LE MYSTèRE VON BüLOW
Reversal of Fortune - Etats-Unis - 1990
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Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Barbet Schroeder
Musique : Mark Isham
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 110 minutes
Distributeur : L’Atelier d’Images
Date de sortie : 5 mai 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Après avoir été accusé et condamné d’une tentative d’assassinat sur sa femme, le richissime Claus von Bülow décide de recourir au service d’un avocat et professeur de droit spécialisé dans les causes désespérées.
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Tout l'argent du monde

De la moitié des années 80 au début des années 2000, le « film de tribunal » allait squatter plus que jamais les salles obscures. De Spielberg (avec Amistad) à Oliver Stone (avec JFK) en passant par des titres passés à la postérité (Philadelphia, Erin Brokovich, Des Hommes d'Honneur) ou moins connus mais tout aussi intéressants (Les Accusés, Peur Primale, Le Droit de Tuer?), le genre accoucha d'un nombre impressionnant de plaidoiries déclamées sur un ton péremptoire. Sur un modèle à la fois proche et éloigné, Barbet Schroeder livre en 1990 Le Mystère Von Bülow, récit d'une sombre histoire vraie qui eut lieu quelques années plus tôt (et tombée dans l'oubli depuis) et qui profite aujourd'hui d'une belle ressortie sur galette bleue sous la houlette des Boulonnais de L'Atelier d'Images. Bonne idée.

La genèse de l'affaire Von Bülow remonte à décembre 1980, lorsque Martha Shrap Von Bülow, après des soucis de santé à répétition, est retrouvée un matin gisant dans sa salle de bains, dans un coma que jamais elle ne devait quitter (elle meurt en 2008, soit après 28 années dans cet état). Rapidement, son mari, Claus Von Bülow, est soupçonné. Il faut dire que tout l'accuse : des domestiques aux enfants d'un premier mariage de sa femme, tous se liguent contre cet homme peu charismatique, hautain, à l'humour inconvenant au vu des circonstances, qui trompe ouvertement son épouse tout en profitant allégrement de sa fortune. Si on rajoute à cela des accointances qu'aurait eu son père avec le parti nazi durant la seconde guerre, le tableau est complet. Avec une telle personnalité et une défense qui manque cruellement d'arguments, Von Bülow finit par être accusé et condamné à 30 ans de prison. Il ne doit alors son salut qu'à sa fortune, qui lui permet d'abord de payer une caution d'un million de dollars pour éviter la réclusion et ensuite de s'offrir les services d'un ténor du barreau ; Alan Dershowitz, avocat et professeur de droit à Harvard, est d'abord persuadé de la culpabilité de son client, mais va quand même tout mettre en œuvre pour lui sauver la peau.

 

designé coupable


Adaptation du livre qu'écrira le véritable Alan Dershowitz sur cette affaire, le film de Barbet Schroeder se veut d'abord une reconstitution très précise des faits tels qu'ils se sont déroulés à l'époque. On sent d'ailleurs à plusieurs reprises, dans sa réalisation, une lourdeur factuelle qui pèse sur la narration et qui donnerait presque au film valeur de documentaire (passionné par le Droit et particulièrement par les affaires criminelles, Schroeder était tout d'abord documentariste et réalisera d'ailleurs L'Avocat de la Terreur, consacré au fameux Jacques Vergès). Et c'est donc par la grâce de ses acteurs principaux, au premier rang desquels Jeremy Irons, parfait dans le rôle titre, que Le Mystère Von Bülow conserve alors tout le sel qu'on est en droit d'attendre d'une fiction. Jeremy Irons mais aussi Ron Silver, qui ne démérite pas dans le rôle de Dershowitz lui-même. Les scènes opposant les deux personnages comptant alors parmi les meilleurs moments du film. Comme leur première rencontre, où Von Bülow confie à Dershowitz tout le bien qu'il pense du « peuple juif » (quand on connaît le passé de son père lié au nazisme...), ou quand, en compagnie du bataillon d'étudiants chargés d'enquêter sur le moindre détail de l'enquête, il plaisante en évoquant l'insuline qui lui vaut d'être accusé de la tentative d'assassinat de sa femme. Un être à part donc, constamment perché, coincé entre mépris, orgueil et humour inconvenant mais à qui Jeremy Irons donne un charisme machiavélique miraculeux qui lui valut l'Oscar et donne au film toute sa sève. Mais ce n'est pas la seule de ses qualités.

 

l'ombre d'un doute


Alors que la plupart des films de procédures judiciaires accusent une linéarité rarement enfreinte (crime, procès, condamnation ou relaxe), Nicholas Kazan (scénariste de l'essentiel Comme un chien enragé et fils de) préfère construire son intrigue à partir de la condamnation de son protagoniste principal, et même placer sa victime dans le rôle de sa narratrice (Glenn Close, parfaite comme toujours). Une originalité qui, avec le recul, place le film dans une position inédite et casse gueule : le coupable idéal (incontestable ?) étant déjà condamné, quel enjeu pourrait il alors proposer ? Et c'est là qu'intervient l'excellente idée de transformer la fiction en œuvre didactique reposant tout entière sur cette fameuse ombre d'un doute et le fait que quiconque, fusse-t-il Hitler (le fameux point Godwin), mérite une défense et sa présomption d'innocence. Jamais le script ne proposera alors au spectateur sa vérité. Von Bülow était-il coupable ou innocent ? Même si l'Histoire retiendra le verdict final, le doute lui survivra, à lui et au film, faisant de ce Mystère Von Bülow bien plus qu'un simple film du samedi soir (avec ou sans saxo) qui hisse le genre bien au-delà des limites que d'autres ont voulu lui imposer. Un tour de force qui se revoie aujourd'hui avec encore plus d'évidence et fait peut être du film le meilleur de son réalisateur.

Laurent Valentin










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Image :
Le bluray de L'Atelier d'Images propose en avant première une restauration solide, lumineuse et qui fourmille de détails. Et même si quelques grains résistent au travail abattu, le résultat final est sans conteste : c'est du très bon boulot !

 


Son :
Pour une pellicule finalement pas si âgée, on peut regretter que les seules pistes disponibles (en vo et vf) ne proposent que de la simple stéréo. Cela n'empêche pas le résultat de s'apprécier tel quel, même si on pourra lui préférer la version originale, nettement plus chaude.

 


Interactivité :
Seulement deux entretiens de quelques minutes mais très intéressants, qui prolongent intelligemment l'expérience du film. D'abord un premier en compagnie de Barbet Schroeder qui revient sur la genèse du film, quelques anecdotes croustillantes autour de la production (les heures passées autour de la calvitie naissante du personnage de Jeremy Irons) ainsi que la volonté de la véracité des faits. Le second, quant à lui, donne la parole au véritable Alan Dershowitz et à son fils. Tous deux évoquent leurs souvenirs de l'affaire en s'attardant bien évidemment sur la personnalité, hors norme, de Von Bülow.

Liste des bonus : Interview de Barbet Schroeder (19'59), Entretien avec Alan et Elon Dershowitz (17'20), Bande annonce d'époque (2'14).

 
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