ANGEL HEART
États-Unis, Royaume-Uni, Canada - 1989
Image plateforme « Blu-Ray »Image plateforme « Bluray 4K »
Image de « Angel Heart »
Réalisateur : Alan Parker
Musique : Trevor Jones
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 Anglais, DTS HD Master Audio 2.0, anglais, français et allemand
Sous-titre : Français, Anglais, Allemand…
Durée : 113 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 5 février 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Angel Heart »
portoflio
LE PITCH
1955. Harry Angel est un détective privé. Un homme se faisant appeler Louis Cyphre l’engage pour rechercher un certain Johnny Favourite. Son enquête à peine commencée, toutes les personnes qu’il contacte ayant connu Johnny sont tuées dans des circonstances mystérieuses. Au fur et à mesure qu’il apprend des choses sur lui-même et son client, Harry découvre qu’il doit se battre pour sa propre survie…
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La salsa du démon

Soupir nostalgique. Hollywood, il y a trente ans, c'était quand même quelque chose. Point de «marveleries» marketées jusqu'à la moelle. Nuls sequels, reboots, biopics et autres tambouilles indigestes uniquement conçues pour faire triller le tiroir-caisse. Non, Hollywood, il y a trente ans, c'était du charisme, des idées et du talent. Fraîchement ressorti en salles et remasterisé en 4K, Angel Heart est là pour nous le rappeler; thriller luciférien, putride et dérangé, porté par un casting aux confins de la fantasmagorie.

Aux manettes, le britannique Alan Parker. Un cinéaste aujourd'hui passé aux oubliettes mais qui contribua en son temps à sceller l'esthétique si particulière des années quatre-vingt. Le réalisateur de Midnight Express, Birdy et Mississippi Burning s'accapare la trame de Falling Angel, roman noir de William Hjorstberg, pour en tirer un polar fantastique doté d'une flamboyante signature formelle. D'aucuns diront un peu rentre-dedans mais reconnaissable entre mille. Dès l'ouverture soutenue par les saxos anxiogènes de Trevor Jones, le metteur-en-scène plonge le spectateur dans une atmosphère malaisée ou l'ultra réalisme flirte sans cesse avec le cauchemardesque.
Le New York de l'après-guerre sert de décorum à une trame maléfique qui mène un détective privé un poil borderline jusqu'aux portes de l'enfer. Parker se sert de la scénographie urbaine et puise dans l'architecture dantesque de la Grosse Pomme, ses impasses malfamées, ses églises balayées par le blizzard, les «diners» embués de Manhattan ou les plages désertes de Coney Island, pour nourrir un scénario qui fait monter la pression crescendo et finit par s'immerger dans un surnaturel abyssal. Angel Heart est transpercé de pures visions de cinéma et de séquences qui vous marquent considérablement grâce aux jeux de lumière et aux ombres portées : la cage d'ascenseur utilisée comme un gimmick, le va-et-vient oppressant des grilles métalliques ou ce long plan fixe, extrêmement inquiétant, de la façade d'un immeuble de Harlem.

 

enfer et damnations


Le cinéaste connaît ses classiques et il se les réapproprie avec style. Le film évoque bien évidemment les grands films noirs des années quarante et cinquante. On songe beaucoup à L'Exorciste (pour la singulière évocation du diable) et au Chinatown de Polanski, via son anti-héros cabossé (on notera la référence nasale) et une intrigue qui se heurte aux pires ignominies de l'espèce humaine (actes de barbarie, pédophilie, inceste, nécrophilie). On pense aussi souvent à L'échelle de Jacob d'Adrian Lyne, thriller contemporain d'Angel Heart avec lequel il partage la même représentation fantasmée de New York et la même ambiance morbide et désaxée. Une fois à la Nouvelle-Orléans, c'est encore pire. Alan Parker s'inspire de l'héritage baigné dans le sang des esclaves noirs, des rites vaudous et de la culture cajun jusqu'à un grand final semblable à une transe apocalyptique. Comme à son habitude, Alan Parker en profite pour nous parler de musique, un thème qui imprègne la quasi totalité de son œuvre (on lui doit tout de même Fame, Pink Floyd The Wall et Les Commitments). Ici, le jazz et le blues jouent des rôles à part entière. Mieux, ils composent la musique du diable et des âmes damnées.

