L'AFFAIRE WINSTON
Man in the Middle - Royaume-Uni, Etats-Unis - 1964
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « L'Affaire Winston »
Genre : Policier
Réalisateur : Guy Hamilton
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 94 minutes
Distributeur : BQHL
Date de sortie : 28 janvier 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L'Affaire Winston »
portoflio
LE PITCH
Inde, 1944. Le lieutenant américain Wilson tue de sang-froid un sous-officier britannique dans sa caserne. Traduit en cour martiale, le haut-commandement des États-Unis a d'ores et déjà décidé de le condamner à mort afin d'alléger les tensions entre alliés. Prié d'assurer sa défense pour la forme, le lieutenant-colonel Adams va faire son devoir avec un zèle très embarrassant pour ses supérieurs.
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... and justice for all !

Si l'éditeur BQHL ne brille guère par l'exhaustivité de ses bonus, il a pour lui d'exhumer des arlésiennes de tous genres et époques que l'on n'osait souvent même plus espérer : Comment se débarrasser de son patron, Paradise Alley, Che !, Jumpin' Jack Flash, Les Croisades... et maintenant ce film d'enquête mené par un Robert Mitchum en grande forme.

Il est difficile de classer ce Man in the Middle tiré d'un roman de Howard Fast, dont le titre français L'Affaire Winston reprend l'intitulé original. Fast, dont les livres ont inspiré des gens comme John Ford (Cheyenne Autumn), Gordon Douglas (Sylvia) ou le Spartacus finalement mis en boîte par Stanley Kubrick, s'attache ici à montrer comment la sacro-sainte exemplarité militaire peut s'accommoder d'une certaine souplesse lorsqu'il s'agit de préserver des apparences. Ni tout à fait thriller, ni vraiment film de guerre, mixant les codes du film policier et ceux du film de procès non sans y mêler un peu de comédie dramatique pour étoffer son personnage principal, on se trouve proche d'un résultat qui deviendra très à la mode dans les années 1990 avec les thrillers politiques tirés des romans de John Grisham (Le Droit de tuer, L'Affaire Pélican etc.), À l'épreuve du feu d'Edward Zwick. Ou encore Des Hommes d'honneur de Rob Reiner, écrit par Aaron Sorkin et dans lequel un jeune lieutenant diplômé de droit interprété par Tom Cruise doit faire la lumière sur une prétendue bavure perpétrée par une escouade, lors d'un procès qui risque d'ébranler les pratiques du haut-commandement lui-même. Cruise - qui jouera l'année suivante dans La Firme d'après Grisham - est quasiment le petit frère, ici, du Robert Mitchum de L'Affaire Winston prié de défendre, afin de respecter les règles élémentaires du droit, un homme dont le sort a déjà été réglé en amont dans le sens qui arrangera le mieux le corps militaire dans son ensemble.

Si elle interroge les frontières prétendument rigides - mais très floues dans la pratique - de la justice et de la raison d'état, l'un des intérêts de cette histoire est également de se situer dans un contexte guerrier qui fait totalement fi de l'ennemi au sens stratégique pour en redéfinir la notion d'une manière plus universelle : les anglais et les américains sont, pour l'occasion, « alliés » mais les tensions entre les deux factions menacent constamment de déraper - c'est ce que constate le protagoniste tout juste débarqué de l'aéroport lorsqu'il assiste, sur le chemin de la caserne, à une rixe entre soldats des deux nationalités qui, bien que « dans le même camp », ne renoncent pas si simplement à une certaine idée plus animale de la territorialité. Guidé par sa seule soif de justice - non pas obsessionnelle mais postulée objectivement comme une condition éthique sans laquelle le monde ne peut tenir debout -, Barney Adams doit composer avec un général et un juge beaucoup moins scrupuleux que lui, des témoins difficiles à joindre ou déjà mouillés dans l'obtention au forceps du verdict désiré, et un accusé lui-même récalcitrant (interprété avec beaucoup de justesse par l'excellent Keenan Wynn, aussi bien croisé chez Disney que chez Kubrick, chez Jack Lee Thompson que chez Sergio Leone...) qui peut d'abord passer pour un lointain ancêtre du colonel Kurtz d'Apocalypse Now avant que le vernis finisse par craquer. Dans sa croisade, Adams ne pourra compter que sur deux adjoints civils peu compétents, une infirmière franco-chinoise pleine de principes qui refuse de laisser s'accomplir une parodie de justice quels qu'en soit les enjeux, et un officier britannique dont la présence à la barre devrait logiquement entrer en conflit avec son patriotisme supposé.

