EXTRA SANGSUES
Night of the Creeps - Etats-Unis - 1986
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Image de « Extra Sangsues »
Genre : Horreur, Comédie
Réalisateur : Fred Dekker
Musique : Barry De Vorzon
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 2.0 Anglais et Français
Sous-titre : Français
Durée : 90 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 12 novembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Extra Sangsues »
portoflio
LE PITCH
Au milieu des années 1980, deux étudiants américains losers acceptent un bizutage afin de se faire admettre dans une confrérie universitaire très en vue : il s'agit de voler un cadavre à la section scientifique. Ainsi réveillent-ils malgré eux une abomination endormie depuis plus de vingt-cinq ans, qui menace désormais de massacrer tout le campus...
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d'une pré-post-modernité

« Le plan 9 de la nuit des sangsues mortes-vivantes du troisième type de la planète interdite attaque la ville », tel pourrait être logiquement le titre de cette grande farce délirante orchestrée par un Fred Dekker plus énergique que jamais en tout début de carrière. Sans doute par pur esprit pratique, ce dernier s'est toutefois contenté du référencé Night of the Creeps pour intituler son premier film où les morts se réveillent, où les extra-terrestres font des expériences scientifiques douteuses, où des parasites non-identifiés investissent les corps humains, et où chaque flic et chaque étudiant arpentant l'université Corman (!!) porte le nom d'un réalisateur-phare du genre.

Dans les bonus de cette belle édition Elephant, Julien Comelli s'interroge sur l'insuccès totalement immérité de cette parfaite pelloche du samedi soir lors de sa sortie en salles - gageons que, pour ce qui est de la France au moins, l'abominable traduction Extra sangsues aura largement pu jouer en sa défaveur ! Le spectateur potentiel peu convaincu (tant pis pour lui !) aura alors raté l'un des films américains les plus fun et généreux de son temps, un an avant Evil Dead 2 de Sam Raimi et le gorissime Bad Taste de Peter Jackson qui auront un impact saisissant et définitif par ce même mélange d'horreur et de comédie qui les caractérise - mais également par les hectolitres de sang déversés qui, il est vrai, font défaut à Extra sangsues...


Il n'empêche que Dekker, alignant avec humilité et jubilation les clichés les plus marquants du teen movie et de la série B - voire série Z - horrifique, toutes époques confondues, pourrait facilement passer pour un précurseur maintenant que la post-modernité a complètement envahi le cinéma de divertissement jusqu'à saturation. Il a sans doute eu le tort d'arriver un peu trop en avance, et de suivre une démarche trop déférente - on sait depuis longtemps qu'au cinéma, même si l'on se contente de piller le répertoire existant, mieux vaut donner l'impression d'avoir inventé l'eau chaude. Toujours est-il qu'objectivement, cet invraisemblable patchwork mériterait largement de figurer parmi les petits classiques incontournables de son époque (House, Hidden, Fright Night, etc.) et ne peut que faire le bonheur du spectateur actuel désireux de vivre de nouveau dans les eighties plutôt qu'en 2019 - celui-là même à qui le studio Disney, les cinéastes fanboys et autres séries à la Stranger Things servent régulièrement la soupe.

 

al dante


Sans doute le parent le plus évident du cinéma de Dekker (qui récidivera l'année suivante avec The Monster Squad, toujours sur le principe du patchwork en cataloguant cette fois-ci le bestiaire classique des monstres Universal brassé dans la même soupe de pop culture) serait sans doute le génial Joe Dante, autre grand-oncle de la post-modernité avec Panique sur Florida Beach, Explorers ou son Gremlins 2 complètement dément. Comme Dante dans ses œuvres les plus intéressantes, Fred Dekker n'hésite pas à incorporer tellement de comédie que cette dernière prend le pas sur le genre apparemment traité et fait pencher celui-ci vers le spectacle complice et bon-enfant. Lorsqu'il s'agit du genre horrifique, forcément, on peut s'attendre à ce que bon nombre de spectateurs ressentent un certain déséquilibre dû à la relative mise à distance du sujet. Ceux, en revanche, qui aspireront avant tout à cette ambiance fantasmée de drive-in, pop-corn et joyeux moment de délire collectif en auront pour leur argent. En 1986, déjà, le jeune Fred Dekker est un nostalgique tentant de réactiver sa passion naïve pour un certain cinéma. De fait, il traite le spectateur comme son égal et lui propose un voyage en forme de « grand 8 » délibérément sans queue ni tête mais formidablement écrit malgré tout (on s'attache sans difficulté aux trois jeunes héros, jamais le récit ne tourne leurs émotions en dérision, les dialogues sont soignés et le personnage interprété par le grand Tom Atkins - son préféré de toute sa carrière, et on le comprend ! - est un régal).