Plus de trente ans après, Angel Heart demeure toujours aussi fascinant à contempler. D'autant plus qu'il est servi par une distribution qui file juste le vertige. Mickey Rourke, dans l'un des plus beaux rôles de sa décennie d'or, s'oppose à Robert De Niro dont le personnage de Louis Cyphre (à vous de jouer) n'a pas fini de nous hanter. À ce titre, Parker rappelle souvent avoir été tellement impressionné par la posture de De Niro qu'il quittait le plateau à chacune de ses apparitions. Avec son regard perçant, son soyeux catogan et sa manucure pour le moins étrange, Big Bob est à la lisière du cabotinage et n'apparait qu'une quinzaine de minutes à l'écran, mais son interprétation diaboliquement suave pactise merveilleusement avec celle suintante, fébrile et fracassée de Rourke, juste génial dans le rôle de Harry Angel, privé amnésique de Brooklyn dont on perce peu à peu le secret inavouable. Ajoutez à cela l'apparition de la somptueuse Charlotte Rampling et la présence ultra sexualisée d'une Lisa Bonet à peine sortie du Cosby Show et vous obtenez l'un des polars les plus mémorables des eighties. Play it again, man.

Gabriel Repettati
UN AUTRE AVIS :

« Blues, vaudou, sorcellerie et film noir réunis dans un polar méphitique en forme de voyage inexorable vers un enfer intime. L'une des plus belles réussites d'Alan Parker (et il y en a !) et des prestations magnétiques de Robert De Niro, Mickey Rourke et... Lisa Bonet. »

N.B-D.







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Image :
Exclusive pour l'instant à l'Europe cette restauration 4K d'Angel Heart opérée naturellement à partir d'un nouveau scan du négatif et d'une restauration colossale du master, se déploie aujourd'hui aussi bien sur le nouveau disque Bluray que sur un UHD plus puissant. Dans les deux cas le gain par rapport à l'ancienne copie HD est frappant avec une netteté totalement inédite, une profondeur plus marquée et une harmonisation admirable du grain. Bien entendu sur UHD le rendu est plus riche encore avec une palette de couleurs bien plus nuancée (les panoramas sont sublimes) et une présence constante et vibrante de la matière pellicule. La perfection ou presque.

 


Son :
Anglais et français (doublage d'époque plutôt solide) sont présenté ici en DTS HD Master Audio 2.0 et préservent ainsi l'équilibre d'origine et ses atmosphères frontales mais fluides. Une fois n'est pas coutume, sa transposition dans un DTS HD Master Audio 5.1 est particulièrement réussie, voir supérieur, grâce à une prise en main énergique et une spatialisation enveloppante et miraculeusement naturelle. La musique surtout, entre les sources diégétiques et les compositions de Trevor Jones, se montre plus diabolique encore.

 


Interactivité :
Présents sur le Bluray et l'UHD les suppléments de cette édition disposée pour l'instant dans un superbe Steelbook sont uniquement composés d'éléments préexistants. On peut ainsi visionner des segments d'interview de l'équipe et quelques images de tournage grapillées sur les EPK promotionnels de l'époque, le documentaire longuet sur le vaudou et la présentation du réalisateur vu sur les DVD et Bluray précédents et un long entretien avec Parker, sur le film et sa carrière américaine, récupéré dans l'émission Cinéastes des années 80. Pas désagréable mais jamais vraiment folichon, tout cela est heureusement rattrapé à nouveau par le commentaire audio du réalisateur (déjà connu certes), qui aborde toutes les questions attendues (techniques et artistiques) revenant sur les modifications effectuées sur le roman ou les confrontations d'égos entre De Niro et Rourke.

Liste des bonus : Introduction d'Alan Parker (2'), Commentaire audio du réalisateur, Entretien avec Alan Parker (27'), Dans les coulisses (7), Interviews (23'), Les Vérités du vaudou (49'), Bandes-annonces...

 
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