme), qu'Arthur Penn ne cessera de condamner dans son cinéma, sans jamais se départir d'un pessimisme terrible. Séquence symptomatique de son œuvre, le passage à tabac insoutenable de Marlon Brando par trois abrutis éméchés, pathétiques et nostalgiques des exécutions populaires de nègres, laisse le « héros » symbolique défiguré, recouvert de son propre sang et abasourdi. Ce sera sur son visage, et celui de la pauvre, mais sublime, Jane Fonda totalement anéantie par l'issue fatale du drame, qui viendront conclure cette tragédie impitoyable.

Nathanaël Bouton-Drouard




Partagez sur :
 

Image :
Refaçonné après un premier master HD pas franchement satisfaisant (croisé un temps sur Netflix), The Chase profite désormais d'une copie absolument resplendissante effectuée à partir d'un scan 4K du négatif original. Nettoyé de fond en comble, stabilisé des cadres à la colorimétrie, le master touche à la perfection avec sa définition percutante, son léger grain de pellicule maintenu, ses reflets argentiques et ses teintes chaudes et lumineuses jusque dans les scènes les plus sombres. Impeccable.

 


Son :
La piste originale a connu le même traitement de faveur que l'image, offrant alors un mono extrêmement clair, net et équilibré. Proposée elle aussi en DTS HD Master Audio 1.0, la version française, solidement doublée, s'en sort assez bien même si comme souvent un léger souffle et une distance plus plate s'ajoute à l'ensemble.

 


Interactivité :
Proposé pour l'instant sous la forme d'un élégant Mediabook, La Poursuite impitoyable est donc proposé avec un combo DVD, Bluray et Livre (pas lu) directement piqué dans la reliure. Plutôt sympa, mais les bonus proprement dit, présents sur les deux disques, manquent clairement d'attraits pour en faire une édition complète. Certes dans sa présentation François Guérif évoque avec justesse les nombreux remaniements du scénarios, l'échec du film ou son rejet par Arthur Penn, mais les trois interviews qui suivent, très courtes et récupérés à droite à gauche sont loin d'être convaincantes. Un dramaturge qui parle essentiellement de sa pièce, un cinéaste qui s'amuse surtout des petites blagues de Brando et une actrice qui dévisse gentiment le film, cela ne rend pas vraiment hommage à l'importance de l'objet en question.

Liste des bonus : Livret de François Guérif, Présentation du film par François Guérif, Interviews de Horton Foote (6'), Interview d'Arthur Penn (3'), Interview d'Angie Dickinson (3'), Bande-annonce.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020