FRISSONS
Shivers - Canada - 1975
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Frissons »
Genre : Horreur
Réalisateur : David Cronenberg
Musique : Aucun
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 87 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 26 mai 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Frissons »
portoflio
LE PITCH
Le Dr. Emil Hobbes tente des expériences avec un parasite en faisant des greffes. Mais ce parasite est très contagieux et chaque personne qui le contracte se transforme en maniaque sexuel. Bientôt le parasite s'échappe et le cauchemar commence...
Partagez sur :
Horribilis

Premier long métrage et déjà première claque assenée aux spectateurs bien installés dans leur luxe contemporain, Frissons marquait l'entrée fracassante d'un jeune cinéaste, David Cronenberg dont les parasites troublants allaient rapidement contaminer le cinéma de genre et le cinéma d'auteur avec le même appétit.

Avant d'être un cinéaste, Cronenberg fait partie de ces talents qui sont essentiellement des artistes. Le cinéma, ou aux préalables des courts métrages relativement expérimentaux (mais passionnants) en sont la preuve tant il est évident qu'au-delà de l'inspiration et des pulsions artistiques, le jeunes cinéaste apprend sur le tas, triture le médium pour y trouver son propre équilibre. Premier long, mais aussi première production conçue dans une optique commerciale, Frissons tient encore de ce fragile mais fascinant équilibre entre la libération créatrice totale (les idées fusent dans tous les sens) et un apprentissage de l'objet cinéma (la mise en scène est parfois stictement fonctionelle). Produit par la célèbre firme canadienne Cinépix, Frissons est donc bel et bien un film d'exploitation, récit horrifique où les amateurs peuvent reconnaitre des excroissances de La Nuit des morts vivants, des restes digérés de vampires gothiques, de fantastique naissant dans le refoulé, mais à l'instar de la présence de la grande prêtresse Barbara Steele (Le Masque du démon), Cronenberg les disposent comme des points relais, des points de références dans un paysage urbain et excessivement moderne (voir technologique) qu'il scrute avec cette froideur sociologique et ironique qui va faire tout le sel de sa filmographie à venir. Une réappropriation totale des codes du cinéma de genre, festival généreux en excès gores et de détails érotiques, pervertis joyeusement par un film qui semble percuter à chaque scène, ou presque, les murs du politiquement correcte, de la censure et de la position confortable du spectateur.

 

premiers patients


Si aujourd'hui la transformation de gentil locataire bourgeois entre grands explorateurs des pratiques solitaires, homosexuelles, bisexuelles et de l'orgie collective ne choquent plus vraiment (et heureusement), Frissons est parcouru de visions plus brèves mais beaucoup plus malaisantes, plongeant alors jusqu'aux coudes dans la pédophilie, l'inceste et le viol où les secrétions sanguines bien présentes et les excroissances turgescentes mutantes résonnent comme une chair totalement pornographique. Par son gris béton, ses intérieurs orangées et son isolement vertical, le cadre de Frissons fait forcément penser aux génial High Rise, roman d'anticipation publié la même année par J.G. Ballard (que Cronenberg adaptera directement plus tard avec le toujours controversé Crash), contracte dans un même mouvement l'urbanisation galopante, la théorie des grands ensemble et la libération sexuelle pour en dresser un tableau déréglé, excitant, flippant et complètement malade. Les amateurs pourraient certainement en dresser une analyse freudienne ou psychanalytique, y voir une sexualité prédatrice et destructrice... Mais comme souvent avec Cronenberg les frontières sont mouvantes. Après un gargantuesque final aussi érotisant (Lynn Lowry qui s'extraie de l'eau comme une sirène mythologique) qu'apocalyptique, le petit malin laisse son film s'achever sur une note presque badine où nos nouveaux adeptes de la nouvelle chair partent en promenade en voiture contaminer le reste du monde le sourire aux lèvres. Vivement la fin du confinement.

Nathanaël Bouton-Drouard






Partagez sur :
 

Image :
Fier de sa première mondiale, ESC propose ici une copie HD flambant neuve supervisée et validée par Mr Cronenberg en personne. Adieu donc le transfert anglais un peu décevant d'Arrow Video, hello à un film qui retrouve sa totale intégrité (exit quelques plans succincts mais coupés) et une esthétique beaucoup plus équilibrée qu'autrefois. Les cadres sont franchement nets, débarrassés des méchantes scories des années, mais surtout le master affiche une gestion des couleurs proprement inédite pour le métrage. Certes les blancs et les noirs sont toujours aussi proéminants, mais la palette est bien plus large et riche que précédemment tandis que la définition fait preuve d'une belle générosité.

 


Son :
Excepté pour les quelques nostalgiques de la VHS on aurait sans doute pu se passer de la version doublée en français un peu veillotte et peu concernée. La version originale mono par contre, disposée elle aussi en DTS HD Master Audio 2.0, fait preuve d'une clarté très appréciable, forcément assez sobre au vu des intentions premières.

 


Interactivité :
Nouveau titre de la collection Cult'Edition, Frissons est (fut ?) disponible en deux éditions. Une collector à 2000 ex et une plus limitée à 1000 ex avec un packaging plus neuf et volumineux contenant un livret bien documenté de mister Toullec, l'affiche du film et cinq reproductions de photos d'exploitation.
Dans les deux cas, le contenu éditorial des disques est heureusement identique avec un programme plutôt complet. On retrouve ainsi le petit making of rétrospectif de nos voisins anglais, Parasite Memories, qui délivre quelques anecdotes de tournage mais dans lequel il manque tout de même cruellement la présence du cinéaste. Ce dernier cependant a enregistré une courte présentation du film dans laquelle il revient sur son envie de se confronter à un cinéma plus « commercial » et son approche particulière du genre. Court mais éclairant. Plus en tous cas que l'interview supplémentaire de l'actrice Lynn Lowry qui n'a pas grand-chose de plus à dire que dans Parasite Memories. Enfin, outre quelques petites fioritures d'époque (bandes annonces décalées, affiches...), le journaliste Olivier Père vient explorer plus avant les particularités thématiques et stylistiques du film avec sa pertinence coutumière.

Liste des bonus : Présentation audio de David Cronenberg (6'), Parasite Memories (43'), Nouvel entretien avec la comédienne Lynn Lowry (10'), Entretien autour du film avec Olivier Père, Analyse de séquences par Olivier Père, Clip posters d'époque, Clip promo "La Tour Starliner", Bande annonce, un livret de 16 pages, jeu de 5 photos, 1 poster.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020