LES DIABOLIQUES
France - 1955
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Réalisateur : Henri-Georges Clouzot
Musique : Georges Van Parys
Image : 1.33 4/3
Son : Français DTS HD Master Audio Mono
Sous-titre : Français pours sourds et malentendants
Durée : 116 minutes
Distributeur : TF1 Vidéo
Date de sortie : 24 octobre 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Dans une institution destinée à l’éducation des jeunes garçons, Christina et Nicole, respectivement épouse et maîtresse du directeur Michel Delasalle, s’associent afin d’assassiner l’homme qu’elles ont fini par haïr. Mais quelques jours après leur méfait, le corps de Michel disparaît…
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Crimes passionnels

Qui sont les Diaboliques ? Une question qui hante littéralement le film mais aussi sa légende, aujourd'hui toujours intacte malgré la tendance critique à faucher les monuments et un remake américain calamiteux avec Stone et Adjani. Intouchable, pas parfait mais tout comme, sadiquement millimétré... Le plus diabolique dans l'affaire, c'est Clouzot bien entendu.

Plus gros succès du maitre du suspens à la française, bijou de construction savamment calculé jusque dans sa publicité et son exploitation en salle (et Hitchcock qui voulait adapter le même Celle qui n'était plus, saura s'en inspirer), Les Diaboliques ne peut que fasciner soixante ans après sa naissance. Certes les films à twist, s'amusant à manipuler le spectateur, à le perdre, avant de lui assener quelques révélations choquantes n'avait rien de nouveau, mais ici Clouzot a réussi comme jamais alors à s'approprier ces codes éprouvés du polar pour leur offrir une patine vertueuse. Car si on loue toujours, et c'est plus que légitime, la technique imparable du film, véritable leçon de construction d'un suspens crescendo, sa mise en scène minutieuse aux accents de film noir moderne, c'est avant tout la personnalité même, plus que sa technique, qui en font un telle réussite et un gage d'une efficacité qui dépasse le premier visionnage et l'effet de surprise. Cinéaste misanthrope et en tout cas peu chaleureux envers ses contemporains (et cela se vérifiait sur les tournages apparemment), Clouzot nimbe ainsi son film d'une atmosphère de film noir délétère où aucun personnage ne trouve grâce à ses yeux. Si ce n'est peut-être Madame Dalassalle, que l'interprétation fragile de Véra Clouzot concrétisée comme une victime totale, une femme fragile du cœur (elle en décèdera véritablement à peine 5 ans plus tard) dominée par tous.

 

la part du mal


Un petit monde habité de petits être médisants et colporteurs (les deux instituteurs, dont un Serrault formidable), de voisins hypocrites, de détective fouineurs, et bien entendu de maitresse froide assassine (Signoret d'une élégance trouble) et de mari infame (Paul Meurisse) dont la violence et la cruauté rendent son meurtre parfaitement excusable. Une mare boueuse affleurante, une piscine oubliée pendant l'hiver recouverte de feuilles mortes, une baignoire qui peine à se remplir à cause d'une tuyauterie encrassée... L'eau ne viendra jamais nettoyer les plaies ici, mais plutôt faire ressortir le pire de chacun et ne laissant ni preuves, ni corps, sombrer dans les profondeurs. Un aspect suintant, qui induit du même mouvement une aura presque surnaturelle aux évènement qui vont se dérouler. Car le plan de Nicole et Christina, maitresse et épouse, collègues et amies, amantes (le doute est suggéré) et ennemies, ne peut bien entendu se passer sans heurts, sans tensions, sans témoins imprévus ou gros lourdaud de circonstance (en l'occurrence un Jean Lefebvre presque débutant) ... et surtout sans corps qui disparait. Un mystère qui va hanter lourdement et fébrilement tout la seconde moitié du film, cuminant dans une visitation nocturne du pensionnat digne d'un Jacques Tourneur. Un final avec lequel Clouzot voulait donner des « sueurs froides » à ses spectateurs et dont il est toujours compliqué de discuter sans en livrer les plus terribles surprises, l'acmé cinématographique qui sert de clef de voûte à cet imparable chef d'œuvre.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Nouvelle restauration HD du film, après quelques tentatives encourageantes du coté de Criterion, ce scan 4K du négatif original enterre toutes les tentatives précédentes. En dehors des problématiques plans de transition (en fondus) qui restent assez flous, le reste du métrage impose majestueusement ses cadres nettoyés de fond en comble, sa constante stabilité, des contrastes fermes et délicats et surtout une définition redoutable. Respectant avec chaleur et harmonie le grain de pellicule d'origine, la définition est une petite merveille de précision et de profondeur jusque dans les scènes en basses lumières. On est ici au meilleur de ce qui peut être proposé sur un classique de cette carrure.

 


Son :
Très sobre mais plus qu'efficace, le DTS HD Master Audio redonne un peu d'intensité et de clarté au mono d'origine. On descellera parfois des petits débuts de chuintements ou de légères saturations, mais rien de surprenant pour un film de 55 dont la captation sonore n'avait bien entendu rien à voir avec les technologies actuelles.

 


Interactivité :
Reprenant l'habillage très sobre de la collection Héritage de TF1 Vidéo, Les Diaboliques en retrouve aussi une certaine austérité dans les bonus. A l'image du livret rédigé par Pascal Mérigeau qui fait défiler les informations, les anecdotes et les résumés de carrières de tout ce beau monde avec un style direct et succinct. Glissant plus volontier dans l'analyse la discussion entre Jean Ollé-Laprune et Samuel Blumenfeld semble bien plus libre et permet de revenir justement les relations compliquées entre le couple Clouzot et Montand / Signoret, les remakes américains de ses films, ses particularités stylistiques et ses liens formels (mais pas que) avec Le Salaire de la peur. Ancien assistant de Clouzot et réalisateur TV, Bernard Stora s'attarde lui dans son intervention sur la précision des constructions du cinéaste et le compare à d'autres réalisateurs majeurs plus souples. Enfin la section s'achève sur deux très courts extraits d'interviews télévisées avec les romanciers Boileau et Narcejac qui tordent le cou à la légende d'un Clouzot froid à leur égard.

Liste des bonus : Un livret retraçant l'histoire du film et présenté par Pascal Mérigeau (44 pages), « Regards croisés sur Les Diaboliques », par Jean Ollé-Laprune et Samuel Blumenfeld (23'), Le film vu par Bernard Stora (20'), Témoignages de Boileau et Narcejac (2') Bandes-annonces.

 
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