 

guy l'éclair


C'est le sympathique Guy Hamilton, très habile technicien et responsable d'une vingtaine de films seulement dont quatre des James Bond les plus décontractés des périodes Sean Connery / Roger Moore (il réalise Goldfinger la même année que L'Affaire Winston et collabore avec l'illustre compositeur John Barry dans les deux cas), la « suite » des Canons de Navarone avec Harrison Ford et Robert Shaw, deux adaptations d'Agatha Christie (un Hercule Poirot et un Miss Marple) et bien sûr le cultissime Remo sans arme et dangereux, qui se charge de mettre ce récit militaire en images. Il s'acquitte de sa tâche avec son professionnalisme habituel, faisant preuve d'une belle grammaire et d'une fluidité roborative dans sa mise en scène - essentielle pour ce genre de récit qui menace constamment de verser dans le statisme -, et même d'une certaine complexité dans la photographie assez inhabituelle chez lui (notamment avec les séquence nocturnes qui tirent régulièrement vers une ambiance de film noir). Photographie que l'on doit à Wilkie Cooper, chef opérateur du Grand Alibi d'Alfred Hitchcock et collaborateur régulier de Ray Harryhausen sur ses Jason, Gulliver et autres Sinbad. Il en ressort un film faussement austère, dont le ton épouse en surface la solennité militaire mais travaille en profondeur à rendre dynamique un récit bardé de discussions qui pourraient facilement paraître interminables et répétitives.
Ce que l'on doit en partie au savoir-faire de Guy Hamilton sur ce point, on le doit également à un casting de grand standing dans lequel on retrouve, entourant un Mitchum un peu engoncé dans son uniforme mais toujours aussi imposant : Barry Sullivan et ses regards torves à la Bogart, un Trevor Howard aussi délectable que chez David Lean, la classe monolithique d'Alexander Knox, un Sam Wanamaker au temps de présence malheureusement trop court et surtout - surtout ! - France Nuyen, unique actrice du métrage qui défend son personnage avec une justesse et une conviction telle qu'elle emporte largement le morceau à chacune de ses apparitions. Si bien qu'après visionnage on a la certitude que c'était elle qui détenait réellement la clé du film. Galvanisé par la manière dont Hamilton la filme et la dirige, on en vient d'ailleurs à regretter que ce dernier ne l'ait jamais imposée dans l'un de ses futurs Bond, où elle aurait marqué les mémoires à coup sûr ! N'étant ni anglaise ni américaine, donc totalement extérieure au problème, l'infirmière qu'elle incarne n'en demeure pas moins (avec sa nationalité double et son statut de subalterne dominée par une autorité supérieure) une insoumise active sans laquelle le personnage de Mitchum se serait sans doute résigné à jeter l'éponge en bout de course, handicapé par les quatre petits jours durant lesquels il doit se faire une idée de la situation, constituer un dossier valable, et tenir la distance seul contre tous pour faire triompher une vérité qui dérange.

Ce titre, Man in the Middle, définit tout à fait bien Barney Adams, pris entre le désir d'une justice intègre et la pression de sa hiérarchie, entre les feux croisés de deux nations pourtant dites alliées, entre la tentation d'une vie sentimentale et la position de solitaire à laquelle le contraint sa carrière et sa nature. Le problème fondamental que pose le film est d'ordre éthique ; en cela il s'agit d'un film important. Épaulé par deux ou trois répliques jetées ça et là pour baliser le terrain, le mot de la fin prononcé par Robert Mitchum avec sa voix de stentor s'applique à tout un tas de domaines très actuels et ne saurait être plus clair, résumant une morale individuelle qui condamne peut-être celui qui s'y astreint à se tenir, constamment, « au milieu ».

Morgan Iadakan




















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Image :
Au sein du catalogue BQHL, L'Affaire Winston fait partie des « bonnes pioches » ! D'une manière générale, le noir et blanc ne souffre pas la médiocrité dans un transfert en haute définition : très vite le grain numérique se révèle, les contours se floutent ou les noirs pâlissent. Ici, rien de tel ; de belles et riches nuances entre les teintes, respectant la photographie léchée de Cooper, de beaux noirs assez profonds, font que sans être non plus d'une splendeur estomaquante la qualité d'image permet largement de se régaler sur le plan esthétique et de s'embarquer dans l'histoire sans jamais plisser les yeux.

 


Son :
La bande-son du film est relativement sobre et joue assez peu sur des signaux exprimés par le bruitage. Le script, évidemment très « écrit » comme pour la plupart des films d'enquête, fait la part belle aux dialogues. De ce côté, l'absence de souffle et la clarté du texte sont au rendez-vous dans une version originale (seule option) qui nous fera simplement regretter la mise en retrait des plus beaux passages du score écrit par John Barry. Si le thème militaire, percussif et cuivré (dont - comme pour le thème le plus connu de James Bond - Barry n'est « que » l'arrangeur) s'impose brutalement en fin de métrage et que les musiques de dancing tirent leur dynamique d'une présence diégétique, le compositeur accomplit surtout les miracles dont on le sait capable dans les séquences les plus intimistes mettant en scène le duo Mitchum/Nuyen. Mais il faut tendre l'oreille...

Liste des Bonus : Aucun.

 
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