VIOLENCE AU KANSAS
The Jayhawkers! - Etats-Unis - 1959
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Genre : Western
Réalisateur : Melvin Frank
Musique : Jerome Moross
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 100 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 25 janvier 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Violence au Kansas »
portoflio
LE PITCH
À l'aube de la Guerre de Sécession, Cameron Bleeker, renégat écroué, évadé puis rattrapé par l'armée nordiste, se voit proposer l'amnistie en échange du meurtre de Luke Darcy, insaisissable hors-la-loi colonisant peu à peu le Kansas à lui tout seul avec sa petite armée de rebelles – et qui serait accessoirement responsable de la déchéance et du décès de l'épouse de Bleeker.
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Le pied-tendre

Un homme à demi-mort, porté par sa monture à travers le désert, finit par échouer dans un ranch où, par erreur, il croit reconnaître sa femme avant de s'écrouler devant la maîtresse des lieux. Ce point de départ ne pourrait presque exister que dans un western - en tout cas, il en est absolument typique et augure d'un film qui embrassera probablement le genre dans ce qu'il a de plus pur, à savoir la tradition fordienne où les péripéties, le discours et la mise en scène n'appartiennent qu'au seul Far West et sont tout bonnement intransposables dans un autre contexte (sauf à imaginer l'exemple très spécifique d'une science-fiction rétro-futuriste). Ce ne sera pourtant pas le cas : si Violence au Kansas (The Jayhawkers ! en version originale, du nom de la bande de rebelles menée par Darcy) ancre d'emblée son script dans l'Histoire d'une Amérique déchirée en deux par la sécession, le film s'émancipe très rapidement de ce point de départ pour basculer dans un récit beaucoup plus passe-partout et plus viscéral, issu de la tragédie et davantage assimilable au polar ou au film de guerre : celui du mercenaire infiltré dans un gang ou une escouade ennemie qu'il a pour mission de démanteler, mu en outre par la quête d'une vengeance personnelle.

Melvin Frank, le réalisateur, n'a jamais fait de western de sa vie : il n'en a que travaillé le décorum huit ans plus tôt dans son Une vedette disparaît, et y reviendra une seule fois au milieu des années 1970 (pour La Duchesse et le truand avec Goldie Hawn). Mais ces deux derniers films sont avant tout des comédies - du reste, si l'on excepte le très recommandable Above and Beyond en 1952 (Le Grand secret, avec Robert Taylor et la sublime Eleanor Parker) puis Violence au Kansas, la quinzaine de films dont le cinéaste a accouché en l'espace de quatre décennies sont exclusivement des comédies ! Romantiques ou burlesques, mais des comédies. Son unique western stricto sensu fait donc figure d'exception dans sa carrière, mais également de tournant important puisque c'est son premier opus réalisé en solo, sans la complicité de Norman Panama avec lequel il a coécrit et co-dirigé tous ses travaux jusque là.

 

frank is the mann


En terme de script, Melvin Frank n'y perd pas au change avec ses nouveaux collaborateurs car c'est d'abord ici, plus que dans sa mise en scène, que le film fait des étincelles : « Accepte ta femme. Oui, accepte-la comme un être humain avec toutes les faiblesses et toutes les failles d'un être humain. Tu veux accuser quelqu'un ? Accuse-toi toi-même pour avoir cru que c'était une sainte sans chair ni sang ni appétits humains. Tu veux tirer sur quelque chose ? Tire sur ce piédestal sur lequel tu l'as mise. Tu veux détruire quelque chose ? Détruis ce rêve que tu as eu ; rêve qui refusait d'admettre qu'elle était une fille seule, charmante et belle qui avait besoin de se l'entendre dire par un homme qui le pensait vraiment ! », voilà un monologue d'une qualité indéniable - on pourrait même dire assez peu commune dans le champ du western. Du reste le film contient un très grand nombre de séquences purement explicatives, très dialoguées, constat généralement péjoratif qui, pour une fois, passe comme une lettre à la poste grâce à la beauté du texte, à une mise en scène discrète, presque fonctionnelle en surface mais loin d'être assommante ou même impersonnelle pour autant, et à la logique imparable d'une narration qui se tricote sans difficulté à partir des canons éprouvés de la tragédie classique.

