FANATIC
aka Die ! Die ! My Darling ! - Royaume-Uni - 1965
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Genre : Thriller
Réalisateur : Silvio Narizzano
Musique : Wilfred Josephs
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titre : Français
Durée : 96 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 3 décembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Arrivée en Grande-Bretagne pour se marier, une jeune américaine accepte de rendre visite à la mère d'un ex-petit ami qui s'est suicidé. D'abord accueillante, la vieille dame dévoile un fanatisme religieux de plus en plus inquiétant…
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Mother !

Principalement célébrée pour ses productions horrifiques, gothiques et pop, la vénérable Hammer porte également en elle une longue expérience dans le thriller psychologique. Cette facette bien moins connue du studio britannique mérite pourtant d'être exhumée. Comme le prouve ce Fanatic, savoureux mélange d'ironie perverse et de drame familial qu'ESC a eu le bon goût d'ajouter à sa collection British Terrors.

A l'origine de Fanatic, on trouve Nightmare, un roman de l'américaine Anne Blaisdell, un des nombreux alias de la spécialiste du polar Elizabeth Linington. Lorsque la Hammer en confie l'adaptation à Richard Matheson (qu'on ne présente plus), la firme espère en tirer une série B à la Alfred Hitchcock. Rien de surprenant en fin de compte puisque la Hammer n'a jamais vraiment cessé d'inscrire ses films à suspense dans les pas du célèbre réalisateur de La Mort aux trousses. Et avec son personnage central de matriarche bigote et bien plus dangereuse que son âge ne le laisse supposer, la filiation avec Psychose coule de source. Si Norma Bates avait survécu à son fils Norman, elle se serait sûrement entendu à merveille avec l'inénarrable Mrs Trefoile.
Du roman original, Matheson conserve la trame et le jeu du chat et de la souris qui se met en place entre la jeune femme insouciante et la marâtre fanatisée. Pour éviter la confusion avec un autre titre de la Hammer (un film de Freddie Francis sorti l'année précédente), Nightmare devient Fanatic et l'action est transposée dans la campagne anglaise. Le scénariste évacue également les références au satanisme et aux tortures médiévales dont raffole la Mrs Trefoile originale. Habile, l'auteur d'I Am Legend et de L'Homme qui rétrécit s'applique à décrire avec un certain sadisme le piège dans lequel la jeune et belle Patricia Carroll (Stefanie Powers, pas encore star de Pour l'amour du risque) se jette par excès de courtoisie mais aussi d'hypocrisie, de peur de vexer une vieille dame fragile et excentrique, préservant les apparences de sa bonne éducation (« suis-je vierge ? » se demande t-elle avec un sourire après avoir menti sur la question). Ce premier tiers est magistral et fait donc largement oublier le déroulement un peu plus routinier - mais non moins efficace - de tout ce qui suit. Jusqu'à une résolution en forme de clin d'œil ... et de couteau dans le dos.

 

Le Novice et la diva


En première lecture, Fanatic est donc déjà une œuvre jouissive, jouant sur un fil entre humour noir et tension malsaine et ménageant un suspense constant. Mais le film gagne encore en épaisseur lorsque l'on prend le temps de s'intéresser à ses coulisses. Contrairement à ses habitudes, la Hammer ne confie pas Fanatic à un cinéaste expérimenté mais à un quasi-débutant de 37 ans, un canadien venu du petit écran, Silvio Narizzano. Son patronyme italien n'est sans doute qu'une coïncidence mais les producteurs ne cachent pas à leur nouvelle recrue qu'il ne serait pas idiot de s'inspirer de l'un des gros succès de 1964, à savoir Six femmes pour l'assassin de ... Mario Bava. Ainsi, Fanatic devient le premier thriller en couleurs de la Hammer et Narizzano cite ouvertement les folies plastiques et les couleurs du cinéma transalpin de Mario Bava et ce, dès le générique d'ouverture.

Quand il n'est pas occupé à injecter du bis italien dans sa série B à l'anglaise, Silvio Narizzano doit aussi et surtout composer avec le caractère impossible de son actrice principale, Tallulah Bankhead. Fille du Sud des Etats-Unis (elle est née dans l'Alabama), Tallulah Bankhead a enflammé Broadway et les théâtres de Londres, inspirant à Tennessee Williams, son ami, la Blanche DuBois d'Un Tramway nommé Désir, mais n'a connu au cinéma qu'un seul véritable succès avec le Lifeboat d'Alfred Hitchcock (on y revient toujours). Bisexuelle assumée, alcoolique, fumeuse compulsive (jusqu'à 120 clopes par jour!), insomniaque, amatrice de partie de pokers interminables, Tallulah Bankhead hérite du rôle de Mrs Trefoile alors qu'elle est en fin de carrière. Mais aussi en fin de vie. Malade et constamment bourrée, Tallulah mène la vie dure à Silvio. Mais aussi à toute l'équipe à qui elle reproche de trop brouiller les pistes entre son passé et celui de Mrs Trefoile (la direction artistique se sert de vieilles photos de Tallulah pour décorer le sous-sol de la vieille psychotique). Mais aussi à un pauvre ingénieur du son new-yorkais qui devra affronter la vieille diva pendant toute une journée afin de lui soutirer une misérable ligne de dialogue pour la post-synchro du film. Ce dernier incident servira d'ailleurs à la création d'une pièce de théâtre intitulée Looped. Lors des représentations à Broadway au début des années 2000, le rôle de Tallulah Bankhead se verra confié à Stefanie Powers. C'est ce qu'on appelle boucler la boucle.

Alan Wilson






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Image :
La couleur, la définition et la compression font des miracles sur une copie pourtant loin d'être de première fraîcheur avec accrocs, points blancs et accidents de pellicule en pagaille. Soit un rendu très « grindhouse » qui sied à merveille à cette modeste série B. Pour une fois qu'une absence de restauration à la source tourne à l'avantage d'un éditeur, pourquoi s'en plaindre ?

 


Son :
Malgré l'annonce d'une version française sur le site de l'éditeur, Fanatic nous arrive muni de sa seule vo dans un mono très propre mais un peu plat. La partition de Wilfred Josephs, entre free-jazz et violons à la Bernard Herrmann sature parfois.

 


Interactivité :

On prend les mêmes et on recommence. Le livret de Marc Toullec et la présentation de la Hammer par Nicolas Stanzick n'offrent rien de bien nouveau mais les informations délivrées restent de qualité. Nettement plus appréciable est l'intervention d'Erwan Le Gac qui dissèque Fanatic avec entrain. On aurait aimé entendre le réalisateur ou Stefanie Powers ou n'importe qui de directement impliqué dans le film mais on est pas volé non plus.

Liste des bonus : Présentation de la Hammer par Nicolas Stanzick, Fanatic par Erwan Le Gac.

 
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