WILLIE BOY
Tell Them Willie Boy Is Here - Etats-Unis - 1969
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Genre : Western
Réalisateur : Abraham Polonsky
Musique : Dave Grusin
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 94 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 16 février 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Indien de la tribu Paiute, Willie Boy revient sur les terres de son enfance, en Californie, désormais une réserve où les siens ne constituent plus qu’un peuple soumis. En état de légitime défense, il tue le père haineux et raciste de la femme blanche qu’il aime, Lola Boniface. Poursuivi par le shérif local, Cooper, le couple prend la fuite. Redoutant un soulèvement indien et dans l’attente de la visite du président des États-Unis, les autorités de Riverside entendent bien faire...
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La Traque impitoyable

Classique du cinéma noir, L'Enfer de la corruption, fit grande impression en 1948. Le second film d'Abraham Polonsky, Willie Boy ne sortira qu'en 1969. 20 ans de silence. 20 années frappées du sceau du Maccarthysme qui ne pouvaient que s'achever par un triste duel au soleil.

Victime de sa filmographie forcément réduite et par deux décennies à œuvrer sous des pseudonymes (sur Oedipus Rex ou Le Coup de l'escalier), Abraham Polonsky était pourtant un scénariste reconnu et un cinéaste prometteur lorsqu'il est blacklisté à Hollywood pour ses convictions politiques et son refus de dénoncer amis et collègues. Après une première étape encourageante avec le scénario du Police sur la ville de Don Siegel, il obtient enfin sous son vrai nom l'écriture et la réalisation d'un long métrage grâce au soutien de la star Robert Redford. Un retour par la case western inspiré d'un terrible fait réel dans lequel un jeune indien devient l'ennemi n°1 pour avoir abattu le père de sa fiancée en position de légitime défense. L'une des dernières chasses à l'homme de l'ère des cowboys et en tout cas l'une des plus médiatisées, montée en épingle comme une terrible chasse aux sorcières. Il serait alors aisé d'imaginer une simple évocation de celle subie par le réalisateur, tout comme de caler Willie Boy dans le rayon des western pro-indiens, venant célébrer une culture et un monde bafoué. S'il y a forcément des éléments qui vont en ce sens, le métrage serait surtout à rapprocher de La Poursuite impitoyable d'Arthur Penn (qui d'ailleurs révéla Redford au grand public) et sa déconstruction cruelle et fataliste du mythe américain.

 

lynchage


En s'intéressant à un épisode du début du XXème siècle où électricité, voitures et  civilisation moderne ont déjà envahie le grand ouest, Polonsky confronte directement l'imagerie héroïque et virile du western classique à la dureté du monde moderne. Un spectacle en dégradé de gris où l'obtus Willie (Robert Blake) fonce tête baissée vers la tragédie autant par amour que par fierté, tandis que le shérif Cooper (Redford tout en colère froide) tente de lui mettre la main dessus, hésitant entre la capture "pour son bien" et de l'élimination pour honorer la mémoire de son père, chasseur d'indien regretté de tous ses proches. Deux visages d'une même Amérique,  qui ne se connaîssent pas, mais qui curieusement se ressemblent (il suffit de voir leur embarras face à leurs romances brutales et machiste), hanté chacun par l'histoire de « leur » peuple. Entre eux la tension ne peut que monter alors que le président Taft approche pour son bain de foule locale, que les officiels s'inquiètent et la rumeur s'enflamme déjà à l'évocation d'une nouvelle guerre indienne, ou d'un attentat. Le meurtre de Kennedy, la guerre du Vietnam, le Maccarthysme bien-sûr et les fantômes de l'ouest se mêlent aux traumatismes récents, faisant de Willie Boy le récit d'une réconciliation impossible entre les facettes du peuple américain et les phantasmes de sa conquête et son histoire. Un film sur la mémoire défaillante en sommes, que Polonsky aborde en lui offrant une patine esthétique élégamment classique, mais souvent percutée par un montage plus vif, des expérimentations musicales contemporaines de Dave Grusin (Les 3 Jours du condor, Le Lauréat...) et une sécheresse habile dans l'écriture, offrant autant de dialogues tranchants qu'une trame à la ligne droite suffocante. Un grand film pour un grand retour qui sera malheureusement sans suite, ou presque.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Restauré en HD par Universal mais considéré par celui-ci comme un fond de catalogue, Willie Boy est uniquement édité par des éditeurs tiers. Chez nous c'est Sidonis qui s'en charge et qui doit donc composer avec une remasterisation numérique souvent très lourde et inégale. Comme toujours les grands plans amples en pleine lumière s'en sortent le mieux avec une colorimétrie bien pétante, une propreté évidente et un piqué appréciable, mais à la moindre difficulté c'est une autre paire de manche. Apparitions d'artefacts dans les scènes sombres, nuits américaines qui scintillent, cadres flous, contours tremblants... Les filtres et autres lissages ont eu la main bien lourde.

 


Son :
Aucun reproche cependant aux bandes sonores DTS HD Master Audio 2.0 qui délivrent les monos d'origines dans les meilleures conditions possibles : son clair, bien équilibré et légères atmosphères qui donnent une certaine emphase aux compositions de Dave Grusin.

 


Interactivité :
Sidonis avait déjà édité le film sur format DVD il y a une petite dizaine d'année, accompagné de deux bonus que l'on retrouve ici : la présentation attendu de Bertrand Tavernier, entre petites analyses et souvenirs personnels (il a travaillé avec Polonsky sur une version du scénario de La Liste noire) et le petit documentaire collectif qui réunis quatre intervenants (Jean-Claude Missiaen, Eddy Moine, Jean-Louis Leutrat, Suzanne Liandra-Guigues) pour explorer plus avant les thèmes et le style du film.
A cela s'ajoute désormais le commentaire audio de Pat Healy (acteur) et Jim Healy (historien du cinéma) enregistré par Kino Lorber aux USA, qui discute les différences avec le roman original et le film, revient sur le fait divers et la controverse et bien entendu sur quelques anecdotes entourant le film et le retour de Polonsky aux affaires. Petite particularité, ce commentaire audio est proposé en option avec une traduction française en voix off.

Liste des bonus : Commentaire audio de Pat Healy et Jim Healy, Entretien avec Bertrand Tavernier (15'), La solitude des bannis (26').

 
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