LES FEUX DE L’éTé
The Long, Hot Summer - Etats-Unis - 1958
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Image de « Les Feux de l’été »
Genre : Drame
Réalisateur : Martin Ritt
Musique : Alex North
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 115 minutes
Distributeur : BQHL
Date de sortie : 9 mars 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Les Feux de l’été »
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LE PITCH
Etats-Unis, Mississippi. Une riche famille terrienne voit son quotidien bouleversé par l’arrivée d’un vagabond soupçonné d’être un incendiaire.
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Mississipi Burning

Alors que plusieurs maisons d'éditions se focalisent plus particulièrement sur certains genres, époques ou réalisateurs, BQHL fait elle feu de tout bois, sortant, pêle-mêle, un éventail de films n'ayant pour ainsi dire rien à voir les uns avec les autres, jonglant autant avec les genres, les auteurs que les époques. C'est donc entre le Farinelli de Gérard Corbiau et le Spasmo d'Umberto Lenzi que se glisse ce très classique Feux de l'Eté de Martin Ritt. Mais plutôt que d'analyser une ligne éditoriale, profitons du plaisir de retrouver un des acteurs américains les plus charismatiques de la création dans une adaptation d'un des plus grands auteurs de la littérature américaine. Fussent-elle ratée en tant que telle.

A la base du film de Martin Ritt, plusieurs nouvelles de William Faulkner, dont Le Hameau, première partie de sa trilogie des Snopes, consacrée à une famille de vauriens, qui va envahir certaines contrées imaginaires du Mississippi, terre d'origine bien réelle elle, de l'écrivain, comme une nuée de rats grouillants. Un roman âpre, noir, traversé de part en part par des personnages rugueux. A commencer par Flem Snopes (renommé ici Ben Quick et incarné par un Paul Newman comme toujours parfait), jeune vagabond, rejeté tel un paria après avoir été accusé d'incendies à répétition. En quête d'une nouvelle destination, il finit par poser son baluchon dans une petite ville possédée aux trois quarts par la riche famille Varner. Une aubaine pour Quick, d'autant que sur la route il est pris en stop par les deux filles du patriarche, ce qui lui permet déjà de se faire connaître et d'user de ses charmes. Reste à savoir ce qu'un tel personnage, au comportement étrange et aux projets incertains, dont le passé d'incendiaire est déjà parvenu aux oreilles de certains habitants, pourrait bien avoir comme projet sur une terre soumise aux chaleurs d'un été brûlant.

 

dans la tiédeur de l'été


Face à Ben Quick, la famille Varner, dominée par son imposant patriarche, Will Varner, incarné par un Orson Welles plus théâtral que jamais. Ventripotent, visage rubicond transpirant à grosses gouttes, à la voix de stentor et aux mots fleuris. Un veuf qui vit seul avec ses trois enfants désormais adultes, un garçon et deux filles. Si la plus jeune (Lee Remick) a encore le loisir de profiter de sa jeunesse, il en est autrement pour ses deux aînés. A commencer par Jody (Anthony Franciosa), unique garçon promit à la reprise des terres de la fortune familiale. Un jeune homme au caractère très différent de son père, qui ne pense encore qu'à s'amuser et dormir tard. Quant à Clara (Joanne Woodward), l'aînée, sérieuse et posée, elle est encore célibataire à plus de trente ans, ce qui désespère son père qui aimerait la voir entre les bras d'un bon parti (ce qui lui donne des airs d'Harpagon). Quick va donc arriver dans leurs vies et tout bousculer, d'abord en gagnant la confiance du père puis en charmant l'aînée de la famille. Créant du même coup une rivalité avec Jody, seul Varner apte à se dresser face à ses ambitions.

Pour son troisième film seulement, Martin Ritt adapte donc Faulkner, monument de la littérature américaine, à l'univers et au ton qui s'adaptent encore difficilement au classicisme d'un cinéma hollywoodien peu enclin à s'éloigner de ses conventions de l'époque (le réalisateur récidivera pourtant l'année suivante avec Le Bruit et la Fureur). Le résultat, s'il profite indéniablement du talent de ses comédiens, ne rend donc pas entièrement justice à l'écrivain. Car si on sent, dans l'ombre, la substantifique moelle de ses personnages, jamais elle n'apparaît réellement à l'écran. Le personnage de Newman (qu'on adorerait voir plus sombre, un seul de ses regards inquiétants indiquant qu'il aurait été un Flem Snopes fabuleux!) ne devient donc qu'un ambitieux (une sorte de Bel-Ami) qui finit par tomber amoureux de l'aînée des Varner. Celle ci finissant par oublier l'homme qui avait semblé jeter son dévolu sur elle, un célibataire endurci incarné par Richard Anderson qui vit encore avec sa mère et probablement gay sans que cela ne soit évidemment jamais mentionné à l'écran. Quant à Jody, l'inévitable rivalité qui va naître entre lui et Quick, donne lieu aux meilleures scènes du film (et tirées directement des pages de l'écrivain), dont une fausse chasse au trésor qui humilie l'héritier naturel des Varner et le pousserait à commettre l'irréparable... si le scénario (signé Irving Ravetch et Harriet Franck Jr., qui suivront Ritt pendant un moment) ne choisissait pas, dans une ultime pirouette, de donner une happy end totalement raté et au quel on ne peut croire un seul instant. Si les graines d'un chef d'œuvre en puissance sont donc bien présentes, on ne peut que regretter l'incroyable rendez-vous manqué que représente Les Feux de l'Eté qui, même s'il n'en reste pas moins agréable à découvrir, n'est que l'ombre de ce qu'il aurait pu être (devant la caméra de Kazan, par exemple).

Laurent Valentin








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Image :
BQHL propose un superbe master qui rend un bel hommage au film et à son époque. S'il semble adequate de dire que c'est là une réutilisation du précédent master croisé à quelques occasions (bluray et DVD), le rendu n'en reste pas moins admirable avec une définition bien poitilleuse, un respect du grain d'origine et surtout des couleurs puissantes et contrastées. Les quelques défauts d'image présents ici ou là (rares!) ne renforçant que la nostalgie du CinémaScope.

 


Son :
Un mono d'origine parfaitement rendu, qui donne matière à s'exprimer aux enceintes et rend un bel hommage aux partitions d'Alex North.

Liste des bonus : Livret.

 
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