Comme souvent dans ce genre de récit, tout repose sur un face-à-face entre deux figures antagonistes et, de fait, sur le tandem d'acteurs qui les incarnent. De ce côté, il est surprenant de se rendre compte que Fess Parker (l'interprète de Bleeker qui, sans démériter, ne parvient jamais vraiment à dépasser son statut de « faux Gregory Peck ») se trouve très vite écrasé à plate couture par l'impressionnant Jeff Chandler, inoubliable Cochise de La Flèche Brisée qui transcende le rôle de Luke Darcy et dont on retrouvera le genre d'ambiguïté et de magnétisme animal quelques années plus tard, en Italie, chez quelqu'un comme Gian Maria Volonte. Loin de créer un déséquilibre gênant pour le film, cette différence évidente de charisme atteste du fait qu'un bad guy très attirant et un héros très dominé peuvent redoubler tous les effets de tension déjà à l'œuvre dans ce type de scénario. Au rang des bonnes surprises, on pourrait également citer la française Nicole Maurey parfaite de bout en bout, et le toujours jubilatoire Henry Silva, sorte de Michael Wincott de son époque, abonné aux compositions de salopards dont il arborait si bien les névroses sur son visage. Il existait en ce temps-là un grand auteur de westerns et de fresques historiques qui, obsédé par Shakespeare et par la sauvagerie sur laquelle se bâtissent les civilisations, alignait les chefs d'œuvre dans un style assez comparable au film de Melvin Frank : il s'agit bien sûr d'Anthony Mann. Du point de vue du souffle shakespearien et du rapport à la grande Histoire, on pourrait donc conseiller à tout amateur du réalisateur de L'Homme de l'Ouest et Winchester '73 - ou, pourquoi pas, d'un autre cinéaste comme John Woo dont ce genre de canevas sera plus tard la grande spécialité - de jeter un œil attentif à Violence au Kansas qui, s'il n'égale en rien la maestria de Mann, arpente les mêmes sentiers et propose tout de même une balade diablement excitante.

Il y a plusieurs catégories de cinéastes, qui vont du tout-terrain à l'obsessionnel intransigeant. Melvin Frank fait partie de ceux qui, par choix ou par le jeu des circonstances, se sont cantonnés toute leur vie à un seul genre. Parmi ses pairs, rares sont les exemples de sorties de route vraiment excitantes. Lorsqu'il réalise l'unique western de sa carrière, Frank ne donne pas précisément au genre un de ses fleurons, ni même un OVNI inclassable au milieu de la production courante mais, en bon artisan, il met un point d'honneur à livrer un excellent film dont on ne soupçonnerait pas une seconde que le maître d'œuvre opère aux antipodes de sa zone de confort. Respect infini, donc.

Morgan Iadakan










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Image :
Le film n'est pas de ces grandes fresques spectaculaires dans lesquelles la magnificence des paysages américains joue un rôle déterminants. En revanche les détails disposés dans chaque décor des nombreuses séquences en intérieur sont essentiels. La netteté de la copie est donc tout à fait enthousiasmante, rendant parfaitement les reliefs, les textures et la sculpture de la lumière - donc tout à fait digne du Technicolor et de sa patine inimitable, si l'on excepte quelques rayures dans certains plans qui se comptent sur les doigts de la main (rayures horizontales puisque Violence au Kansas, film Paramount, fut tourné avec le procédé VistaVision dont la particularité était de faire défiler la pellicule 35mm... à l'horizontale !)

 


Son :
Presque aussi dynamique mais nettement moins propre que l'originale, la piste française bénéficie au moins de grands comédiens de doublage qui la rendent très fréquentable - mais la présence de personnages français et d'un jeu sur la barrière de langage implique des libertés un peu embarrassantes dans la traduction par rapport à la version originale. Sur cette dernière, rien à dire. Le son est même étonnamment limpide pour un film de 1959. Bonne surprise pour les plus grands moments de la musique de Moross qui lorgnent parfois vers les partitions les plus subtiles de Miklos Rozsa ; moins bonne surprise pour ses pires moments, inexplicablement caricaturaux, qui tendent à court-circuiter l'action plutôt qu'à la soutenir, et qu'on aimerait bien voir étouffés par le reste de la bande-son...

 


Interactivité :
L'incontournable présentation par Patrick Brion, égal à lui-même, pose le contexte, resitue brièvement Melvin Frank et s'attarde avec une affection manifeste sur le comédien Jeff Chandler et la complexité de son personnage, perspective autour de laquelle il articule tout son discours concernant le sujet et la profondeur du film. Du coup, cette séquence fait presque office de court prologue au second module, à savoir un portrait plus détaillé de Chandler - le menu indique par erreur un portrait de Dan Duruya (!) - toujours par Patrick Brion qui en donne les principaux éléments biographiques et déroule sa (trop brève !) carrière en insistant sur les grands moments qui ont contribué à façonner sa notoriété, à coups d'anecdotes de tournage et d'explications sur la façon dont les grands studios géraient alors leurs contrats avec les comédiens, jusqu'à la tragédie de son dernier film pour Samuel Fuller.

Liste des bonus : Présentation de Patrick Brion ; Portrait de Jeff Chandler par Patrick Brion.

 
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