LE TEMPS DU CHâTIMENT
The Young Savages - Etats-Unis - 1961
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : John Frankenheimer
Musique : David Amram
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 103 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 18 février 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Harlem, au début des années 60. Trois membres des Thunderbirds, un groupe de jeunes loubards d’origine italienne, assassinent un jeune porto-ricain aveugle appartenant à la bande rivale des Horsemen. Hank Bell, assistant du procureur, est alors chargé de l’enquête et du procès.
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Un crime dans la rue

En 1961, après presque dix ans de réalisation pour la télévision, la carrière de John Frankenheimer au cinéma ne décolle toujours pas. Et c'est alors que le destin va mettre sur sa route l'acteur Burt Lancaster pour la réalisation de Le Temps du Châtiment, un second film socialement donc politiquement très engagé, que nous propose aujourd'hui Rimini Editions pour la première fois en bluray.

A l'origine du film, un roman. Celui d'Evan Hunter, écrivain prolifique qui écrira non seulement pour lui-même (sous différents noms) mais aussi pour la télévision et le cinéma (on lui doit le scénario des Oiseaux d'Hitchcock, excusez du peu). Originaire de New York et plus particulièrement de Harlem, Hunter accouche en 1959 de A Matter of Conviction, un brûlot qui place la misère sociale due aux politiques laxistes successives comme cause principale de la violence que connaissent alors certains quartiers de New York. Dont Harlem, déchiré entre bandes rivales de différentes origines. Racisme et pauvreté menant alors facilement, pour l'écrivain, au meurtre. Un sujet en or pour Hollywood, qui prévoie son adaptation alors même que le roman n'est pas encore paru ! Rapidement, Burt Lancaster est choisi pour interpréter le rôle principal du procureur, un personnage tiraillé entre son devoir envers un patron qui brigue le poste de gouverneur (Edward Andrews, répugnant d'arrivisme et d'obséquiosité) et ses liens encore étroits avec un quartier dans lequel il a grandi, la mère d'un des accusés étant une de ses anciennes petites amies (Shelley Winters, comme toujours parfaite). Un personnage (qui peu rappeler celui de Bogart dans Les Ruelles du Malheur de Nicholas Ray) dans lequel l'acteur met tout son talent, oscillant entre impressionnante présence physique dont l'humanité touche encore plus le spectateur lorsqu'elle perce derrière son regard d'acier. Dans une Amérique qui peine à trouver une nouvelle identité, tous les éléments du drame douloureusement d'actualité sont posés. Ne reste qu'à trouver le réalisateur propre à insuffler l'énergie et la hargne nécessaires aux enjeux de cette histoire. Et quoi de mieux qu'un new-yorkais ?

 

une ville en ruines


Dès sa première scène, où l'on suit, durant son générique, les trois loubards italiens jusqu'à leur victime et leur crime, Le Temps du Châtiment évoque un court instant West Side Story. Le noir et blanc et les cuivres lourds de David Amram donnant la discordance et la distance nécessaires au drame face aux couleurs chaudes de Wise et aux envolées de Bernstein. Une différence que l'on retrouve aussi dans la réalisation de Frankenheimer, qui dès son introduction multiplie les plans rapprochés, de biais, improbables (le corps dans le reflet d'un verre de lunettes cassées). Une réalisation dynamique et immersive qui prend le spectateur par le col durant une des deux seules scènes d'action du film, l'autre étant celle d'une agression dans le métro particulièrement violente pour l'époque. Frankenheimer sait y faire et restitue l'atmosphère électrique d'un New York au bord de l'explosion (et dont le tournage faillit faire les frais). Comme lors de la scène de l' enterrement, où le cortège des Horsemen est toisé par le gang des Thunderbirds, juché sur un gigantesque monticule d'immeubles en ruines.
Mais Frankenheimer profite aussi d'un scénario formidablement bien ficelé réussissant à instiller différents éléments séparés qui, mit bout à bout, renforcent les dimensions politiques et sociales du film. Les conversations (aux frontières de la comédie) entre l'assistant du procureur et une police débordée qui ne peut accéder à ses requêtes, l'évocation de la prostitution, le peu d'intérêt que porte le cabinet du procureur à la recherche de la vérité, l'engagement de la femme du héros contre la peine de mort... Réécrit quasi au jour le jour pendant le tournage, le scénario (très différent du roman) montre parfois ses limites durant une enquête morcelée dont les différentes étapes manquent d'une progression plus fluide, mais c'est bien là tout ce qu'on pourra lui reprocher, la scène finale du procès, puissante et originale dans sa conclusion, faisant vite oublier tout le reste.

Au final, Le Temps du Châtiment peut être considéré aujourd'hui comme le premier grand film de John Frankenheimer, marqué en plus par le début d'une longue collaboration (cinq films) avec Burt Lancaster. Autant d'éléments, parmi d'autres, nombreux, qui méritent de le (re)découvrir.

Laurent Valentin








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Image :
Une belle restauration qui profite d'un très beau contraste entre noirs profonds et blancs quasi immaculés (mention spéciale lors de la scène du métro). A l'exception de l'apparition d'une rayure verticale pendant quelques secondes dans la dernière demi heure du film, un travail d'orfèvre.

 


Son :
Une seule piste stéréo aussi bien en Anglais qu'en Français, mais toutes deux de très bonnes qualités. On préférera néanmoins la version originale, plus claire, du doublage français (pourtant excellent!) plus « étouffé ».

 


Interactivité :
Un seul entretien, avec Christian Viviani, professeur de cinéma à l'université de Caen. En moins de vingt minutes, l'universitaire revient sur la carrière de Frankenheimer et livre quelques anecdotes (comme le fait que le réalisateur fut d'abord pressenti pour réaliser Diamants sur Canapé mais qu'Hepburn elle-même le débarqua du projet). Par contre, peu ou pas d'échanges sur le film. Décevant !
A noter que l'édition contient également un livret de 32 pages écrit par Christophe Chavdia qui revient longuement sur la carrière d'Evan Hunter, la genèse de l'adaptation, le tournage, le casting (on y apprend notamment que le chanteur Paul Anka était pressenti pour jouer un des délinquants), ses différences avec le roman et la réception du film. Très documenté et accompagné de quelques photos du film.

Liste des bonus : Graine(s) de violence.

 
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