L'introduction avec ses extra-terrestres nains combattant dans leur soucoupe pour récupérer le fruit d'une mystérieuse expérience annonce déjà la couleur : s'accouplent d'emblée le nec plus ultra de la science-fiction de l'époque (les décors et le découpage évoquent délibérément Star Wars et Alien) avec le pire de la série Z rétro (ces créatures improbables courant toutes nues dans les couloirs du vaisseau). Un procédé qui parcourra tout le film où le cinéma nanardesque d'Edward Wood Jr. sera toujours mis sur un pied d'égalité avec celui de David Cronenberg. On retrouvera bien plus tard cette façon de faire chez des gens comme Quentin Tarantino. Le goût de la référence pop chez Dekker prend la forme de citations voire double-citations très malines (la présence de Dick Miller convoquant immédiatement le cinéma de Joe Dante et de Roger Corman, mais son rôle faisant directement écho à son apparition dans le Terminator de James Cameron) et de gimmicks jusqu'au-boutistes qui peuvent commencer par agacer avant de se muer en running gags jubilatoires : on peut être horripilé en remarquant que les deux ou trois noms des personnages centraux sont des patronymes de réalisateurs, mais lorsqu'on comprend que le moindre figurant se trouve étiqueté de la même manière, alors on accepte sans sourciller qu'à l'instar des clins d'œil cinématographiques eux-mêmes, les protagonistes et les rôles de troisième catégorie soient traités avec les mêmes égards. D'autant que tout ce dispositif n'empêche en rien une certaine inventivité, elle-même séminale : un héros s'armant d'une tondeuse à gazon pour déchiqueter du mort-vivant, ça ne vous rappelle pas un célèbre film néo-zélandais sorti six ans plus tard...?

Night of the Creeps fit bonne impression mais ne fut pas un franc succès commercial. The Monster Squad guère plus. Au début des années 1990, Fred Dekker se voit confier le projet RoboCop 3 qui, malgré le retour d'un Basil Poledouris plus déchaîné que jamais à la musique et la présence de Frank Miller au script, fut un véritable four et empila les critiques négatives. Sa carrière de réalisateur s'arrêta malheureusement ici. Parallèlement développeur de l'histoire originale de House et du Ricochet de Russell Mulcahy, son seul récent fait d'armes depuis lors est d'avoir coécrit avec son éternel complice Shane Black le scénario de The Predator - qui, là encore, est loin d'avoir fait l'unanimité...

Morgan Iadakan












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Image :
N'y allons pas par quatre chemins : on a pu découvrir ce genre de bande dans des conditions au mieux médiocres, au pire déplorables du temps de la VHS décolorée et des vidéoclubs dont les supports étaient striés de froissements et blindés de sautes sonores dès le logo Tristar au bout de dix emprunts. Et ce n'était pas bien grave ! Robert Rodriguez et consorts en ont même tiré un curieux fétichisme esthétique depuis lors. Tout ça pour dire qu'ici l'image tient très bien la route, se révèle même extremement précise et vivement contrastée, mais que, dans tous les cas, là n'est pas le propos !

 


Son :
Un poil plus propre que la version française, la bande-son d'origine se distingue surtout par la profondeur et la netteté des musiques (les chansons comme le score vintage de Vorzon) et des effets sonores les plus percutants. Néanmoins, c'était le temps béni des doublages français cultes, qui trahissaient gaiement les dialogues originaux pour leur apporter encore plus de sel, et dont les voix rivalisaient de caractère : on ne se privera donc pas d'une vf techniquement valable et qui ne manque pas de charme.

 


Interactivité :

Le long making of en cinq parties est de ceux qui n'ont pas usurpé leur nom (combien de fois se retrouve-t-on devant une pauvre featurette protocolaire où tout le monde lance des fleurs à tout le monde !) et qui se montre vraiment le plus détaillé possible sur toutes les étapes de fabrication du film, bijou d'artisanat à équipe réduite et témoignage d'une époque où la folie juvénile était possible au sein d'un studio. Les principaux comédiens se retrouvent pour l'occasion, jetant un regard empreint de sincère nostalgie sur l'objet, tandis que Dekker se remémore avec lucidité son expérience de réalisateur et que l'équipe des effets spéciaux dépeint aussi bien l'atmosphère joyeuse que la pression liée aux difficultés rencontrées pour parvenir à un résultat satisfaisant sur les nombreux trucages. En complément, une interview de Julien Comelli revient sur la carrière globale du réalisateur et du casting. Quelques extensions de séquences et la fin originellement prévue donnent à penser qu'on en aurait bien repris quelques minutes supplémentaires mais que Dekker a fait un choix judicieux pour conclure son film (il s'en explique d'ailleurs). La galerie, très dispensable, ne fait que reprendre des photogrammes du métrage mais les bandes-annonces des autres titres de la collection rappelle qu'Elephant est un éditeur ô combien précieux en ce qui concerne les perles un peu oubliées du cinéma horrifique !

Liste des bonus : Making of ; Scènes coupées ; Fin originale ; Black & Dekker (un document de Julien Comelli & Erwan Le Gac) ; Bande-annonce ; Dans la même collection ; Galerie photos

 
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