LE CROCODILE DE LA MORT
Eaten Alive - Etats-Unis - 1976
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Genre : Horreur
Réalisateur : Tobe Hooper
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 91 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 25 mars 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Crocodile de la mort »
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LE PITCH
Dans la moiteur estivale de la Louisiane, un motel un peu glauque perdu à la lisière des marais… Son propriétaire, le pitoyable Judd, est le maître attentionné d’un animal de compagnie peu ordinaire : un « charmant »… crocodile ! Gardée dans un enclos, la bête se repaît des victimes qui s’égarent jusque dans l’antre du fou sanguinaire et maniaque sexuel qui sert de propriétaire au Starlight Hotel. Enfant, chien, prostituée, jusqu’à la jambe de son protecteur, gare ...
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Appetizer

Comme beaucoup se sont posés la même question, de Sam Raimi à Wes Craven ou George A. Romero, que faire après un premier film instantanément devenu culte ? Surtout que comme souvent dans ce cas là, les attentes des critiques, spectateurs et distributeurs sont aussi injustes qu'inaccessibles. Et clairement à ce titre Le Crocodile de la mort sera largement boudé, jaugé violemment à l'aune du Massacre à la tronçonneuse.

Pourtant l'optique de Tobe Hooper n'était pas si bête que cela, ménageant la chèvre et le choux en acceptant l'offre intéressée d'un producteur américain, cherchant un ersatz plus accessibles du premier succès, tout en faisant déjà glisser son cinéma vers des rives non pas moins brutales, mais moins viscérales, plus fantastiques. A l'origine, et comme il le dit lui-même, c'est un film qu'il aborda comme un simple mercenaire, un exercice technique, devant composer avec un scénario assez faiblard passé par de multiples réécritures. « Il y a eu autant de versions du scénario que de titres » appuie Hooper, s'amusant sans doute d'affiches évoquant Horror Hotel, Murder of the Bayou, Starlight Slaughter, Death Trap, The Devil's Swamp et enfin Eaten Alive, au grès des projections et des ressorties vidéos, comme ces anciennes séries B fauchées dédiées aux doubles programmes des Drive In. Pas étonnant, Le Crocodile de la mort est un mix improbable entre le cinéma d'horreur popcorn bouffant à tous les râteliers et l'esprit dérangés et souvent terrifiant du cinéma malade de Hooper. Le meilleur exemple étant le crocodile proprement dit, menace omniprésente, prédateur ultime du bayou comme un reflet de la bestialité de son propriétaire, mais dont les apparitions sont réduites au maximum pour ne pas trop révéler la bête : un moulage en mousse aussi réactif qu'un baigneur mécanique dans une baignoire. Kitch et peu crédible, mais peu importe Hooper s'empare dès l'arrivée de la pauvre prostituée devant le Motel maudit d'un univers certes proches par ses détails malades et macabres de celui de la famille de Leatherface, mais avec une distanciation qu'il n'avait alors qu'effleurée.

 

Pour une nuit


Une image première aux airs de Magicien d'Oz chez les bouzeux cannibales et une atmosphère de conte de fée déviant qui va lui permettre toutes les excentricités. Dans ce qui est sans se cacher un gigantesque décor recrée dans un studios baigné de vapeurs toxiques et de spots de couleurs rouges ou bleu aveuglants, le cinéaste rend hommage à ces fameuses productions des 50's qu'il aime tant, tout en les pourrissant de l'intérieur avec une tonalité vicieuse et sale (tout part d'une tentative de sodomie forcée) où la folie meurtrière, la violence primitive d'un Neville Brand (vétéran du cinéma hollywoodien les yeux rougis par l'alcoolisme) hanté par le Vietnam (ou la guerre de sécession ?) fait écho à celle de ses clients qui vont rapidement vriller vers l'hystérie collective ou plus simplement libérer leurs propres délires. Le couple improbable formée par la Marilyn Burns de Massacre à la tronçonneuse et le William Finley de Phantom of the Paradise est particulièrement fascinant et flippant. Une maison de fou, à la construction stratifiée alambiquée où s'intègre à la perfection un tout jeune, mais imposant, Robert Englund en male alpha beauf à vomir et dont la première réplique (avec un plan sur sa braguette) donne le ton : « Name's Buck... and I'm rarin' to fuck ». Plus proche du très critiqué Massacre à la tronçonneuse 2 et son mélange des genres en forme de farce sadique, que du suggéré et vérité film culte, Le Crocodile de la mort reste l'un des sommets de la carrière passionnante, même si inégale, du regretté Tobe Hooper. Un rollercoaster harassant et bruyant, dérangeant et électrisant, qui a effectivement dû donner quelques sueurs aux spectateurs venus tripoter leurs copines dans leur cabriolet devant un simple film d'exploitation.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Longtemps boudé, Le Crocodile de la mort se voit désormais traité avec autant de luxe et de soin que le mythique Massacre à la tronçonneuse. Nouveau scan 2K donc à partir du négatif original et restauration pointilleuse et admirable qui détache définitivement le film de ses relents granuleux, neigeux et imprécis qui furent siens des années durant. Le superbe master HD présenté ici permet donc de redécouvrir une esthétique particulièrement stylisée, des noirs profonds des couleurs pleines et particulièrement tranchées... mais aussi un crocodile plus factice que jamais. Il n'empêche que quasiment aucune traces visibles à l'écran, une définition optimale et un léger gain de pellicule sont un écrin inespéré pour le film.

 


Son :
Sans fioriture les pistes mono d'origines reviennent ici dans leur jus tout ce qu'il y a de plus direct et frontal. Là aussi le nettoyage et le rééquilibrage a été effectué et permet de s'installer dans un DTS HD Master Audio plus confortable que jamais. Inutile de préciser que la version anglaise est largement au dessus du doublage, avec une intensité et une brutalité assez unique.

 


Interactivité :
Pour le superbe steelbook proposé aujourd'hui par Carlotta, adieux les petites analyses de Jean-Baptiste Thoret qui complétaient autrefois le DVD de Wild Side Video, pour laisser place à des documents plus « classiques » confectionnés pour de précédentes sorties anglo-saxonnes. Et si l'intervention de Marilyn Burns reste anecdotique, celles de Tobe Hooper puis de Robert Englund vont ravir les amateurs. Le premier revient sur ses débuts, sa découverte de l'atmosphère hollywoodienne et un tournage aussi risqué (Neville Brand perdu dans son personnage) qu'artisanal (le bassin en contre-plaqué). Le second, au-delà de son amitié avec le cinéaste, relate en filigrane la fin du Nouvel Hollywood et une carrière d'acteur qui ne s'est jamais arrêtée à un certain Freddy Krueger. Des interviews complétées par un petit documentaire sur le Boucher d' Elmendorf, inspirateur premier du serial killer du film. Sans doute produit pour une chaine du câble avec une pauvre interview d'un descendant perdu dans sa cahute illustrée d'images d'archives piquées un peu partout, le segment est aussi approximatif qu'assommant.

Liste des bonus : « Créateur croquant » : entretien avec Tobe Hooper (20'), « Moi, c'est Buck » : entretien avec Robert Englund (15'), « 5 minutes avec Marilyn » : entretien avec Marilyn Burns (5'), « Le Boucher d'Elmendorf » : retour sur le fait divers ayant inspiré le film (23'), Galerie photos, Bandes annonces.

 
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