LES CARREFOURS DE LA VILLE
City Streets - Etats-Unis - 1931
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Genre : Policier
Réalisateur : Rouben Mamoulian
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 83 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 10 décembre 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Les Etats-Unis, durant la Prohibition. Afin de développer son trafic d’alcool, le gangster Maskal n’hésite pas à tuer pour s’approprier de nouvelles brasseries. Il est épaulé par Pop Cooley, son fidèle et redoutable homme de main. Nan, la fille de Cooley, est amoureuse du Kid, qui travaille dans un stand de tir forain. Elle aimerait qu’il rejoigne le gang, mais il s’y refuse. Jusqu’au jour où Nan est emprisonnée…
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Intersections

Polar aux allures de roman de gare, Les Carrefour de la ville est l'un de ces nombreux thrillers nés dans les effluves de la prohibition et le règne des grands gangsters. Méconnu et noyé dans la masse, et pourtant un essai d'une modernité folle.

Perdu dans une ère lointaine bien trop rarement exploitée sur les écrans modernes, le cinéma pionnier des débuts du parlant regorge de nombreux petits trésors qui mériteraient d'être redécouvert. Parmi ceux-là Les Carrefours de la ville n'est peut-être pas celui qui s'approche le plus d'une perfection fantasmée mais s'avère un film d'exploitation, produit par la Paramount, qui cultive généreusement toutes les qualités de cet Hollywood pas encore frappé par le sceau du code Hayes. Soit une oeuvre dotée d'une inventivité constante, une exploration des capacités du médium et une tonalité mature et franche qui tranche avec les décennies à venir. Basé sur un premier traitement original du célèbre Dashiell Hammett (Le Faucon maltais et autres petits trésors du roman noir), le métrage ressemble de prime abord aux nombreux films célébrant les gangsters qui remplissaient les salles dans le contexte troublé de la Dépression, transformant ces figures du crime en héros rebelles s'attaquant à la prohibition (mal vécue par la plupart des américains) comme à une liberté à reconquérir. Loin de l'ambivalence des productions Warner cependant (Little Caesar, Scarface...), Les Carrefours de la ville scrute le milieu avec beaucoup plus de dureté, l'illustrant comme un ramassis de figures patibulaires, de gagnes petits, de traitres en puissance et de misogynes violents. A ce titre le chef de gang impitoyable Maskal, incarné par un Paul Lukas (Une Femme disparait) jouant à la fois sur un charme reptilien et un accent improbable, passe plus de temps à voler les femmes des autres, à éliminer par crainte et jalousie ses bras de droits, qu'à fortifier son empire.

 

young and dangerous


Le glamour est ici porté par le charisme carré d'un Jeune Garry Cooper et surtout l'intensité de la belle Sylvia Sidney, grand icone des années 30, tout deux formant un doux et, presque, innocent couple manipulé et menacé par le gang. Dans les grandes lignes pas forcément très original jusque dans son glorieux Happy End, Les Carrefours de la ville est cependant passionnant dans ses interstices, sa manière de mettre en avant les caractères féminins (la volontaire Nan mais aussi la tigresse Agnes jouée par Wynne Gibson), l'atmosphère et de déporter l'action vers des amorces de réflexion sur la destruction de l'innocence, à la manière justement des futurs grands films noirs. Un aspect précurseur qui est un peu la marque du réalisateur Rouben Mamoulian, venu du théatre et de l'opéra, très solide artisan dont les cinéphiles se souviennent pour Aimez-moi ce soir avec Maurice Chevalier, Le Cantique des cantiques avec Marlene Dietrich, sa participation collégiale au Cléopatre de Zanuck et surtout son superbe et inventif Dr Jekyll et Mr Hyde distribué la même année. Si ses grands écarts entre les genres l'ont empêché de connaitre la renommé qu'il mérite, sa maitrise technique et sa modernisation de la grammaire du cinématographe sont impressionnantes, emportant le spectateur dans un long travelling au dessus de la foule, multipliant les plans en profondeur et s'échappant même des studios pour quelques plans en extérieurs. Son petit coup de maitre ici, étant d'avoir utilisé pour la première fois, et à la barbe d'Orson Welles, la piste sonore pour donner corps à la voix intérieure de l'un des personnages. Un film un peu inégal mais fascinant qui donnera un temps l'idée à la Fox de confier au cinéaste le mythique Laura. Rien d'étonnant à cela.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Petit exclusivité française, et de tout façon déjà très rare en DVD, Les Carrefours de la ville est proposé en HD par Rimini avec un Bluray particulièrement soigné. Dans sa communication l'éditeur fait référence à un premier master refusé pour cause de surutilisation lourde de filtre numérique, et aux défauts naturels de ces pellicules avoisinant le centenaire. Force est de constater qu'il s'en est plutôt bien tiré, travaillé certes en digital mais réussissant à marier les attentes des écrans modernes (précision, fluidité, définition) tout en préservant la matière d'origine avec quelques griffures et taches encore visibles, des petits cadres fluctuants ou des ombres qui respirent. L'essentiel étant que le piqué est très honorable avec quelques effets de profondeur bien soutenus (vue de la foule, intérieurs...) et un noir et blanc aux reflets argentiques très agréable à l'œil.

 


Son :

Pas de version française au programme mais uniquement une version originale mono d'époque. On parle ici d'un film produit aux débuts du parlant et la captation n'était pas toujours idéale avec des coupures un peu brutes, un mix plat et des ambiances pas franchement très naturelles. La restitution est de qualité avec une clarté finalement tout à fait honnête.

 


Interactivité :

Passionné de romans et de films noir, Alexandre Clément se fend d'une présentation tout à fait éclairante autant sur la carrière méconnue du cinéaste que sur la place du métrage dans un genre mouvant passant lentement du classique film de gangsters vers des indices du film noir à venir. Les informations sur la production étant très rares, toutes les informations sont les bienvenues.

Liste des bonus : Interview de l'écrivain Alexandre Clément, spécialiste du film noir (16')

 
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