LA HORSE
France - 1970
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « La Horse »
Genre : Thriller
Réalisateur : Pierre Granier-Deferre
Musique : Serge Gainsbourg
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titre : Français pours sourds et malentendants
Durée : 80 minutes
Distributeur : Coin de Mire
Date de sortie : 19 octobre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Horse »
portoflio
LE PITCH
Auguste, patriarche misanthrope règne en maître sur quatre cents hectares de terre dans les marais de la baie de Seine. Un jour, il trouve dans sa baraque de chasse, un paquet de drogue. Il découvre que son propre petit-fils est impliqué dans un trafic clandestin, détruit la drogue et décide de faire justice lui-même sur ses terres…
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Parisiens go home

Figure immuable du grand cinéma français, on imaginait pas forcément Jean Gabin dans la position du justicier frondeur et sauvage, déboutant de quelques années le viril Charles Bronson. C'était sans compter sur La Horse, thriller en rase campagne où les différents se règlent à la chevrotine.

Gabin au cinéma c'était une école, une méthode, une qualité, que les amateurs retrouvaient de films en films, valorisants presque systématiquement la tradition française, certaines valeurs et une réalité terrienne. Gabin c'était tout ça et plus encore. Mais il n'y a peut-être aucun de ses films qui ne poussa sa logique aussi loin que La Horse, dans lequel le comédien reprend sa figure immuable de l'homme seul (ou presque) debout face à un monde qui glisse vers le chaos, vers une modernité étrangère. Ici patriarche taciturne, misanthrope et pas franchement chaleureux, Gabin / Auguste écrase le film de sa présence pesant à la fois sur les membres de cette famille rugueuse où les silences en disent longs, et sur le reste du casting bien incapable de se hisser aux auteurs d'intensité de l'interprète. « D'une manière générale, c'est moi qui répond pour tout le monde ». Gabin ne se confond-il pas toujours avec ses personnages ? Mais le monstre sacré est une nouvelle fois bousculé, disputé, renvoyé dans ses derniers retranchements par un monde extérieur de plus en plus présent. Les champs voisins qui se recouvrent peu à peu de béton, les avions qui passent bruyamment au dessus de sa tête et ce paquet de drogue, la fameuse « horse », trouvé dans un des cabanons et qu'il décide de détruire provocant ainsi une guerre ouverte avec un gang de dealer. La musique morriconniene de Serge Gainsbourg, les plans iconiques de l'homme armé de sa carabine, la symbolique d'un monde sur le point de disparaître, l'instrumentalisation du bétail, La Horse ressemble moins à un vigilant movie qu'à un western sauvage dans le décors délavé de la baie de Seine.

 

ça va faire de l'engrais


Face à son petit fils qui rêve d'évasion au lieu de se consacrer à l'exploitation familiale, face à ces truands en chaussures cirées qui massacrent ses vaches et agressent ses femmes, Jean Gabin c'est John Wayne. Le roc, mais aussi le réac. Conspué et relégué dans la case des artisans honteux par une Nouvelle Vague toute puissante, le réalisateur Pierre Granier-Deferre (La Métamorphose des cloportes, La Veuve Couderc, Adieu Poulet...) n'a jamais vraiment adhéré ni à la forme ni au propos du cinéma de Mai 68, préférant embrasser là encore une tradition honorable et un cinéma de genre populaire incarné par les icônes locales (Ventura, Signoret, Delon, Montand, Dewaere). Sortie en 70, et malgré un certain succès au box office hexagonal, La Horse marche à rebrousse-poil opposant à la jeunesse et à la modernité des valeurs massives qui ont fait leur preuve, celles de Gabin, dont la main de fer tien moins du paternalisme bien veillant que de la dictature un poil xénophobe (entendant ici tous les autres... même les gendres tout juste tolérés). Avec la distance des années, la teneur politique semble moins gênante, moins handicapante en tout cas, permettant d'apprécier pleinement un thriller campagnard admirablement maîtrisé, à l'esthétique cendreuse, à la rudesse impeccable, exploitant en 80 minutes à peine un rythme oppressant et sec comme un coup de trique. Pas un cinéma à Papa comme dirait l'autre, trop référentiel dans ses attributs, trop moderne et vif dans son montage... Un cinéma à Papa vénère. « Le vieux, il sait ce qu'il fait ».

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Coin de Mire met un point d'honneur à proposer les meilleurs copies possibles pour les titres de son catalogue avec des versions HD restaurées inédites et particulièrement soignées. Pas de déception avec La Horde qui repose sur un nouveau scan 4K du négatif et un travail de finition particulièrement impressionnant. Si on met de côté quelques plans du générique d'ouverture et de rares petits plans d'ensemble un peu plus faibles, le master est une démonstration de force habitée par des couleurs riches et contrastées, un piqué impressionnant et une définition d'autant plus pointue qu'elle cohabite harmonieusement avec le grain de pellicule et ses reflets argentiques. Un Bluray qui a du caractère et de la matière. À l'image du film donc.

 


Son :
Tout aussi remarquable que la restauration de l'image, celle de la piste sonore délivre un confort d'écoute optimal. Le son est clair, stable et direct et profite du support DTS HD Master Audio pour glisser les compositions de Gainsbourg avec fluidité aux milieux des dialogues secs et des coups de carabines.

 


Interactivité :
La collection Séance de cinéma de Coin de Mire est un concept franchement réjouissant, proposant de visionner le film sans fioriture ou avec un programme d'ouverture reproduisant les séances de cinéma d'antan. Ici donc les actualité de la 8ème semaine de 1970 avec un peu de sport, l'ouverture de la station de la Défense et surtout un reportage sur les grands tournages dans les décors d'Almeria. Suivent une bande annonce originale du film Le Tueur (disponible dans la même collection) et une poignée de pubs vieillottes avec quelques curiosités comme cette comédie interprétée par Piéplu et Prévost et une improbable comédie musicale dans laquelle Total célèbre la dévastation des paysages et l'explosion de son empreinte carbone. A noter que tous ces documents d'archives ont été dument restaurés eux aussi. Alors effectivement aucun trace ici de making of ou d'interviews de spécialistes mais le concept poursuit sa logique jusque dans son superbe Mediabook comprenant un livret reproduisant des documents d'époques (photos d'exploitation, livret de presse...) et deux pochettes élégamment intégrées où se cachent des reproductions de photos et l'affiche originale. Un bel objet et une sacrée madeleine de Proust pour nos anciens.

Liste des bonus : La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d'époque, un livret reproduisant des documents d'époque (24 pages), 10 reproductions de photos d'exploitations (14,5 x 11,5 cm), la reproduction de l'affiche d'époque (29 x 23 cm).

 
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