TROIS CONTES MORAUX DE DOUGLAS SIRK
No Room for the Groom, Has Anybody Seen my Gal ?, Take Me To Town - Etats-Unis - 1952 / 1953
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Genre : Western, Comédie
Réalisateur : Douglas Sirk
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais mono
Sous-titre : Français
Durée : 241 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 28 janvier 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Le jeune Alvah s'enfuit à Las Vegas en compagnie de la fille de sa propriétaire et les deux tourtereaux se marient. Mais Alvah est malade et la nuit de noce sera pour plus tard... beaucoup plus tard en réalité, puisqu'il part combattre en Corée. Quand une permission lui permet de rejoindre son épouse, les choses ne vont guère mieux. Sa maison est investie par sa belle-famille, qui ignore encore tout du mariage...
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Du rire aux larmes

Quelques années avant d'apposer sa marque sur le mélodrame hollywoodien, Douglas Sirk fut aussi (et surtout) un artisan besogneux capable d'enchaîner les commandes. La preuve en trois petites madeleines consciencieusement éditées par les cinéphages d'Elephant Films.

De son vrai nom Hans Dietlef Sierck, la réalisateur d'Écrit sur du vent et de Tout ce que le ciel permet, ne fait pas forcément partie de ces expatriés allemand à qui la Mecque du cinéma déroule le tapis rouge. Alors que d'autres fuient l'Allemagne nazie très tôt, Sirk persévère au sein de la tristement célèbre UFA période Goebbels. Par affinité avec le Troisième Reich ? Non. Si Douglas Sirk résiste un peu plus que les autres à la tentation de fuir, c'est dans l'espoir de revoir son fils Klaus, enfant star accaparée par une mère fanatisée par les thèses hitlériennes. Arrivé à Hollywood en 1937, le cinéaste est pourtant suspecté et (relativement) mis au ban de la communauté artistique. Traversée par une activité de fermier (si si!) et un bref et peu fructueux retour en Allemagne en 1949, la carrière américaine de Douglas Sirk attendra le début des années 50 pour vraiment décoller. En contrat chez Universal, il s'essaie à tous les genres (film de guerre avec le méconnu Mystery Submarine, film noir avec le plus obscur encore Thunder on the Hill) avant de trouver temporairement sa voie dans la comédie de mœurs, ces petits films aux allures de fables lui permettant d'injecter des thématiques qui lui tiennent à cœur. C'est également dans la comédie que Sirk rencontrera son acteur fétiche, Rock Hudson, et qu'il va opérer la transition du noir et blanc vers la couleur. Animé par Tony Curtis et une épatante Piper Laurie, No Room For The Groom marque donc, à l'été 1952, la fin d'une époque. Dans cette histoire où une belle-mère ambitieuse et sans scrupules a recours à toutes les bassesses pour briser l'idylle entre sa fille et son gendre, simple GI aspirant à vivre modestement de ses vignes, Sirk exprime tout autant sa maîtrise du rythme, alliant cadres dynamiques et mouvements d'appareils aussi discrets que millimétrés. Sur le papier, il s'agit pour Sirk d'opposer matérialisme et sentiments. Mais c'est bien la frustration qui demeure le moteur du récit. Celle de Tony Curtis de ne pouvoir profiter d'un tête à tête avec l'amour de sa vie mais aussi celle de Sirk de ne pas pouvoir déployer ses ambitions artistiques dans un cadre aussi convenu. Que le décor principal du film soit une maison bondée et remplie de parents aussi lointains qu'intrusifs n'est pas un hasard. La métaphore crève les yeux. Douglas Sirk suffoque et aspire à de nouveaux horizons.

 

la couleur des sentiments


Toujours à l'été 1952 (on ne chômait pas entre les films en ce temps-là), le cinéaste passe enfin à la vitesse supérieure et goûte aux joies du Technicolor. Qui a vu ma belle ? démontre en l'espace de quelques plans seulement à quel point le cinéma de Sirk et la couleur étaient faits l'un pour l'autre. Piper Laurie est à nouveau en haut de l'affiche et nous régale d'inusables nuances de jeu et le scénario rejoue la carte des amours contrariés par les aspirations capitalistes de parents attirés par les ors de la bourgeoisie. Mais le ton est nettement plus enjoué et l'ensemble se déguste comme une bien belle sucrerie qui évoque à la fois Frank Capra, Charles Dickens et Norman Rockwell. Collaborant pour la première fois avec Douglas Sirk, son futur pygmalion, Rock Hudson est encore un peu trop engoncé dans son image de jeune premier et laisse échapper à la vedette au délicieux duo formé par Charles Coburn et Gigi Perreau, le vieil homme excentrique et la fillette espiègle exprimant avec force le caractère essentielle de la figure de l'enfant chez le cinéaste. Se clôturant comme un authentique conte de Noël, Qui a vu ma belle ? offre une seconde jeunesse au réalisateur et demeure l'œuvre la plus délicieuse des trois.


Ce qui nous permet de conclure sur La Séductrice aux cheveux rouges, comédie réellement mineure et anecdotique. Avec en toile de fond, un décor de western trop propre pour convaincre ne serait-ce qu'une seconde, Douglas Sirk fait bien plus qu'aborder la figure de l'enfance, il en fait carrément son cœur de cible. Entre un Sterling Hayden raide comme un piquet et une Ann Sheridan au glamour forcé, le spectateur n'a d'autres choix que de se rabattre sur un adorable trio de têtes blondes s'improvisant en chaperons gaffeurs. A deux doigts d'une production Disney de par sa légèreté et sa morale convenue, La Séductrice aux cheveux rouges se distingue toutefois par un usage de plus en plus assuré de la couleur et une bande-originale très soignée, le film empruntant son rythme soutenu à la comédie musicale. Pour un cinéaste en pleine mue, il ne s'agit là que d'une simple étape, un contrat à honorer.

Déjà, au loin, se profilent les chefs d'œuvres qui définiront pour des générations de cinéphiles le cinéma de Douglas Sirk.

Alan Wilson






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Image :
Bonne nouvelle, les couleurs explosent et le noir et blanc de No Room For The Groom se tient sans accrocs majeurs. Mauvaise nouvelle, il s'agit bien là de restaurations à minima garantissant un certain confort de visionnage mais sans se soucier de vraiment nous régaler les mirettes. Les traces laissées par le temps sont bien visibles mais le plus dommageable reste un bruit vidéo qu'il est difficile d'ignorer.

 


Son :
Les pistes sons ont quant à elles été nettoyées un peu plus vigoureusement avec un souffle presque nul et une vigueur réelle sur les passages musicaux. Du mono propre et sans bavures.

 


Interactivité :
On retrouve les mêmes suppléments sur les trois galettes. S'il est à déplorer que chaque film n'ait pu avoir droit à une introduction spécifique, il faut bien reconnaître que l'entretien de plus d'une heure avec Denis Rossano, spécialiste de Douglas Sirk, est absolument passionnant et aborde la carrière du metteur en scène sous un angle particulièrement émouvant. En comparaison, l'intervention de Jean-Pierre Dionnet, bien que toujours soignée, semble presque facultative. Chaque film est également accompagné d'un petit livrer de 12 pages et, attention aussi rare que délicate, les jaquettes sont réversibles. A défaut d'atteindre la perfection, Elephant sait tout de même nous gâter. N'est-ce pas là l'essentiel ?

Liste des bonus : « Douglas Sirk par Denis Rossano » : documentaire inédit (66 minutes), Présentation par Jean-Pierre Dionnet, Bandes-annonces, Galerie photos.

 
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