LA FORêT D'éMERAUDE
The Emerald Forest - Royaume-Uni - 1985
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « La Forêt d'émeraude »
Genre : Aventure
Réalisateur : John Boorman
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio Stereo, Anglais DTS HD Master Audio Mono
Sous-titre : Français
Durée : 114 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 1 avril 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Forêt d'émeraude »
portoflio
LE PITCH
Mandaté pour construire un barrage en Amazonie, un ingénieur américain emmène sa famille sur le chantier pour une visite. Son fils disparaît, enlevé par une tribu appelée « Les Invisibles ». Dix ans plus tard, il ne l'a toujours pas retrouvé…
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Au coeur de la jungle

Pour le collectionneur et cinéphile, mettre la main sur les films de l'anglais John Boorman relève parfois du parcours de combattant. Studiocanal se permet de combler une lacune en rééditant en haute-définition l'une des œuvres majeures du réalisateur de Deliverance et Excalibur. Et malgré l'absence du moindre bonus, ce blu-ray de La Forêt d'émeraude fait aisément oublier le dvd de 2006.

Du fantastique le plus baroque à l'intimisme le plus apaisé avec, comme trait d'union, le thème récurrent d'une nature souveraine mais fragile. Entre Excalibur, adaptation grandiose et sauvage du cycle du Roi Arthur, et Hope & Glory, film de guerre à hauteur d'enfant et quasi autobiographique, La Forêt d'émeraude fait figure d'œuvre de transition. Bien qu'étant le moteur de l'intrigue, la quête d'un père (Powers Boothe, dans l'un de ses plus beaux rôles, à égalité avec Sans Retour et Extrême Préjudice) pour retrouver son fils (Charley Boorman, fils du réalisateur) est ainsi résolue à mi-parcours et se transforme en une aventure à la fois spirituelle et écologique. Documentariste de formation, John Boorman préfère explorer l'apocalypse qui guette les tribus primitives de l'Amazonie que se laisser au mélodrame fiévreux. Définie par un échange de sourires entre l'enfant et ses ravisseurs (on ne peut s'empêcher de penser à la scène d'enlèvement du jeune Barry dans Rencontres du Troisième Type), la scène de la disparition joue la carte d'un calme étrange, vaguement inquiétant, sans véritable violence. Suivie d'une ellipse de dix ans, elle ne vient pas détruire la cellule familiale mais la recompose avec un soupçon d'indifférence. Bill, le père, n'est pas devenu fou et obsédé. La mère a recentré son attention sur les orphelins et la fille aînée n'est qu'une présence anecdotique. Cicatrice de béton au milieu d'une nature jadis verdoyante mais aujourd'hui boueuse et corrompue, le barrage n'a pas vu sa construction ralentir, bien au contraire. Les familles peuvent souffrir en silence, la marche du progrès et de la « civilisation » n'attend pas.

 

Paradis perdu


Annonçant par certains de ses enchaînements le Apocalypto de Mel Gibson, La Forêt d'émeraude recentre très vite sa narration sur la tribu des Invisibles. Une partie de chasse dans la jungle, la complicité entre le fils et le père adoptif, la menace sourde et horrifique d'une autre tribu aux mœurs de prédateurs sanguinaires (les Féroces), une vision prophétique, les prémices d'une histoire d'amour et un rite de passage grillent la priorité à l'expédition menée par Bill et un journaliste allemand, ce dernier succombant avec une brutalité arbitraire à la voracité des Féroces, cannibales sans honneur. Film d'aventures mystique où l'esprit et le corps ne font qu'un, cadré dans un cinémascope lumineux, La Forêt d'émeraude ne cesse de créer la surprise en allant à contre-courant des attentes. Que le jeune Tomme vienne de « l'extérieur » n'est jamais un problème pour sa tribu d'accueil, faisant de ce métissage un fait acquis et un espoir pour l'avenir plutôt qu'une source de conflit. De même, la rivalité entre les deux pères s'éteint aussi vite qu'elle aura surgi, Bill préférant le bonheur de son fils à sa propre satisfaction. Bien que douloureux, ce refus de l'égoïsme et cet acte de sagesse renforce la sympathie pour ce personnage plus confus qu'il ne veut le laisser paraître et permet le basculement du dernier acte.
Venus en ville pour réclamer de l'aide après la destruction de leur village et l'enlèvement de leurs femmes (qui seront vendues comme prostituées par les Féroces en échange d'armes à feu), les Invisibles, désormais représentés par Tomme, le fils perdu, s'engagent dans un combat pour leur survie contre la cruauté du monde moderne. Un combat menée par la Nature en personne. Une lutte déséquilibrée mais dont l'issue n'est pas encore déterminée.

John Boorman flirte une dernière fois avec le fantastique et condamne la saignée de l'Amazonie sans véhémence, se contentant, avec un effet autrement plus persuasif, de dresser un constat. Nous dévorons le paradis, nous oublions qui nous sommes. A quelle fin ? La question est plus que jamais d'actualité.

Alan Wilson






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Image :
Faisant honneur à la photographie naturaliste du français Philippe Rousselot, cette copie en haute définition gomme à peu près tous les défauts du passé. L'équilibre entre le grain cinéma et la texture argentique débarrasse les séquences en basse lumière d'un quelconque bruit vidéo. Couleur dominante, le vert ne bave jamais et la profondeur de champ des scènes tournées en pleine jungle est stupéfiante. Le plaisir des yeux se poursuit encore lors des échanges romantiques entre Tomme et sa compagne à proximité d'une cascade et jusqu'au village fourmillant de détails des Invisibles.

 


Son :
Étrangement, la version française est privilégiée par une piste stéréo quand la version originale doit se contenter d'un mono un peu vieillot et éteint. Mais quelque soit le mixage que vous choisirez, ne vous attendez pas à des ambiances travaillées ou immersives. La propreté est de mise. Le manque de relief aussi, malheureusement.

Liste des bonus : Aucun.

 
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